LA.DÉCHÉANCE



Cette histoire a été éditée, en livre, chez Amazon et, de ce fait, protégée par des droits d'auteur...... ASIN : B087638R3G ...... ISBN-13 : 979-8638364052 en date du 19 avril 2020.

Cependant, vous pouvez partager cette page web ( https://aimaraaventure1.fr.gd/ ), gratuitement, du moment que cette histoire ne soit pas exploitée à des fins commerciales pour le cinéma, la télévision ou autres ......







                                                  

                                                          .........................


.....  Je l'ai imaginée suite au décès, stupide, d'une chanteuse américaine et en évoquant ce que j'avais vécu dans ma vie et lors de mes voyages en Amazonie. 


..... J'ai voulu, également, recréer une ambiance se raprochant du film ''' le sauvage ''' en 1975 de Jean-Paul Rappeneau avec cette magnifique musique de Michel Legrand et dans un milieu conflictuel entre un homme et une femme.
                  
                      

..... Je la dédie à ma petite fille Goldie et à cette magnifique forêt amazonienne qui est la passion de son grand-père.


                          




                                           

                                                              Guyane, 1982, rivière la comté


                               



                              


                                          Guyane 2000 village de Saül et Cacao


                           


...... Thaïlande ..... 2023 ..... Pays où je demeure depuis plus de 15 ans.


                                                                   ..................






..... Permettez moi de vous soumettre l'idée, un peu farfelue, je le conçois, d'écouter la musique de Dan Gibson's Solitudes: Piano Cascades (Full Album), en lisant mon histoire.

..... Mais n'oubliez pas de mettre l'option ''lecture en boucle'' et, surtout, en sourdine, car cette musique doit caresser cette histoire sans la manger.


..... Je voudrais, simplement, vous donner l'envie de me lire, de vous donner le goût d'écrire et, cela,  quel que soit votre rang dans la société .... De vous donner ce rêve que je ne retrouve plus dans les films d'aujourd'hui et de ces livres souvent pénibles à lire pour le profane que je suis.

..... Les détails de ce roman que je vais vous raconter est issue de ces moments forts que j'ai vécus .... Rien n'a été inventé à part l'histoire proprement dite ....  j'ai juste imaginé les personnages et mis un peu de rêve.

....
Je ne ferai pas un deuxième livre, car je suis loin d'être un professionnel de l'écriture ....

..... À la fin, je vous ferai rentrer dans ma vie privée, un bref instant, où je vous raconterai, sommairement, ces moments forts que j'ai vécus et de ma formidable transformation.


..... En vous remerciant et bonne lecture


                                La déchéance


                                                                     Eric Denis DELAIRE



                            



                                                        ...........................................................





                            


......Chapitre I ..... LE LIBRE-ARBITRE


NEW
YORK – QUARTIER CHIC – novembre 2013


Dana :
“Salaud, salaud ! Tu n’es qu’un connard, un fils de pute, je suis une star et je le resterai ! Tu es jaloux de ma carrière alors que toi tu es resté dans l’ombre de mon cul, tu ne serais rien sans moi et tout l’argent que tu as gagné et que tu gagnes encore c’est grâce à moi et à moi seule ! Tu n’es même pas reconnaissant, tu devrais te prosterner devant moi, pauvre con. Maintenant on fait la paix, allez sers moi un autre verre et prépare moi un rail de coke. Putain de merde ne me fais plus jamais un coup pareil, compris

Stephen :
Dana ! Je t’ai simplement demandé d’aller voir un docteur et de lui parler de tes problèmes, juste ça et toi, tu te mets immédiatement en colère.

Dana :
Ferme ta gueule maintenant ! Allez, allez ! Casse-toi, je ne veux plus te voir.

Stephen :
Ok ! Je repasserai demain pour te parler de tes dépenses excessives et de l’annulation de ton contrat avec “mode photos” et “journal intime” et bien d’autres encore. Tu dois savoir que les journalistes ont annulé toutes tes interviews, mais à part ça … Tout va bien ! Je te signale que je ne gagne plus d’argent avec toi et que c’est simplement par amitié que je reste encore …


Stephen Accipalino s’arrête net et pense ..... Il est découragé de toujours aider cette vieille peau et son écœurement atteint le paroxysme du désespoir. Sans dire un mot, il regarde ce visage tremblotant et couvert de peinture, incapable de reconnaître ses amis et complètement fermé à toute idée de changement .... Mais comment faire comprendre cela à une femme de 50 ans , ex star mégalo et surtout je ..... Bref .... Il est temps de rentrer chez moi.



..... Dans une rue de New York






Stephen marche dans cette grande ville où les grattes ciel atteignent des sommets si hauts que l’on finit par y voir des montagnes.
La lumière des magasins illumine le sol, il marche puis s'arrête, un vent glacial apparaît au détour d’une avenue. Il relève le col de son pardessus puis poursuit sa route. Il est tellement absorbé par ses pensées qu’il en oublie les dangers de son environnement. De tous petits flocons font leur apparition puis recouvrent ses cheveux en une fine couche.





..…
Mais il pense encore et encore. Des flash-back apparaissent, il se rappelle de la jeune Dana à 10 ans, enfant star des pubs, capricieuse mais tellement jolie que l’on pouvait tout lui pardonner, tout lui donner et tout cela la rendait plus dépendante de la gentillesse de son entourage. Puis il se souvient de ses 18 ans, de ses films et de ses coucheries avec des hommes beaucoup plus murs qu’elle. Lui, il ne pouvait rien prétendre car ils avaient le même âge, le simple fait d’être à ses côtés lui suffisait. Cependant un pincement au cœur se faisait sentir lorsqu’il la voyait s’amuser avec un autre homme. Stephen refuse le mot jalousie et se demande pourquoi cette jolie fille boit la vie jusqu'à l’extrême ivresse. Il se rappelle également ses 30 ans et l’apparition de ses premières rides. Lui les acceptait mais Dana s’entêtait à vouloir rester jeune et elle refusait toute idée du vieillissement. C’est ainsi qu’elle commença à dépenser des sommes astronomiques afin de gommer le naturel. Stephen acceptait les marques du temps, il acceptait aussi que Dana refuse la compagnie de ses fiancés et elle faisait tout pour détruire ses amours. Elle mettait en évidence les défauts des amies de Stephen, elle se rapprochait un peu trop de lui pour créer un trio infernal qui aboutissait à la rupture des idylles de Stephen. À la fin de sa mission diabolique, Dana retournait boire avec abus la vie et oubliait à nouveau son ami. Stephen subissait et il se rendait compte que la soumission n'était pas seulement réservée aux femmes.
Le voilà arrivé aux souvenirs de ses 40/50 ans et de la déchéance. Dana voulait toujours rester jeune et ses coups de chirurgie plastique devenaient de plus en plus ridicules, son alcoolisme et sa dépendance à la cocaïne devenaient de plus en plus flagrant et son public commençait à se détourner d’elle préférant Cathia, une autre actrice de 20 ans sa cadette. C’est alors que Dana donna naissance à une haine indescriptible contre cette femme. Elle utilisait une armée de mots pour l'agresser avec une violence inouïe une femme qu’elle n’avait vu que 2 fois, mais que tous les journaux aimaient photographier.

CRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII une voiture évite de justesse Stephen qui se réveille en sursaut. Les insultes fusent par la fenêtre du taxi. Stephen ne répond pas, surpris d'être ici dans ce monde. Il s'arrête de l’autre côté du trottoir par prudence et il tente de retrouver ses pensées pour revivre son histoire jusqu'à ce jour. Il se souvient de la superbe maison de Dana qui petit à petit s’est transformée en une sorte de parc Disney world avec un goût prononcé pour le rose et le vert. Stephen était au centre de ses pensées quand son téléphone sonna, il regarda son écran puis après un soupir, il décrocha.

 

Stephen :
Oui,…………..oui………..demain c’est ça …………..non je ne t’en veux pas………….mais oui je t’aime aussi ……..je resterai ……….nai aucune crainte ……………ok a demain……………..non pas à 08h00 car j’ai………..bon ok pour 08h00…………bye.

  Comment faire pour l’aider ?

Non ! C’est impossible, seul je ne peux pas ou alors il faudrait un choc. Toutes ses tentatives de désintoxication ont lamentablement échoué laissant à tous ces docteurs cupides des sommes qui dépassent le raisonnable. Mais pourquoi je pense encore à elle ?

Allez ! Encore quelques pas et je serai bientôt arrivé à la Pizzeria Del sol où je me commanderai une super pizza avec un bon Chianti.

Mais comment faire pour la sortir de là, tout seul, je ne peux rien faire ! Il me faut de l’aide et beaucoup d’aide, pour elle, mais aussi pour moi ! Il faut agir sinon ça n’en finira jamais, tout ceci est un cercle vicieux qui me rend fou et je ne peux admettre mon échec alors que j’ai toujours réussi par ailleurs. Peut-être que la prétention me gagne ? Est-ce une épreuve pour me dire qu’après-avoir beaucoup gagné, je dois maintenant perdre ? Cela fait partie de la vie, mais si je regarde bien qu’est-ce que j’ai gagné dans ma vie ???

J’ai de l’argent, mais à 50 ans, je n’ai aucune famille ! Beaucoup pensent que la réussite, c’est gagner de l’argent alors que la vie, c’est tout simplement gagner l’équilibre de soi-même. L’argent tue la réalité et nous voulons transformer la réalité en rêve et c’est à ce moment-là que ce qui était normal pour nous ne l’est plus du tout pour les autres.

Comment faire ?? Je suis perdu ………. Peut-être que Mike……





Le policier :
“Monsieur He ! Monsieur !

- Oui Répond Stephen

Le policier braque sa lampe sur la figure de Stephen.

Le policier :
Je me trouvais juste en face et j’ai remarqué que vous avez failli avoir un accident et maintenant cela fait plus d’une heure que vous n’avez pas bougé en regardant le sol……… Allez-vous bien ?

Stephen :
Ha ! Je suis désolé, je vais poursuivre mon chemin………….Merci monsieur l’agent. Jétais réfugié dans mes pensées que je ne peux pas partager, hélas ! Êtes-vous marié monsieur l’agent ??

Le policier :
La question est surprenante, mais … oui, je suis marié.

Stephen :
Avez-vous des enfants ?

Le policier :
Oui ………….2

Stephen :

Vous avez de la chance !

Le policier :
Mais vous aussi vous avez de la chance ! A priori avec votre superbe costume, vous devez avoir beaucoup d’argent ?

Stephen :
Je vous étonnerai peut-être en vous disant que vous vous trompez.

Le policier :
Je vais moi aussi vous étonner si je vous dis que vous vous trompez, car je risque ma vie tous les jours pour que ma famille puisse vivre décemment.

Stephen :
Merci tout de même de cette petite conversation, je vais poursuivre mon chemin, au revoir monsieur l’agent.

Le policier :
Au revoir monsieur et faites attention à votre vie ! Elle est importante pour vous, mais aussi pour les autres !

Stephen se contente de répondre avec un petit rictus.

Importante !
Pour qui ? Ma gentillesse a toujours été extrême et constante……………La gentillesse ! pfff !

Quand je pense à tous ces toubibs qui ont modifié à coup de silicone le corps de Dana …
Ils étaient gentils eux aussi, mais lorsqu’ils avaient perçu leurs honoraires leur gentillesse disparaissait instantanément. Même chose pour les psy qui ne s’embarrassaient pas de la morale face à une star. Ils fermaient les yeux sur l’alcool et la cocaïne que Dana consommait pendant ses traitements. Ils disaient qu’il ne fallait pas la choquer, qu’il fallait y aller petit à petit … Si j’avais dû payer leurs honoraires suivant leur réussite, tous ces docteurs dormiraient actuellement sous les ponts. La gentillesse ! Quelle hypocrisie ! Un moyen facile à échapper à un conflit … Mais à quoi je pensais juste avant que le policier ne me parle ?

J’en étais à la pizza …
Je ne me souviens plus …Chianti ! Oui ça, je sais, j’en suis à ma deuxième bouteille maintenant … Je pensais à quelqu’un…….Dana ? Non … Pas Dana !
Pourquoi ai-je l’impression que tout ceci est très important pour moi, j’ai même le profond sentiment qu’il fera partie d’une pièce maîtresse dans ma vie ! Je ne me souviens plus … mais une seule personne correspond à tous ces critères … C’est Mike !

Stephen prend son téléphone et l’appelle immédiatement sans pour autant savoir de quoi il va discuter.
Il l’appelle juste pour avoir une épaule, pour être soutenu et peut être lui parler de son problème. Mike a toujours été un être exceptionnel et maintenant qu’il suit une chimiothérapie très dure, il a adopté une philosophie digne d’un sage. Alors que d’autres malades se renferment dans une haine ou une d
épression, lui reste serein et si nos journées durent 24hoo, pour lui, elles durent 48. Il apprécie sa vie encore plus que nous et il la boit avec plaisir et dégustation…………On pourrait presque l’envier si ce n’est sa maladie.

Stephen :

Allo ? Mike ?

Mike :
Haaaaaaaaaaaa je reconnaîtrais cette voix parmi toutes ! Comment vas-tu Stephen ?

Stephen :
Bien, bien. Je suis juste à côté de chez toi et je me disais que peut-être l’on pourrait se voir ?

Mike :
Pas de problème Stephen, je t’attends. As-tu mangé ?

Stephen :
Oui oui, merci. Je voulais juste te rendre une petite visite.

Mike :
Ok, je t’attends.


Ils raccrochent. Mike, un peu soucieux, fronce les sourcils et Stephen s’empresse d’appeler un taxi.



......Chapitre II ..... LA PROPOSITION


Dans le taxi, Stephen pense à son ami Mike, le fait de lui avoir téléphoné le réconforte pleinement.

Le taxi s’arrête devant un somptueux manoir.





Mike contemple l’extérieur écartant à peine les rideaux.
Il tient un verre à bulle contenant un fond d’un liquide ambré et la petite quantité se trouvant dans son verre laisse imaginer que ce liquide a une valeur inestimable. Vue de l’extérieur, seule cette fenêtre de l’immense bâtiment est éclairée.

Stephen laisse deux billets et sort rapidement sous les remerciements répétés du taxi.
Il sonne, le son est lent et sourd, le portail s’ouvre lentement. Le pas de Stephen est pressé, mais il ne veut pas donner cette impression à Mike. Il arrive devant la porte d’entrée en chêne. Stephen n’a même pas le temps d’annoncer sa présence que la porte s’ouvre sur un éclat de lumière aveuglante faisant deviner la forme d’une personne. Il entre un peu ébloui puis retrouvant sa vue , il arbore un large sourire à Mike qui le reçoit vêtu d’un court peignoir ..... Il a toujours son verre à la main.






Stephen :
Bonsoir Mike

Mike :
Bonsoir Stephen, je suis très content de te revoir, cela fait combien de temps ? 2 mois ?

Stephen :
J
e suis désolé, Mike, mais

Mike :
ho non Stephen ! Mes propos sont nullement accusateurs, je veux simplement te dire que je suis heureux de te voir.

Stephen éteint son téléphone, car il veut que rien ne vienne ébrécher ce précieux moment, il s’avance dans une grande bibliothèque et s’enfonce dans un canapé en cuir vert bouteille.

Stephen :
Mike, je voulais te dire que …

Et pendant que Mike lui prépare un même verre …

Mike :
Attends Stephen, dans un premier temps, je voudrais te faire goûter ce breuvage que l’on apprécie d’abord en le humant et ensuite en le dégustant avec lenteur. Il s’agit d’un Cognac que je fais venir de France, d’une modeste cave. Son propriétaire, Mr Carriege Marcel ne fabrique pas plus d’une trentaine de litres par an et son Cognac est exceptionnel, magique. Je ne connais pas sa préparation et ne veux absolument pas le savoir, je me contente de le déguster.

Se retournant vers Stephen et s’approchant de lui …


Mike :
C’est comme si l’on connaissait tous les secrets des tours des prestidigitateurs. Il faut savoir, parfois, rester dans l’ignorance pour apprécier les choses ... un paradoxe intéressant, non ? Cependant, Marcel a été assez intelligent pour augmenter le prix de son Cognac tous les ans ! Alors à la santé de Marcel qui est l'être qui possède le Cognac le plus cher du monde, sacré Marcel !

Stephen :
En effet, il est excellent.

Mike :
Alors Stephen avant que tu ne me parles de ton problème …

Stephen :
Mon problème ?

Mike :
Oui Stephen, ton problème, lorsque tu m’as appelé, tu cherchais tes mots ce qui n’est pas dans tes habitudes, de plus si tu es juste à côté de chez moi, pourquoi prends tu un taxi toi qui aime marcher ? J’ai réfléchi sur ta personne, toi qui a tout réussi, toi qui n'hésites pas à investir, toi qui prends des risques … Qui peut bien te déstabiliser comme cela ? Une de tes petites amies ? Tu n’en as pas et d’ailleurs, je me demande toujours pourquoi ? Je n’ai pas la réponse, car tu es un être qu’on ne peut pas analyser, tu ne te confies jamais et ce n’est pas dans tes habitudes de te plaindre. C’est pour cela que je suis très heureux de te voir, car je vais peut-être découvrir la face cachée d’un ami, maintenant, je t'écoute.

Stephen repose son verre sur la tablette devant lui, se relève et se dirige vers la fenêtre. Il regarde vers l'extérieur.

Stephen :
He bien voilà






Pendant que Stephen raconte son histoire, au-dehors seule la fenêtre du manoir de Mike est éclairée et l’on aperçoit l’ombre d’un homme qui se déplace lentement. Stephen soulage sa conscience !

Et pendant ce temps, chez Dana .....

Sur son lit à baldaquin drapé de soie rose, Dana s’énerve sur son téléphone portable, elle ne supporte pas que Stephen ait coupé le sien. Cela fait bien une trentaine de fois qu’elle essaye, elle trépigne, elle s'énerve de plus en plus. Elle appelle son valet Idji. À peine est-il arrivé qu’elle l’insulte copieusement pour une bêtise puis elle demande une autre bouteille de Tequilas. Le valet s’exécute rapidement tout en restant sans réaction. Quelques minutes, plus tard, il revient avec sur son plateau une bouteille de tequilas, des glaçons dans un pot et un verre. Il dépose le tout sur la tablette.

Idji :
madame désire autre chose.


Elle répond sur un ton agressif.


Dana :
Non, je ne veux rien d’autre, ou plutôt si, restez encore à ma disposition.

Idji :
Mais madame ! Il est 2 heures du matin !

Dana :
Je m’en fous, je vous demande de rester et demain lorsque vous verrez cette vermine de Stephen, vous lui direz que je ne veux plus le voir, qu’il est renvoyé, c’est bien compris ?

Idji :
Bien madame.


Dans le manoir …


Mike :
Oui, j’imagine ce que tu peux vivre en ce moment et cela ne doit pas être évident Stephen. Mais que veux-tu exactement maintenant ?

Stephen :
Des idées, de l’aide !

Mike :
Stephen ! Dans l’immédiat, je ne vois pas comment t’aider, mais je vais y réfléchir et si une idée me vient, je t'appellerai, mais je ne te promets rien, ce que tu viens de m’exposer est complexe !

Stephen :
Je comprends Mike.





Mike :
Chaque chose en son temps ; je ne me suis pas trompé à ton propos lorsque tu es arrivé et je ne pense pas me tromper davantage si je dis que tu n’as pas mangé. Cela fait bien longtemps que Chris, mon major d’homme, s’est envolé vers les bras de Morphée. Cependant, il reste, dans la marmite, un lièvre aux olives et aux petits oignons, le tout mariné dans un vieux vin que j’ai préparé, mais tu sais, mon appétit décline et donc je ne t’accompagnerai pas. Mais avec quelques pommes de terre et un bon vin élevé en fût de chêne, je pense que tu choisiras de faire attendre Morphée.

Tout en quittant la bibliothèque, un bras sur l'épaule de Stephen, les deux compères prennent la direction des cuisines.






Mike :
Allez viens Stephen, je vais te raconter maintenant l’histoire de l’absinthe, connais tu ce breuvage ? L’histoire est passionnante, tu verras.

Le lendemain matin dans l’appartement de Stephen …







Le rayon de soleil traverse tout d’abord les branchages d’un arbre pour atteindre la fenêtre d’un appartement luxueux. En traversant les rideaux, les rayons éclairent d’abord le parquet en bois, les traits de lumière atteignent les pieds du lit, remontent le long du matelas, atteignent la couette pour se fondre enfin sur le visage de Stephen. Stephen semble dormir paisiblement, un sourire éclaire son visage, il a l’air heureux jusqu’au moment où un rayon de soleil vient picoter ses yeux. Dans un premier temps, il se retourne afin d’éviter ce laser puis peu à peu, il prend conscience qu’il vit, il ouvre les yeux timidement pour les refermer aussitôt ... il les ouvre à nouveau et il scrute les environs et cruellement, il se souvient qu’il est Stephen, Stephen, Stephen !
Accipalinooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooooo, il écarquille les yeux et dans un sursaut, il se redresse.


Stephen :
Haaaaaaaaaaaaaaaa ! Quelle heure est-il ??? Ho mon Dieu ! Mais bon sang, quelle heure est-il ?

Son cœur bat la chamade, il se lève précipitamment et regarde son réveil.

Stephen :
Quoi ??? 09h10 du matin ??

Il se souvient qu’il a raté son rendez-vous avec Dana. Il se jette sur son téléphone portable et il s'aperçoit qu’il est éteint. Il le rallume et remarque qu’on l’a appelé plus de trente fois ! Ouf, c'était hier ou très tôt ce matin. Il s’empresse de téléphoner à Dana et d'inventer une histoire qui pourrait justifier l’oubli du rendez-vous.


Stephen :
Allô Dana ? Ha Idji, c’est Stephen, je voudrais…

Idji :
Que Monsieur ne s'inquiète pas, madame dort profondément. À son réveil, je pourrais lui dire que vous êtes passé et que vous avez préféré la laisser dormir et que l’on vous appellera dès son réveil. Madame sera contente de vous voir Monsieur.


Stephen :
Merci Idji, vous êtes formidable.

Après avoir raccroché, Stephen essaye de se détendre, il se frotte la nuque puis met les deux paumes de ses mains sur son visage comme s’il voulait atténuer un soupir de soulagement. Après cinq minutes dans cette position, il se lève puis il se dirige vers la cuisine, il met la cafetière en route, il se prépare des œufs, des toasts. Lorsque tout est prêt, il se dirige vers son lit avec son plateau et c’est à ce moment que son téléphone sonne. Surpris, il penche un peu trop son plateau et renverse la moitié de son contenu sur la couette, il peste puis se dirige vers son téléphone et semble bien décidé à ne pas se laisser faire.
Sans même regarder son cadran, il répond sur un ton énervé…..

Stephen :
ALLO ?

Mike :
Stephen, c’est Mike, tu vas bien ?

Stephen :
Oui Mike, je suis désolé…Ça va, merci.

Mike :
À t’entendre, ça n’en a pas l’air ?

Stephen :
Bah, trop long à t’expliquer le coup du café, du jus d’orange des œufs

Mike :
Ha, je vois, tout ceci a atterri sur la moquette ou sur ton lit au moment où je te téléphonais, n’est-ce pas ? Allez, on ne peut pas considérer que c’est grave … Pour revenir à la conversation d’hier soir, hé bien, je crois que j’ai une idée, passe me voir en début d'après-midi, je t’en parlerai tranquillement.

Stephen :
Ok Mike, je passe tout à l’heure, merci.

Stephen marche dans les rues de New York et le froid devient de plus en plus intense. Il n’est qu'à 2 ou 3 km de la demeure de Dana, son pas est lent, il n’est pas pressé d’arriver. Il pense surtout à Mike et à l’idée qu’il souhaite lui soumettre. Stephen connaît suffisamment bien Mike pour savoir que s’il a une idée, elle doit être intéressante. Stephen sait qu’il ne sera pas forcément d’accord avec lui, mais la solution de Mike sera très certainement radicale.

Stephen :
Bonjour Idji, Dana est-elle enfin levée ?

Idji :
Oui Monsieur, elle vous attend, elle prend son petit-déjeuner.

Idji débarrasse Stephen de son manteau et ils se rendent tous deux dans le salon.

Dana :
HAAAAAAAAAAAAAAAA Stephen ! Mon chéri, comment vas tu ce matin ? Je suis désolé, mais j’ai passé la soirée avec Charlton Mc Dower pour discuter sur un scénario, ………..Il me propose le rôle principal.

Pendant que Dana s’occupe à tartiner de beurre son pain, Stephen regarde Idji qui d’un signe de tête lui fait comprendre que c’est faux.

Stephen :
C’est une excellente nouvelle Dana.

Dana :
C’est aussi une bonne nouvelle pour toi, Stephen, tu vas pouvoir gagner de l’argent sur mon dos encore une fois, comme d’habitude.

Sous la violence de ses propos, son pain beurré tombe au sol.

Dana :
Ramasse-moi ça de suite.

Idji se déplace lentement afin de répondre à son ordre.

Dana :
Ce n’est pas à toi que je m’adresse, mais à cet idiot de Stephen !

Stephen s'exécute tout en s’imaginant pouvoir lui serrer son cou entre ses mains.

Stephen :
Dana ! J’ai un rendez-vous important te concernant.

Le visage de Dana s'éclaire.

Dana :
Ha oui ?

Stephen :
Oui, je ne sais pas de quoi il s’agit pour l’instant, mais on m’a dit que ce serait une étape très importante dans ta vie.

Dana :
Et quand as-tu rendez vous ?

Stephen :
En début d'après-midi.

Dana :
Appelle-moi immédiatement après, Ok ?

Stephen :
Bien sûr et tu comprendras que je ne peux pas rester très longtemps Dana.

Dana :
Ok, ok Stephen, vas-y et surtout ne coupe pas ton téléphone.

Stephen ressort de la demeure de Dana, il est de plus en plus écoeuré par le comportement de cette femme. Il imagine qu’il pourrait, dans un excès de colère, la tuer, comme ça sans préavis ! Si Mike n’a pas une idée extraordinaire ou si elle ne me convient pas, c’est décidé, je pars.

Lorsque Stephen arrive au manoir de Mike, il est paisible, deux solutions s’offrent à lui, il va avoir, enfin, le choix !

Mike :
Stephen, je suis ravi de te voir.

Stephen :
Et moi donc !

Mike :
As-tu résorbé ton problème de ce matin Stephen ?

Stephen :
Oui, j’ai tout laissé sur place et pour tout dire, je m’en fou un peu maintenant.

Mike :
Non ! Tu ne t’en fous pas ! En revanche, tu as donné un ordre de priorités à tes problèmes et celui de ce matin est désormais dérisoire à tes yeux, bref Approche, j’ai quelque chose d'intéressant à te proposer.

Tous deux se dirigent dans la grande bibliothèque. Stephen s’installe dans le canapé en cuir vert et il éteint son portable tandis que Mike donne ses dernières recommandations à Chris afin qu’ils ne soient pas déranger pour un bon moment.

Stephen sent la résolution de Mike et il attend avec impatience qu'il commence à parler.

Mike :
Stephen, est-ce que tu connais l’Amazonie ?








Stephen :
J’ai lu des trucs, mais je n’y suis jamais allé.

Mike :
Moi, j’y suis allé plusieurs fois. J’ai fait plusieurs expéditions étant jeune et j’ai vécu de belles expériences. Bien sûr, j’ai attrapé toutes les maladies du monde, j’ai mangé toutes sortes de bestioles et crois-moi, cela n’a pas toujours été facile. Alors que j'étais un grand fumeur de pipe, lors d’une expédition de 6 mois, j’avais oublié mon tabac et ce n’est que le soir de notre premier campement que je m’en suis aperçu. J’ai demandé à tout le monde si quelqu’un fumait, mais personne ne fumait ! Au début, j'ai pensé que six mois sans tabac ne me feraient pas de mal, faux, complètement faux !!! Je suis rapidement devenu irascible et au fur et à mesure que les jours avançaient cela s’empirait jusqu'à ce qu’un certain Bob me flanque un coup-de-poing dans la gueule. Ça m’a bien calmé Stephen ! Puis dans un langage haut en couleur et qui lui est propre, il m’a bien fait comprendre que si j’emmerdais encore le monde avec mon manque de tabac, je devrais me débrouiller seul. C’est ainsi que j’ai appris à me taire et je n’ai plus rien dit jusqu’à la fin l'expédition, mais la tension était palpable. À la fin de ce périple, je ne lui ai pas serré la main pour lui dire au revoir et figure-toi que je le regrette. À partir de ce jour-là et grâce à cet homme, je n’ai plus jamais touché au tabac.

Stephen :
Ha oui et où veux-tu en venir ?

Mike :
Alors j’ai pensé qu’il ne serait pas inintéressant d’envoyer Dana faire un stage auprès de Bob, une année entière, ce ne serait pas mal !

Stephen :
Tu plaisantes là ?

Mike :
Pas le moins du monde.

Stephen :
Mais qu’est-ce que c’est que cette idée folle, qui est ce Bob et combien coûterait une telle folie ? Et comment veux-tu qu’on arrive à monter un tel coup ?

Mike :
Très cher Stephen, tout a un coût, c’est certain, mais tu auras l’assurance d’un résultat. Je vais t’aider, mais avant toute chose, il faut que tu prennes contact avec ce Bob, il faudra que tu le rencontres. Un avocat établira un contrat en règle pour ce stage et c’est lui qui conservera l’argent dans son coffre.

Stephen :
Supposons que cette idée puisse fonctionner, ce qui dans l’immédiat me semble impossible, combien penses-tu que cela pourrait coûter ?

Mike :
Ce n’est pas tout, il faudra mentir à Dana … J’ai déjà ma petite idée. On lui dira qu’un prince brésilien, fan de ses films, lui offre une invitation dans un de ses hôtels dans la jungle Amazonienne. Il s’agira d’un hôtel avec 1 500 chambres. On dira qu’il l’invite pour les fêtes de Noël et du 31 décembre. Transport en hélicoptère puis une petite marche pour atteindre la plus belle suite de l’hôtel …

Stephen :
Pour le moment, je t’écoute, mais dis-moi enfin combien cela me coûtera ?

Mike :
Un

Stephen :
Quoi un … Un quoi ?

Mike :
Un million de dollars.

Stephen :
HAHAHAHAHAHAHA, je savais que tu plaisantais.

Mike :
Non Stephen, ce n’est pas une plaisanterie et un an de stage en forêt amazonienne avec Bob c’est un million de dollars à partager si c’est un groupe mais je préconise que Dana soit seule là-bas.

Stephen :
Mais où veux-tu que je trouve un million de dollars ?

Mike :
Dana ! Triche avec Dana ! Fait lui établir un chèque juste avant qu’elle parte ou imite sa signature, enfin trouve une solution !!! Mais je peux t’assurer qu’à son retour personne ne la reconnaîtra !

Stephen :
Elle est vraiment bizarre ton idée Mike, c’est irréel !

Mike :
Je te demande juste une chose, ne parle jamais de moi à Bob, voilà son adresse. Je doute fort qu’il en ait changé. Maintenant, va le voir et ne perds pas de temps !

Stephen :
Comme ça ! Tu me dis d’aller le voir comme si c’était simple, ok Mike, mais j’ai besoin de réfléchir.

Mike :
Stephen, fais-le !

De retour chez Dana.

Dana :
Alors Stephen ? Qui as-tu vu et qu’est-ce qu’on t’a proposé ?

Stephen :
Mike Crawford

Dana :
Mike Crawford, Mike Crawford……..Tu veux parler de Sir Mike Crawford ?

Stephen :
C’est ça, c’est bien lui que j’ai vu.

Dana :
Mais il n’est pas dans le cinéma le vieux …

Stephen :
Certes, il n’est pas dans le monde du cinéma, mais il a beaucoup de connaissance et en autre, le Prince Abiba Dasantani.

Dana :
Qui ?

Stephen :
Le prince Brésilien Ababa Desintani.

Dana :
Mais tu viens de me dire Abiba Dasantani

Stephen :
Je me suis trompé, désolé, c’est bien le Prince Abibi Trasantino, bref, je ne me souviens plus exactement de son nom, mais par contre, je sais qu’il veut t’inviter dans son hôtel de 1 500 chambres où il a toujours 1 500 invités en permanence et toi, tu auras une suite luxueuse, car il adore tes films et….

Dana :
Ha, tu vois ? Et où est son hôtel ? Au bord de la mer ? Sur une île ?

Stephen :
En Amazonie

Dana :
Quoi ? En Amazonie, mais tu délires.

Stephen :
C’est exactement ce que j’ai dit à Mike figure-toi.

Dana :
Mais qu’est-ce que je vais foutre en Amazonie ?

Stephen :
Cela dit, c’est un endroit extraordinaire au milieu de la jungle, tu ne seras pas dépaysée, il y a des piscines, les repas sont préparés par un chef français

Dana :
Mais je m’en fou de la cuisine française ! Si je dois aller au Brésil, c’est pour manger local, un bon couscous, tu vois !

Stephen :
Le couscous, c’est plutôt en Afrique du Nord.

Dana :
Quoi ?

Stephen :
Oui, Dana, le couscous viens d’Afrique du Nord.

Dana :
Bon sang ! C’est où l’Amazonie et le Brésil, ce n’est pas le désert ?

Stephen :
Non, au contraire, c’est une merveilleuse forêt vierge.

Dana :
J’ai l’impression que tu me racontes un mauvais rêve mon pauvre Stephen, tu deviens fou ! il est urgent que tu arrêtes l’alcool et la coco.

Stephen sourit après ces propos.

Stephen :
J’oubliais une chose : il te paye un million de dollar.

Dana :
Quand part t’on ?

Stephen :
c’est pour Noël et le jour de l’an. Attends et sois patiente, je dois lui rendre visite la semaine prochaine sur son yacht actuellement ancré quelque part dans les eaux du pacifiques, je te tiens au courant dès que possible.

Dana :
Ok, mais demande lui une avance financière.

Stephen :
Tiens justement ! En parlant d’argent, il a besoin de ta signature pour te transférer une somme sur ton compte. Voilà, signe ici, oui ici. Bien, maintenant, je vais tout de suite réserver mon billet d’avion pour le Brésil.

Dana :
N’oublie pas de lui préciser mes besoins : uniquement du Don Pérignon 67, des draps de soie, surtout pas de coton ça m’irrite la peau, enfin, tu sais ce qu’il faut demander. Au fait, est-il marié ? Quel âge a-t-il ? Stephen, hey Stephen ! Je te parle !

Stephen venait de partir sans qu’elle ne s’en soit aperçue.



...... Chapitre III ..... LE VOYAGE



Une semaine plus tard.







Stephen est à bord d’un airbus A380, il est installé en première classe avec Billy, un de ses amis avocat. Stephen observe les nuages et l’immensité qui se cache en dessous. Les écouteurs dans les Oreilles, il essaye de se détendre avec une musique classique et pense avec sérénité. Il a laissé ses soucis sur terre, il est paisible.
Mais dans un sursaut, revient à la réalité : c’est de la folie pure, cela ne marchera jamais, en plus, j’ai volé Dana. Lors de mon procès, personne ne me fera de cadeau. Je serais seul sur le banc des accusés avec un avocat qui me demandera une fortune pour me défendre, les gens m’attendront dehors pour me lyncher au motif que j’ai abusé une ex-star qui leur rappelait leurs souvenirs de jeunesse. Personne ne pensera à moi et à tout ce que j’ai pu subir....Et même si je me disculpe les gens verront en moi un monstre. Tout cela pour qu’elle retrouve pour un moment sa notoriété d’antan.

Une main sur son épaule le sort de ses pensées. Son avocat est assis à côté de lui et Stephen le regarde avec haine.

Billy :
Hey ! Stephen qu’as tu ? Tu sembles énervé, c’est quoi ce regard ?

Stephen :
Ho, désolé Billy, je pensais ou plutôt j’étais dans une sorte de rêve éveillé.

Billy :
L'hôtesse te demande ce que tu veux boire.

Stephen :
heuheuheu Un Cognac de Marcel Carriege.

L'hôtesse :
Je suis désolée Monsieur, nous avons juste ce Cognac …

Stephen :
Ok, pour celui-là et n’oubliez pas madame que le Cognac de Marcel et le meilleur et à juste titre, le plus cher du monde. Je ne comprends pas qu’en première classe, nous ne puissions avoir le Cognac de Marcel …

Stephen lève son verre.

Stephen :
À la santé de Marcel.

Billy :
Stephen, te sens-tu bien ?

Stephen :
Oui, Billy, peut être un peu trop bien, je profite de ma liberté.


L’avion atterrit sur l'aéroport de Rio. Lors de sa sortie, l'hôtesse le regarde avec insistance.


L'hôtesse :
Mr Accippalino, vous avez beaucoup d’humour et je suis certaine que vos expériences ainsi que vos connaissances sont immenses.

Stephen :
Madame, connaissez-vous l’histoire de l’absinthe Si nos Chemins se croisent à nouveau, je serai ravi de vous l’expliquer.

L'hôtesse :
Demain ?

Stephen :
Je ne pense pas hélas, il est probable que je sois en prison d’ici peu, mais si j’y échappe, je vous promets de vous raconter la fantastique histoire de l’absinthe ... Au Plaisir de vous revoir.

L'hôtesse :
Comment ferez-vous pour me retrouver, vous ne connaissez même pas mon nom ??

Stephen :
J'espère vous surprendre un de ces jours.

Stephen s’éloigne avec, dans sa tête, l’image d’un large sourire éclairé par des yeux verts, bleus.

Stephen et Billy s’engagent dans un taxi et après lui avoir donné l’adresse d’un hôtel 4 étoiles, le chauffeur démarre. Stephen regarde Billy et lui demande :

Stephen :
Tu as le contrat ?

Billy :
Bien sûr !

Stephen :
Qu’en penses-tu ?

Billy :
Il fait une très bonne affaire ce Bob !

Stephen :
He bien Billy, je peux t’assurer que je n'échangerai nullement sa vie contre la mienne.





Le taxi arrive devant le palace. Immédiatement un homme en uniforme rouge s’empresse de leur ouvrir la porte, d’autres employés ouvrent la malle pour en saisir les bagages. La salle d’attente est ornée d'un tapis rouge et or, des colonnes d’une blancheur immaculée font tout le tour de la salle. Devant le comptoir un homme, à peine souriant, leur demande :




Le réceptionniste :
En quoi puis-je vous être utile Messieurs ?

Stephen :
Je suis Mr Accippalino, j’ai réservé une suite pour deux personnes.

L’employé consulte son registre…

Le réceptionniste :
En effet Monsieur, nous avons bien une réservation pour deux personnes.

D’un signe de la main, l'employé appelle des commis pour qu’ils amènent les bagages et accompagnent les deux clients dans leur suite.

Le réceptionniste :
S’il vous plaît Mr Accippalino, connaissez-vous Dana Manson ?

Stephen :
Oui

Le réceptionniste :
Elle a téléphoné 36 fois et a demandé à ce que vous la rappeliez rapidement, pardon … Pour être exacte : très rapidement.

Stephen :
Merci, je vais l’appeler de ma chambre.

Le réceptionniste :
Suite 236 Mr Accippalino, 236… Ce n’est pas une chambre, mais une suite.

À peine arriv
é, Stephen prend le téléphone et compose le numéro de Dana.

Stephen :
Allô, Dana ?

Dana :
Mais qu’est-ce que tu foutais, je t’appelle depuis 14h00 pm

Stephen :
Dana, je t’ai déjà dit que mon avion arriverait à 17h00 ! Comment veux-tu que …

Dana :
Ne te disculpe pas et surtout n’oublie pas mes recommandations : ne bois pas trop et ne sniffe pas trop non plus !

Stephen :
Dana, tu sais très bien que (résigné) ok Dana, je suivrai tes conseils.

Dana :
Bien Stephen ! Tu commences à comprendre.

Stephen :
Toi aussi ! Bientôt, tu vas comprendre.

Dana :
Quoi, qu’est-ce que tu veux dire ?

Stephen :
Dana ! Ho Dana ! Je voulais dire que tu comprends toujours tout.

Dana :
As-tu téléphoné à Bibou ?

Stephen :
Abiba Dana ! Abiba

Dana :
C’est curieux, je ne l’ai jamais vu et j’ai le sentiment d’être déjà amoureuse.

Stephen raccroche aussitôt.

Stephen :
Pauvre idiote ! C’est de son pognon que tu es amoureuse, pas de lui.

Billy :
Que dis-tu ?

Stephen :
Rien Billy, rien ! Je vais prendre un bain et après, nous irons boire un Cognac de Marcel Carriege…..Le meilleur et le plus cher du monde, n’est-ce pas ?

À la réception, Stephen se dirige vers le comptoir.

Le réceptionniste :
Que puis-je faire pour vous Monsieur ?

Stephen :
Voilà, je voudrais rentrer en contact avec un certain Robert Matoury dit “Bob”, le connaissez-vous ?

Le réceptionniste :
Dans quel club joue t’il ? Golf, tennis, lion’s club ?

Stephen :
Non rien de tout cela, il aurait demeuré au 136 rue des pierres d’or.

Le réceptionniste :
Mais Monsieur, vous plaisantez ?

Stephen :
Pas vraiment, c’est un ami de longue date et cela fait plus de 20 ans que je ne l’ai pas vu.

Le réceptionniste :
Monsieur, je crains que votre ami ne soit mort, car les Pierres d’Or sont un repère de gangsters où les règlements de compte vont bon train. Les prostituées de bas étage, la racaille, enfin, vous imaginez… Là-bas, l’espérance de vie est d’à peine trois mois. Vous me surprenez Mr Accippalino.

Stephen :
À vrai dire, il s’agit de mon père Monsieur ! Il m’a légué toute sa fortune pour disparaître dans ce quartier et je veux le ramener à la maison et lui offrir une retraite confortable.

Le réceptionniste :
Je connais quelqu’un qui pourrait vous aider, mais vous connaissez certainement les usages, ce ne sera pas gratuit.

Stephen :
Ce n’est pas un problème tant qu’il ne me demande pas un million de dollars.

L'employé sourit par politesse sans bien comprendre ce qu’a voulu dire Stephen.

Le réceptionniste :
Je vous prie de bien vouloir attendre au salon, je vais le contacter maintenant.

Stephen et Billy s’installent dans un des salons luxueux de l’hôtel, un serveur s’approche d’eux …

Le serveur :
Que désirez-vous boire, messieurs ?

Stephen :
Un Cognac ou plutôt deux Cognac Marcel Carriege.

Le serveur :
Je suis désolé monsieur, mais nous n’avons pas cette référence dans le bar de l’hôtel.

Regardant Billy, Stephen rétorque.

Stephen :
C’est tout de même insensé de ne pas connaître Marcel Carriege, le meilleur Cognac et le plus cher du monde !

Le serveur :
J'en suis désolés Monsieur, mais nous avons 23 autres variétés et je suis certain que vous en trouverez un à votre goût.

Stephen :
Non, merci, donnez-moi une absinthe.

Le serveur :
Je suis navré Monsieur, mais nous n’avons pas d’absinthe.

Stephen :
Un verre d’eau ! Auriez-vous un verre d’eau ?

Le serveur :
Bien sûr monsieur.

Stephen :
He bien, je n'en veux pas ! allez servez-moi une bière, celle de votre choix.

Le serveur :
Brune , blonde ou rousse monsieur ?

Stephen :
Décolorée !

Le serveur :
Que monsieur m’excuse, je n’ai pas compris.

Stephen :
Blonde !

Le serveur :
Bien monsieur et pour vous (en s’adressant à Billy)

Billy :
La même chose.

Billy regarde Stephen non sans douter de ces facultés intellectuelles.
Les heures passent et Stephen entrevoit au loin le réceptionniste lui faisant de grands signes de la main…………..Stephen se redresse rapidement et d’un pas alerte se dirige vers lui.

Stephen :
Alors ?

Le réceptionniste :
Mr Accippalina

Stephen :
lino Accippalino !

Le réceptionniste :
Oui Mr Accippalino, je vous présente Luigi, il connaît beaucoup de monde dans le quartier dont vous me parliez.

Stephen :
Les pierres d’or ?

Le réceptionniste :
Chuuuut ! S’il vous plaît, pas si fort.

D’une voix soudainement édulcorée…

Stephen :
Luigi, connaissez-vous Robert Matoury dit “Bob” ?





Luigi :
Oui ! Ce cinglé qui vit tout seul en pleine forêt Amazonienne et qui tire sur tout ce qui bouge, oui, je le connais.

Stephen :

Ha bon ! Oui, enfin bref, j’aimerais le rencontrer.

Luigi :
Vous êtes sûr de vouloir le rencontrer ?

Stephen :
Oui, j’ai une proposition à lui faire.

Luigi :
Alors il faudra vous rendre directement sur place donc louer un hélicoptère, il y a trois heures de vols ce qui veut dire six heures si vous comptez revenir. Il faudra compter 10 000 dollars.

Stephen :
5 000 dollars

Luigi :
10 000 !

Stephen :
6 000

Luigi :
10 000 !

Stephen :
Soit ! Ok, pour les 10 000 dollars, mais vous, vous occupez de tout ?

Luigi :
Ok. Soyez prêt demain matin à 4 heures précises.

Stephen :
Après demain, ce serait mieux aussi, car je viens d’atterrir et avec le décalage hor….

Luigi :
Demain matin à 4 heures, si cela ne vous convient pas, adressez-vous à quelqu’un d’autre.

Stephen :
C’est entendu pour 4 heures, demain matin, devant l'hôtel.

Luigi :
Non à l'aéroport.

Stephen :
Mais il y a une heure de route !

Avec un sourire ironique….

Luigi :
He bien, vous vous réveillerez plus tôt, ha ha ha …



...... Chapitre IV ..... LA RENCONTRE




À 3 heures du matin, devant l'hôtel dans le taxi qui les emmènent à l'aéroport.




Stephen :
J’en peux plus, j’en peux plus ! Billy, hey Billy ! Où es-tu ?

Billy :
Je suis en charge, réveille-moi lorsqu’on arrivera à l'aéroport.

Le taxi roule à vive allure, ses phares éclairant à peine le sol, il évite de justesse une vache perdue sur la route, mais nos deux compères dorment sans se soucier de ce qui peut leur arriver.

Le taxi arrive à l'aéroport, le chauffeur se retourne et aperçoit ses deux clients en plein sommeil dans des positions peu confortable. De la salive coule de leurs commissures des lèvres, le taxi les regarde en souriant et hésite un instant à les surprendre, puis…

Le chauffeur du taxi :
ohééééééé, nous sommes arrivés !

Stephen et Billy sursautent puis dans un mouvement réflexe et maladroit, ils ouvrent les portes pour s’en extraire…

Stephen :
Gardez la monnaie.

Le chauffeur du taxi :
Hé ! Je voudrais bien, mais tou ne m'as pas payé !

Stephen :
Ha ! Oui, voilà.

Le chauffeur du taxi :
Merci pour le pourboire, je vais pouvoir m’acheter oune glace !

Stephen et Billy ont suivi les recommandations de Luigi, ils ont pris chacun un petit sac et une serviette en cuir qui contient le contrat.

Dans un état comateux, ils aperçoivent Luigi qui les invite à monter dans l'hélicoptère. En prenant place Stephen et Billy mettent leurs ceintures de sécurité et se positionnent pour dormir encore.

Il fait nuit, et dans une chaleur moite, l'hélicoptère décolle dans un vrombissement sourd.




Alors que dans la nuit noire, l'hélicoptère vole, on peut voir au loin le soleil qui fait son apparition à l’horizon. Doucement, le voile de la nuit se lève et la forêt découvre ses couleurs verdoyantes. Stephen se réveille, il prend conscience de l’endroit où il se trouve. Tous ses sens s'éveillent et ses yeux entrouverts découvrent la magie de cette forêt. C’est comme un champ de persil, la vue est paisible. Luigi se retourne vers eux…

Luigi :
On arrive dans 10 minutes, mais on a eu beaucoup de problèmes avec cet hélico pendant que vous dormiez et on a bien failli se poser en catastrophe sur la canopée.

Stephen :
Quoi ? Quel canapé ?

Luigi :
La canopée ! La canopée est le dessus des arbres, leurs feuillages… Et 30 mètre plus bas vous avez le sol.

Stephen :
Ils font 30 mètres de hauts vos arbres ?

Luigi :
Oui et un des meilleurs bois du monde, mais des vendeurs peu scrupuleux sont … Ha ! Voilà, on arrive.

Stephen :
Oui, c’est bien, mais où va-t-on atterrir ?

Luigi :
Ici dans ce Chablis.

Billy :
Quoi ? Mais vous êtes fou ! Les pales vont toucher les arbres, c’est sûr !

Luigi :
Non, nous avons un mètre de sécurité, ça ira et de toute façon l’on n’a pas le choix. Tenez regardez là-bas, c’est Bob qui nous attend.

Stephen :
Mais comment sait-il que nous arrivons ?

Luigi :
Je l’ai prévenu par radio.

Stephen :
Mais pourquoi ne m’avez vous pas dit que vous aviez une radio ?

Luigi :
Parce que vous ne me l’avez pas demandé et puis vous m’avez dit que vous vouliez le voir. C’est votre père quand même ! Vous pouvez faire un effort non ?

Billy :
Qu’est-ce que c’est que cette histoire Stephen ?

Stephen :
Ne complique pas les choses, je t’expliquerai.

Avec une adresse surprenante, l'hélicoptère se pose. Pendant que les pales ralentissent leur rotation, Luigi, Stephen et Billy, recroquevillés, sortent de l’appareil.

Suffisamment éloignés de l’appareil, les trois hommes se redressent. Stephen, les yeux écarquillés, voit Bob s’approcher …

Stephen :
Nom de Dieu ! Ce n'est pas possible ! Dana ne le suivra jamais !

Lentement, Bob s’approche, il est de taille moyenne et rondouillard, ses pas sont sûrs et adroits. Il est vêtu d’un short kaki, d’une chemise de la même couleur, il porte des rangers en toile un chapeau de brousse tout aussi vert que sa tenue. Ses vêtements sont sales et humides. Sa transpiration laisse apparaître de larges auréoles sous les bras et l’on devine sa poitrine velue. Ses cheveux longs poivre et sel sont mouillés et gras, sa peau est luisante et sa barbe hérissée. Lorsque Stephen arrive à sa hauteur, il sent la forte odeur musquée de l’homme, semblable à un animal. Il le regarde et dit en chuchotant…

Stephen :
Jamais Dana le suivra, c’est certain !

C’est avec une voix sûre et forte que Bob dit …

Bob :
Bonjour à tous, . Je voudrais voir mon fils !

Bob s’avance vers Billy qui effrayé dénonce du doigt Stephen.
Bob tourne la tête vers Stephen et s’approche lentement de lui.

Bob :
C’est toi le petit con qui veut revoir son papa ?

Stephen :
Je suis désolé Monsieur Bob, cette idée est sortie de ma bouche, je ne sais pas pourquoi, mais nous n’allons pas vous déranger plus longtemps.

Puis se retournant vers Luigi, Stephen dit …

Stephen :
Le plein a été refait ?

Bob enchaîne …

Bob :
Attends petit, tu es venu ici pour me proposer quelque chose, quand tu auras terminé ton job et quand je t’aurai dit non, tu pourras retourner dans ta vie de merde. En attendant, venez prendre un verre.








Bob se retourne et commence à servir de guide à cette troupe qui le suit en file indienne sans s'écarter d’un pouce du layon.

Stephen et Billy cherchent leurs pas et sont parfois déséquilibrés par ce manque de planéité. Bob quant à lui est dans son élément, il est habile, il avance de manière automatique.

La troupe rentre dans la forêt. Au sol, la végétation est luxuriante et la canopée, se trouvant à 30 mètres de hauteur, empêche le soleil de rentrer, et malgré cela quelques plantes arrivent à subsister. La dimension des arbres impressionne Stephen et Billy. Ils regardent de tous les côtés. La chaleur est humide et étouffante, des auréoles commencent à apparaître sous leurs bras ainsi que sur leurs poitrines. Il n’aura fallu que quelques minutes à Stephen et Billy pour ressembler à Bob.

Après une demi-heure de marche, exténués et assoiffés, le groupe s'arrête. Bob, qui continuait sa route, s'aperçoit qu’il n’est plus suivi et dit :

  Bob :
Allez ! Encore 100 mètres et on est arrivé, vous aurez de l’eau fraîche, des glaçons et un bon jus d’ananas.

Les deux hommes sont ravis de cette proposition et après un effort difficile, ils se relèvent et poursuivent leur route.

La forêt s'écarte laissant apparaître le soleil. Deux petites maisons en bois , très joliment décorées, sont sur les hauteurs. L’herbe est rase et l’ensemble est bien entretenu. Il y a même des fleurs qui bordent les chemins. Un petit ruisseau serpente entre ces deux maisons et un joli pont de bois peint en rouge permet le passage entre les deux berges. Stephen dit …



 

Stephen :
Mais cet endroit est magnifique ! Quelle belle pelouse

Bob :
Oui, je sais, mais je suis obligé de maintenir l’herbe rase afin de voir les serpents la nuit. Avec ma lampe électrique, c’est très simple … Ils ont les yeux orange.

Stephen :
Mais qu’est-ce qu’il raconte ?

Luigi :
C’est vrai msieur Stephen.




 Le groupe emprunte un petit raidillon pour arriver sur une jolie terrasse ou quelques oiseaux effrayés s’envolent.

Bob :
Asseyez-vous, je reviens.

Le groupe prend place sur des chaises en bambou, les hommes contemplent les alentours, ils sont subjugués par la beauté du paysage. Stephen impressionné apprécie, mais il pense surtout aux glaçons et au jus d’ananas. Bob revient avec des verres en plastique et une bouteille d’eau.

Bob :

Tenez rafraîchissez vous.

En se saisissant de la bouteille, Stephen s'aperçoit qu’elle est chaude.

Stephen :
Bob, vous avez oublié les glaçons et le jus d’ananas.

Bob :
Mais qu’il est con celui-là ! Je ne sais pas si tu as vu, mais nous n’avons pas d'électricité ici donc pas de frigo. Si tu veux un jus d’ananas, il faudra d’abord le planter et l’entretenir et tu auras, peut-être, une chance de le manger si les bestioles du pays ne l’ont pas dégusté avant toi. À 300 mètres, tu as un oranger, il me fait 300 litres de jus par an, tu peux aller en prendre, mais fais gaffe aux guêpes, elles aussi aiment les fruits, ha ha ha.

Stephen :
Merci Bob, ça ira. Je me contenterai de cette eau tiède.

Bob :
hahahaha ici, tu n’es pas en Amérique mon gars et tu ne trouveras pas de Cognac Marcel Carriege et….

Stephen :
Que dites-vous ? Vous connaissez le Cognac de Marcel ?

Bob :
Pourquoi vous aussi ?

Tout en recouvrant ses esprits et sa promesse faite à Mike Stephen répond :

Stephen :
Non, non. Mais ça ne m’a pas l’air très américain ce Marcel Carriege ?

Bob :
vous avez raison, c’est un Français qui le fabrique.

Stephen est surpris et il ne comprend pas trop ce qui se passe. Il n’a que quelques morceaux de ce puzzle et il sait qu’il faudra aller chercher le reste en usant d’une curiosité habile.

Bob :
Bien ! Qu’avez-vous à me proposer à part une retraite dorée aux Etats Unis ?

Billy s’empresse de déposer sur la table en bambou la serviette de cuir, il l’ouvre et sort le dossier …

Billy :
Voilà Monsieur Bob, je crois qu’il sera plus simple que vous lisiez ce document.

Avec un sourire ironique, Bob s’empare du document, il jette un œil sur les trois hommes silencieux. De sa poche, il extrait des lunettes étrangement écaillées dont une branche avait disparu, il les pose sur son nez et commence à lire.

Silencieusement, les trois hommes l’observent et ils attendent… Après quelques minutes de lecture Bob, regarde par-dessus ses lunettes et s’adressant à eux…

Bob :
Vous avez une chambre de l’autre côté, installez-vous, je vais étudier cela et je vous donnerai ma réponse demain. Au fait, prenez le temps de mettre vos moustiquaires sur vos hamacs. Encore une chose, allez pisser avant de vous coucher, car les serpents et autres animaux adorent sortir la nuit pour chasser.

Bob regarde avec ironie Stephen.

Bob :
Vous trouverez dans le frigo du poulet, du vin, du ketchup et de la mayonnaise. Je n’ai pas pu prendre du pain, car, ce matin, la Boulangerie était fermée. Si vous ne voyez pas le frigo, soulevez le grillage, vous y trouverez un poulet boucané. Allez bonsoir maintenant et à demain.

Bob se replonge aussitôt dans sa lecture.

Stephen s’empare de la bouteille d’eau et se rend de l’autre côté de la berge avec Billy……Tandis que Luigi part de son côté dormir dans l'hélicoptère.




En ouvrant la porte les deux compères s'aperçoivent que la pièce est vide.




Billy :
Il n’y a pas de lit ?

Stephen :
Pas de lit, pas de frigo, pas de mayonnaise !

Billy :
Mais où va-t-on dormir ?

Stephen :
tu vois ces tissus en forme de banane, ce sont des hamacs (tournant la tête) et là-bas les moustiquaires mais je suis trop crevé, je vais aller dormir sans même toucher son poulet boucané qui doit se trouver par-là, si le Cœur t’en dit.

Stephen montre du doigt une caisse suspendue avec un grillage fin qui sert de couvercle.

Billy :
Je vais faire comme toi, mais je vais aller pisser avant.





Stephen découvre, par curiosité, le grillage et saisit un bout de viande cramoisis. Il observe la chair, la sent, grimace et la remet immédiatement à l’endroit où il l’a trouvée.

Ils s’enfoncent dans leur hamac et tandis que Billy s’endort bruyamment, Stephen regarde le ciel en écoutant les chants nocturnes des oiseaux.





Stephen pense : tiens ! C’est le même ciel que chez moi, je vois Cassiopée, les Pléiades, Vénus. J’ai du mal à croire que nous sommes sur terre.

Stephen s’endort paisiblement.


Le lendemain matin
 



 


Bob :
“Debout là-dedans”

Bob défonce presque la porte.

Bob :
Il est 4 heures du matin et il y a le café à faire, ce n’est pas de l'instantané ici, il faut aller le chercher, le torréfier et le préparer. Allez les gars, je plaisante, il est 08h00 et le café est prêt.

Les hamacs ne bougent pas et les ouvertures sont refermées donnant l’apparence de deux cocons, puis on entend Stephen …

Stephen :
J’en peux plus, j’ai été empalé toute la nuit par les moustiques, et même à travers le hamac.

Billy, résigné, ne parle pas. Il se lève comme un automate et se dirige vers la maison de Bob.

Bob est en train de plaisanter avec Luigi et tous les deux rigolent fortement.

Bob :
ha ha ha voilà les touristes, prenez donc un café cela vous réveillera.

Bob et Luigi éclatent de rire.

Bob :
Je vous avais dit de mettre vos moustiquaires, non ? Bref, j’ai vu votre contrat, il est pas mal, mais il manque l’annexe 36 qui précise le prix, j’ai cherché partout et je n’ai rien trouvé dans le dossier alors où se trouve la pièce 36 ?

Billy à moitié endormi déguste son café.

Billy :
C’est moi qui l’ai !

Il fouille dans sa serviette et sort un feuillet qu’il tend à Bob. D’un geste brusque, Stephen s’empare du bras de Billy pour empêcher la transaction puis il regarde Bob menaçant et dit …

Stephen :
Le prix n’est pas négociable, c’est ça ou rien, c’est ça ou nous repartons et vous n’aurez rien.

Stephen lâche la main de Billy et Bob s’empare, avec un regard surpris, du document. Il le parcourt et ajoute …

Bob :
Je veux simplement que vous ajoutiez dans le contrat que si Dana venait à mourir, je ne pourrais en aucun cas en être tenu pour responsable. Ici, les dangers sont nombreux, les animaux de la jungle, les intoxications alimentaires, l’eau non traitée sans parler du dépaysement qui pourrait entraîner un suicide … Quant au reste, je suis d’accord. Je possède une radio et vous pourrez prendre contact avec elle une fois par semaine, pas plus et uniquement pendant les 6 derniers mois. Autre chose, vous me ferez parvenir tous les mois la modeste somme de 20 000 dollars afin de subvenir aux besoins de madame et au cas où vous annuleriez ce présent contrat, ces sommes resteront miennes. Il est bien entendu que si madame reste toute l'année, vous les réduirez des 1 million de dollars.

Billy s’empresse d'écrire les dernières conditions de Bob et les remet à la signature des deux parties.

Stephen et Bob signent et ce dernier se retourne vers Stephen pour lui demander …

Bob :
Comment savez-vous que je prends 1 million de dollars ?

Stephen :
C’est Mike (s'apercevant de son erreur), j’ai mes sources de renseignements.

Bob :
Maintenant, que nous sommes d’accord et que nous avons signé, sachez que je me fais payer au bon vouloir de la personne et que je n’ai jamais imposé de prix .... je remercie ce Mike de vous avoir mal renseigné.

Dégouté, Stephen baisse la tête pendant plusieurs minutes et comprend qu’il s’est fait avoir.

Stephen :
Bon, pour l'arrivée de Dana, je veux que vous soyez propre et dans des vêtements neufs. Vous imaginez bien que si elle ne rentre pas dans le jeu, nous annulerons tout et cela est clairement stipulé dans le contrat. Ce qui veut dire que vous ne serez pas payé.

Bob :
Un smoking vous conviendrait ? Ha ha ha, pour 1 million de dollars, vous pourrez choisir vous-même mes vêtements et j’accepte les drag-queen. Vous voyez Stephen, tout est question de prix. Bien, maintenant nous allons déguster ce merveilleux cognac de Marcel Carriege.






Stephen écarquille les yeux et se demande si Bob ne se moque pas de lui. Pourtant, Bob revient avec la bouteille de Cognac, il en verse un peu dans chacun des gobelets de ses convives et tous lèvent leurs verres pour trinquer.

Stephen surpris lui demande :

Stephen :
Vous en avez beaucoup ?

Bob :
Une bonne dizaine, cela fait vingt ans que je reçois annuellement une caisse de ces fameuses bouteilles. Je vais vous surprendre, mais je ne sais pas qui me les envoie et j’avoue que je m’en moque.



....... Chapitre V .....DU RÊVE AU CAUCHEMAR



De retour à New York, dans la maison de Dana



Dana :
Haaaaaaaaaaaa mon chéri ! Allez, débarrasse-toi de ton pardessus et raconte moi. Comment est Bibou ? Est-il beau ? As-tu pris des photos ?Allez vite ! Raconte et ne sois pas avare de détails.

Stephen :
Dana, je n’ai pas de photo, mais c’est un homme élégant, il aime les safaris, il est donc souvent habillé en kaki.

Dana :
De chez Dior n’est ce pas ?

Stephen :
Bien sûr Dana ! Bien sûr ! Bon tout est prévu, tu prendras l’avion le 20 décembre, ensuite, tu descendras à l'hôtel Caïman. Ensuite, un nommé Luigi prendra contact avec toi et vous partirez en hélicoptère en forêt, heuheu Je veux dire dans son hôtel. Dana j’ai vu les photos, l'hôtel est magnifique. En revanche, tu ne prendras qu’une seule valise, le reste te sera apporté le lendemain directement dans ta suite.

Dana sourit et semble rêver.

Dana :
Ma suite ?

Stephen :
Oui, ta suite.

Dana :
Quoi qu’il en soit, puisque je ne reste que deux semaines, je ne me contenterai que de mon lot de valises Cardin.

Stephen :
Ça fait quand même 25 valises Dana !

Dana :
Attend Stephen ! Ne commence pas, car je devrais bien me changer 4 fois par jour pour séduire Bibou.

Stephen :
Ok Dana, je m’occuperai de te les faire parvenir à l'hôtel Caïman.

Dana lève les bras et les yeux au ciel.

Dana :
haaaaaa ! Que la vie est belle !


Dans les rues de New York.



Stephen marche d’un pas rapide dans les ruelles puis s'arrête et se saisit de son téléphone portable.


Stephen :
Allô Mike ? ....... Ha, bonjour Chris, Mike est-il là ?

Chris :
Non, Monsieur , Monsieur est parti pour sa séance de chimiothérapie.

Stephen :
Ha et quand doit-il rentrer ?

Chris :
Je ne sais pas Monsieur, mais dès qu’il rentrera, je lui ferai part de votre appel.

Stephen :
Merci Chris.

Stephen est déçu, il aurait aimé avoir quelques précisions sur l’affaire du Cognac, mais il se soucie, en priorité, de l’état de santé de son ami.

La dernière fois qu’il a vu Mike, Stephen s’était aperçu de sa perte, considérable, de poids et n'avait pas osé lui en parler. Une certaine forme d’égoïsme l’avait entraîné à se concentrer sur son unique problème : Dana !

Stephen reprend son téléphone.

Stephen :
Allô Chris, oui, je sais qu’il n’est pas encore rentré. Je voulais juste savoir comment il allait avant de partir à l’hôpital (Stephen baisse les yeux, il est inquiet.) Ha ! Merci Chris et bonne soirée.

Stephen relève le col de son pardessus et poursuit sa route dans les rues de New York. Il s'éloigne, la neige tombe de plus en plus et recouvre le sol humide.






 

...... Chapitre VI ...... LE DÉPART



Une semaine plus tard, Stephen et Dana se retrouvent en première classe de L’A380. Dana est toute excitée, elle est habillée en Prada, elle gesticule sans se rendre compte de son attitude ridicule.

Dana :
Sais-tu Stephen qu’avant de partir, j’ai acheté un ensemble kaki de chez Dior . Je pense qu’après les fêtes, avec Bibou, nous pourrions faire un safari en Afrique. Au fait, quel âge a-t-il ?

Stephen, qui à ce moment-là pense à son ami Mike, répond sans réfléchir :

Stephen :
35/45 ans, je ne sais pas exactement.

Dana :
Tu n’es pas très précis, il y a une énorme différence entre 35 et 45 ans !

Stephen :
Tu sais Dana, souvent les gens ne font pas leur âge et plus particulièrement dans le monde des personnalités aisées.

Dana :
Tu as raison Stephen, la chirurgie plastique est l’avenir de l’homme et le présent de la femme.

Dana retourne à la lecture de son magazine.
Stephen soucieux se saisit de son téléphone et compose un numéro.

Stephen :
Allô Chris ? Qu’elles sont les nouvelles ?(Stephen baisse la tête.). Bon, tenez-moi informé, merci Chris.

Dana :
À qui téléphonais-tu ?

Stephen :
À Mike Crawford.

Dana :
Ha ! Et comment va-t-il le vieux ?

Stephen regarde Dana sans intérêt.

Stephen :
Il va bien, Dana, il va bien.

Dana :
De toute façon, les vieux comme lui sont solides comme des rocks, ils ne meurent jamais enfin, je veux dire qu’ils font de vieux os. Il serait temps pour lui qu’il parte et laisse ses richesses aux jeunes.





Stephen ne répond pas, il tourne sa tête vers le hublot et s'évade le regard sur les nuages.





.......... Quelques heures, plus tard, l'avion atterrit à l'aéroport de Rio de Janeiro.
 

 

Après avoir passé le contrôle de la douane et récupéré les bagages, Dana et Stephen montent dans un taxi qui les conduit à l'hôtel Caïman suivi de 2 autres taxis.









 

À l'hôtel, un homme, dans un costume, rouge leur ouvre la porte, Dana sort rapidement, elle regarde le commis dans une totale indifférence et lui dit :

Dana :
Les deux taxis qui suivent contiennent mes valises, veuillez les faire transporter dans ma suite.

L’air hautaine, Dana s’empresse de rentrer dans le hall de réception et Stephen la suit.

Devant le hall de réception …

Dana :
Nous avons réservé une suite et une chambre.





Le réceptionniste :
À quel nom, je vous prie ?

Dana repositionne ses lunettes de soleil sur le bout de son nez et tout en regardant le réceptionniste, elle dit :

Dana :
Vous ne m’avez pas reconnue ? Je suis Dana Manson !

Le réceptionniste :
haaaa oui, bien sûr !

Il regarde son registre.

Le réceptionniste :
Oui, nous avons une suite pour vous et une chambre pour votre employé.

Le réceptionniste s’adresse à Stephen :

Le réceptionniste :
haaaaa bonjour Mr Stephen, vous avez retrouvé votre papa ?

Dana, qui ne comprend pas la situation, se retourne vers Stephen …

Dana :
Ton papa ?

Stephen :
Oui, je t’expliquerai plus tard, ne complique pas les choses maintenant s’il te plaît.

Dana :
C’est certain, tu vas m’expliquer !

Mais Dana, obnubilée par l’idée de rencontrer prochainement son prince charmant, oublie vite de demander des explications sur ce sujet.


Le lendemain Dana et Stephen se rendent au restaurant de l'hôtel afin de dîner. Elle a changé 8 fois de tenues sous les regards fatigués de Stephen. Après s'être assis à la table, Stephen voit s’approcher Luigi.


Stephen :
Ha Luigi, bonsoir, je suis content de te voir, alors c’est pour quand ?

Luigi regarde avec inquiétude Dana qui elle ne s’aperçoit même pas de sa présence.

Luigi :
C’est elle ?

Dana tourne rapidement sa tête vers Luigi et de son air le plus menaçant dit :

Dana :
Qui ça elle ?

Stephen intervient aussitôt :

Stephen :
Il demande si c’est bien toi, Dana Manson.

Dana reprend son sourire d’actrice :

Dana :
Oui, c’est bien moi, mon cher …

Luigi regarde Dana puis lentement, il se tourne vers Stephen et dans un langage très atténué…

Luigi :
Elle ne va jamais le suivre ! Stephen, nous allons assister à une déclaration de guerre ! Il y aura forcément mort d’une des deux personnes, Dana ou Bob !

Stephen :
Écoute Luigi, ne complique pas davantage les choses.

Luigi de plus en plus inquiet regarde Stephen …

Luigi :
Tu as de drôles d'idées, tu sais ?

Puis Luigi poursuit à haute voix :

Luigi :
Ce sera pour demain en fin d'après-midi, à 18h00

Dana :
Parfait ! Demain 18H00 à l'hôtel

Stephen :
Non 18h00 à l'aéroport. Nous devons partir de l'hôtel à 17h00, ne soit pas en retard Dana ok ?

Dana :
Ne commence pas à me presser Stephen, ne commence pas.

D’un clin d’œil, Luigi demande à Stephen de le suivre en particulier.

Luigi :
J’ai préféré programmer le départ pour la fin de journée, ainsi, nous arriverons de nuit et elle ne pourra bien voir le lieu d’atterrissage.

Stephen :
Et la vue de Bob sera tout aussi atténuée, ha ha ha, c’est bien vu, je n’avais pas pensé à ça, merci Luigi.

Luigi :
Es-tu certain de ce que tu fais ?

Stephen :
Absolument pas ! C’est la première fois de ma vie que je navigue à vue.

Luigi :
Hé bien Stephen, je te souhaite bien du courage.

Stephen :
Ho, tu sais, pour moi, ça ira, c’est surtout à Bob qui faut dire cela. Moi, je vais rester toute l’année à l’hôtel, inquiet, mais à l’hôtel !

 




...... Chapitre VII ..... LE CAUCHEMAR



Le lendemain.


Le taxi arrive en trombe et s'arrête devant l'aéroport dans un crissement de pneus.

Stephen sort rapidement de la portière droite tandis que nonchalamment, Dana sort de la portière gauche.


Stephen :
Tu es impossible Dana ! Nous sommes en retard d’une heure !

Dana :
C’est bon, ça va hein ! Toujours en train de gueuler toi ! Et puis n’oublie pas qu’une femme doit toujours se faire désirer.

Stephen :
Oui, ben, tu vas voir avec Bob, ça ne va pas se passer tout à fait comme cela.

Dana :
Mais qui est-ce ce Bob ?

Stephen :
Heu, c’est le diminutif de Abibou.

Dana :
Abiba tu veux dire ?

Stephen :
Oui Abiba. Dana, tu me rends fou, tu sais ?

Pendant que Stephen court pour prévenir Luigi de son arrivé, Dana suit en se déhanchant nonchalamment.

Essoufflé, Stephen s’excuse devant Luigi de son retard tandis que Luigi le regarde agacé.

Luigi :
J’ai emmené des somnifères, tu doseras à ta convenance et tu lui feras boire comme tu veux, quitte à la gaver, mais je ne décollerai pas avec elle à bord sans qu’elle n'ait pris ce truc-là.

Stephen :
Luigi, tu me compliques les choses, tu sais ça ?

Luigi :
Stephen ! Pense à moi ! Je serai seul à bord de l’hélico avec cette femme, autant dire qu’il s’agit d’une mission impossible.

Stephen pose une main amicale sur l'épaule de Luigi l’air capitulé.

Stephen :
Je comprends Luigi, je comprends !

Dana s’approche des deux hommes. Un foulard rouge noue ses cheveux, des lunettes de soleil cache ses yeux et sans dire bonjour :

Dana :
Bon ! Quand partons-nous ?


Stephen :
Bientôt, bientôt. Veux-tu boire quelque chose ?

Dana :
Non merci.

Stephen regarde Luigi inquiet.

Stephen :
Tu devrais boire quelque chose, car dans l'hélicoptère, il n’y a pas de bar, pas de boissons !

Dana :
Comment ça ? Bibou n’a rien prévu ?

Stephen :
Dana, je n’ai pas voulu t'inquiéter, mais l'hélicoptère privé d’abiba s’est écrasé, il est sorti indemne de l’accident, mais tout son équipage est mort. Il a dû marcher pendant des jours et des jours pour retrouver son hôtel.

Dana :
C’est donc un homme courageux .... On pourrait en faire un film et gagner beaucoup d'argent.

Stephen :
C’est pour cette raison que c’est Luigi qui t’accompagne avec son hélicoptère.

Luigi sourit largement et découvre ses dents gâtées, parsemées et jaunies. Dana se fige.

Stephen :
Qu’aimerais-tu boire Dana ?

Dana :
Un jus de tomate.

Stephen :
Non pas un jus de tomate, trop difficile à diluer !

Par-dessus ses lunettes, Dana observe Stephen :

Dana :
Diluer quoi ?

Stephen :
Hé bien le sel, le poivre et puis Dana, ils n’ont pas de jus de tomate ici, un verre d’eau, je crois que ce serait bien.

Dana :
Mon Dieu Stephen ! Qu’est-ce que tu peux être très désagréable et surprenant quand tu t’y mets.

Stephen part chercher de l’eau et entre dans les toilettes. Il sort les gélules en tremblotant.

Stephen :
Bon maintenant, il s’agit de savoir combien je peux mettre de gélules ? Combien ? Je pense que deux suffiront, allez 3 pour être certain. De toute façon, cela ne la tuera pas, au contraire, elle foutra la paix à tout le monde pendant deux jours, allez 5 gélules.

Stephen les décapsule et laisse glisser la poudre dans le verre. Il doute, il a peur d’en mettre trop, il s’interroge.

Stephen :
C’est peut-être un peu trop ?

Il glisse ses doigts dans le verre pour essayer de retirer un peu de poudre, mais c’est trop tard, le mélange est fait.

Stephen :
Ça ira comme ça, il y en a un peu moins. Quoi que

Stephen lève le verre vers la lumière afin d’y vérifier si l’ensemble est translucide.

Stephen :
Je crois que c’est bon.

De retour auprès de Dana, Stephen lui tend le verre sans la regarder afin d'éviter tout sentiment de culpabilité puis il s’approche de Luigi. Derrière lui, Dana boit le verre d’un trait.

Luigi s'approche d'un pas rapide vers Stephen.

Luigi :
Nous avons un petit problème d'intempérie, nous devons attendre une heure avant de partir.

Stephen regarde Luigi d’un air désespéré.

Stephen :
Elle vient de boire tout le contenu du verre ???

Luigi :
Oui, je l'ai vu.

Stephen :
Ce n’est pas vrai, dis-moi que ce n’est pas vrai !

Une heure plus tard, Dana est allongée sur deux fauteuils de l'aéroport, elle est dans un sommeil profond, de la salive coule à la commissure de ses lèvres, elle ronfle et libère quelques flatulences. Son rouge à lèvre s’est étalé sur sa joue, la star n’existe plus !

Stephen est inquiet, car deux policiers observent Dana.

Les policiers s’approchent d’eux, Stephen leur tourne le dos, effrayé.

Le policier :
Monsieur,

Stephen se retourne, il arbore un sourire crispé.

Stephen :
Oui, bonjour messieurs, que puis-je faire pour vous ?

Le policier :
Monsieur, cela fait une heure que votre femme …

Stephen :
Ho, ce n’est pas ma femme.

Le policier :
Cela fait une heure monsieur que votre amie émet des bruits gênants pendant son sommeil, ce n’est pas très agréable pour les clients de l’aéroport et je vous prie de bien vouloir la réveiller.

Stephen s’exécute, il attrape Dana puis la soulève avec effort, mais Dana dort d’un sommeil de plomb. Elle ouvre à peine les yeux, elle entraperçoit les deux policiers puis subitement, elle se met à chanter la chanson d’une publicité pour des couches pour bébés dans laquelle elle était l’actrice enfant. Stephen est gêné, il lui demande d'arrêter en souriant aux policiers qui le regardent maintenant d’un air suspicieux.

À ce moment-là Luigi, arrives en courant.

Luigi :
Ça y est ! L’hélicoptère peut décoller.

Soulager Stephen emmène péniblement Dana vers le lieu du décollage. Les jambes de Dana n’arrivent plus à avancer et Stephen est obligé de la traîner. Les policiers, les bras ballants, les regardent non sans s’interroger.

Stephen pose délicatement Dana sur le fauteuil arrière, il lui met la ceinture de sécurité et pendant que les pales de l’engin commencent à effectuer leur rotation, Stephen décoiffé par le vent, caresse la joue de Dana endormie et lui dit :

Stephen :
À l’année prochaine Dana.





Il ferme la porte et voit l'engin décoller. Il s'éloigne du sol laissant Stephen comme un point noir sur la piste.

L'hélicoptère survole ce champ de persil. Dana dort, le soleil disparaît laissant un voile noir recouvrir la forêt.





La nuit tombée, Luigi allume les projecteurs de l'hélicoptère, la canopée est éclairée, également, par la pleine lune et l’on peut apercevoir des singes sautant d’arbre en arbre, ils sont effrayés par cette lumière et le vrombissement du moteur.

3 heures se sont passées.

L'hélicoptère éclaire le Chablis croisant au passage la silhouette de Bob.
Sur terre, les pales ralentissent et Luigi sort seul. Il se rapproche de lui.


Bob :
Où est-elle ?

Luigi :
Dans l'hélicoptère, elle dort, je crois que Stephen a un peu trop forcé sur les somnifères.






Bob :
Bah ! C’est pas grave Luigi. Il y a une brouette de ce côté-là, je m'en sers habituellement pour transporter le fumier, mais ça fera l’affaire ; dépose là-dedans et transporte la jusqu’au carbet.

Luigi :
Et la valise ?

Bob :
Elle la récupérera demain ou quand elle se réveillera.

Bob devance Luigi dans le layon en l'éclairant de sa torche, tandis que Luigi pousse la brouette avec Dana à l'intérieur, celle-ci dort toujours. Arrivé au carbet de Bob, Luigi lève Dana et la dépose dans le hamac, Bob prend le soin de lui mettre la moustiquaire.

Avec sa lampe électrique à dynamo, Bob et Luigi regardent Dana dormir.

Bob :
Dis donc Luigi, elle ressemble à la gamine qui faisait de la pub pour des couches culottes.

Luigi :
Qu’est-ce que c’est ça, des couches culottes ?? ?

Bob :
Oui ! Ma parole, c’est elle, je me souviens maintenant, j’adorai la chanson de la pub, c’était quoi l’air déjà ? ….nananananère…….laaaa lalère…….haaaa, je ne m’en rappelle plus pourtant, je n'arrêtais pas de la chanter, haaaa merde….lalalère…..

Puis tout en s'éloignant Bob chantonne pour retrouver l’air tandis que Luigi referme la porte du carbet.



......Chapitre VIII ..... RÉALITÉ.




Le lendemain matin.


Dana ouvre un œil pour le refermer aussitôt, toujours embrumée de ses rêves, elle esquisse un sourire puis se retourne. Elle rouvre ses grands yeux et reste immobile, elle semble même apprécier cette étrange sérénité. Elle écoute les oiseaux chanter et le clapotis du ruisseau, elle perçoit au loin le bruit sourd d’une cascade.


Dana :
mmmmmmmmmmmm j'attends encore un peu avant de me lever.

Elle s'étire. Ses yeux sont entrouverts, elle se sent bien, tout est comme elle s’imaginait. Puis elle entend un homme parler.

Bob :
Bordel à cul de pompe à merde, Julio, Julio, où es-tu ? Où as-tu mis les clefs du tracteur ? Julio ? Un jour, je vais le flinguer ce gamin.

Julio :
Papa, casse les couilles……clef…..là……regarde……regarde papa.

Bob :
Ha ok ! Mais la prochaine fois, tu les mettras ici et uniquement ici.

Dana, toujours dans son hamac, ouvre un peu plus grand les yeux et fronce les sourcils.

Dana :
Mais où suis-je ?

Elle s'éjecte du hamac, sa robe Dior est toute froissée, une bretelle s’abandonne sur son bras droit et laisse apercevoir un sein. Elle met ses chaussures à talons hauts et maladroitement, elle sort de la pièce.

Dehors, un soleil éclatant la surprend, elle se protège les yeux puis petit à petit, elle découvre la beauté du site. Elle sourit et elle imagine que Bibou ne doit pas être bien loin, il est peut-être à quelques pas d’ici, à l’hôtel.

Au loin, elle aperçoit Bob qui s’acharne sur le tracteur pour le faire démarrer tandis que Julio, un jeune amérindien de 15 ans le regarde.

Dana s’approche.

Dana :
Pardon, mon brave, pouvez-vous me dire où se trouve le prince Abiba ainsi que son hôtel ?

Bob et Julio regardent avec étonnement Dana.

Dana :
Qu’avez-vous à me regarder de la sorte, pauvres idiots !
Parlez-vous français au moins ? Des illettrés, il ne manquait plus que ça, des pauvres types et sales en plus ! Ils doivent être les valets des valets. Mon Dieu, quelle horreur, ils sont répugnants.

Bob fronce les sourcils.

Bob :
Nous parlons français et l'illettré qui essaye de vous parler a envie de vous expliquer quelque chose.

Dana détourne ses yeux de Bob et dit :

Dana :
Dites toujours.

Bob se déplace pour bien se positionner en face de Dana et en la regardant d’un air menaçant.

Bob :
Non pas ici, suivez-moi.

Dana :
Vous êtes impoli et vous puez, croyez bien que j’en parlerai au Prince, j’espère qu’il prendra les mesures qui s’imposent car …

Bob :
Maintenant, tu fermes ta gueule et tu me suis.

Dana est stupéfaite et pense déjà au châtiment exemplaire qu'Abiba devra lui donner. Elle exigera qu'on lui demande son avis sur les supplices à choisir et en imagine de toutes sortes.

Bob :
Bouge ton cul la grosse.

Interloquée Dana le suit.

Sur la terrasse, Bob essuie rapidement de son revers de manche la table, il s’absente et revient avec une bouteille d’eau et un verre. Il se sert et boit goulûment, il en reprend un second qu’il prend le temps de déguster cette fois.

Dana :
Servez-moi en un.

Bob :
Vous avez oublié “pouvez-vous” et à la fin “ s’il vous plaît et merci”.

Bob s'assied et regarde Dana. Dana, elle, évite son regard.

Bob :
Bien ! Écoute bien ce que je vais te dire, car je n’ai pas l’habitude de me répéter. La situation est simple et pour tout dire, il suffit de quelques mots : tu vas rester, ici, avec moi pendant un an, voilà !

Dana émet un rictus et dit :

Dana :
Qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie ? Où est le prince Abiba ?

Bob :
Je ne sais pas de qui tu parles (et en souriant) . Mais je peux le remplacer.

Dana regarde d’un air écœuré Bob annonçant sa proposition.

Dana :
Maintenant, ça suffit ! Où est Stephen ?

Bob :
Il est à l'hôtel Caïman et il t’attendra là-bas pendant un an. Tu pourras lui parler seulement dans 6 mois avec la radio qui se trouve dans ma chambre.

Dana :
Mais qu’est-ce que je fais ici ?

Bob :
Tu vas réapprendre à te connaître, apprendre à respecter, apprendre à aimer.

Le visage dépité de Dana se transforme en boule de haine.

Dana :
Pauvre con ! Je vais appeler la police et je te jure que tu en prendras pour des années, maintenant ramène moi illico à l'hôtel caïman.

Bob :
L'hôtel est dans cette direction, il te suffira de suivre le chemin pendant 1 mois.

Hystérique, Dana hurle et tombe au sol, simulant un évanouissement.

Bob :
Relève-toi : ça ne marche pas avec moi et saches que dans le contrat, il est bien stipulé que je ne serais en aucun cas responsable si tu te fais tuer par un animal, ou si tu meurs en faisant une grève de la faim ou si tu te suicides. Les gens ne te regretteront pas, car tu es imbue de ta personne, prétentieuse, bref pour faire simple, tu as tous les défauts de la terre. Encore une chose, si tu m’insultes encore une fois, je t'écrase et si tu essayes de me frapper ou de m’assommer, ma défense sera proportionnelle à ton attaque. N’oublie jamais Dana ce que je viens de te dire, car je ne répéterai pas.

Dana relève son buste rapidement, écarquille ses yeux et dit :

Dana :
Un contrat ?

Dana joint ses mains sur son visage et sanglote tout en rejoignant sa case. De loin, Bob lui crie : “ce soir, je fais la cuisine, demain, je t’apprends, et après-demain, c’est toi qui cuisineras”.

Dana :
Plutôt crever !

Bob :
Comme tu veux. Julio va ramasser quelques avocats pour ce midi.

Bob sourit en s’apercevant que l'arrière de la robe de Dana est coincée dans le slip, le tableau laisse apercevoir une fesse. Julio, tout sourire, regarde aussi.

Bob tourne la tête vers Julio.

Bob :
C’est beau hein Julio ? Elle a un beau cul la vieille ?? Allez Julio, on prend les paris, combien penses-tu qu’elle tiendra sans manger ?

Julio :
3 jours.

Bob :
Et moi, je te dis que demain, je lui apprendrai la cuisine, sais-tu pourquoi Julio ? Parce qu'elle est trop dépendante de son environnement, parce qu'elle croit tout contrôler autour d’elle, mais elle ne contrôle rien et surtout parce qu'elle a peur de mourir. Allez, Julio, va ramasser les avocats et ne met pas une heure comme hier, je vais préparer la table.

Julio :
Papa casse les couilles !

Bob :
Ho, ça, je sais (Bob entoure de son bras l'épaule de Julio et tous deux partent en direction du tracteur). Tu vois Julio, lorsque les gens sont enfants, il arrive qu’ils soient capricieux et lorsqu'ils deviennent adultes, la plupart d’entre eux le reste, ils ont oublié d’enlever la mue de leur enfance.

Julio :
La mue ?

Bob :
Oui la mue, la peau quoi, comme le serpent lorsqu'il change de peau parce que son corps grandit.

Julio :
La dame va changer de peau ?

Bob :
Mais non ! C’est une métaphore Julio !

Julio :
Métaphore ?

Bob :
Bon va chercher les avocats Julio, je t’expliquerai plus tard.

Il se fait tard et la nuit ne va pas tarder, Bob est sur sa terrasse, il allume les chandelles baignant dans l’huile, elles éclairent à peine les visages. Dana n’est pas sortie de sa chambre de toute la journée.

Bob :
Je suis crevé, Julio, demain, nous irons à la pêche.

Bob se lève péniblement, il va vers sa chambre et en revient avec le Cognac de Marcel. Il s’assoit et s’en sert un fond de verre qu’il engloutit d’un trait. Puis il s’en sert un deuxième. Il dépose ses pieds sur une chaise en bambou et contemple le lointain. Il hume son cognac et en boit une petite gorgée. La nuit est maintenant bien tombée, seule subsiste la petite mèche de la lampe à huile qui semble être la seule lumière dans toute l'immensité de cette forêt. Les chants des oiseaux diurnes font place à ceux de nuit.

Apaisé, Bob découvre petit à petit dans la pénombre la silhouette de Dana.

Bob :
Approche Dana, approche et assied toi.

Avec un air inhabituellement timide et sans dire un mot, elle s’approche puis …

Dana :
Je voudrais boire, s’il vous plaît, monsieur.

Bob :
Va chercher un verre et reviens t’asseoir.

Dana s'exécute, elle entre dans la chambre de Bob, elle observe et aperçoit rapidement la radio de Bob. Après avoir pris un verre sur la commode, elle sort lentement et s’assoit en face de son geôlier.

Dana se remplit un verre et le boit avec délicatesse, elle regarde Bob en souriant et lui dit :

Dana :
J’ai également faim, s’il vous plaît.

Bob esquisse un sourire.

Bob :
Haaaa, Dana, surtout, n’essaye pas avec moi le coup de la séduction, mon expérience avec les femmes est, je pense, plus grande que la tienne avec les hommes. Alors surtout, ne joue pas à cela avec moi, c’est bien compris ? Tiens, tu peux manger ces avocats, ils sont excellents et bien murs.

Dana regarde maintenant Bob un brin menaçant qui allume une autre lampe à huile et dit :

Dana :
Bob, saches que je vais te faire chier comme personne ne t’a jamais fait chier et ta vie va devenir impossible, et ce, jusqu'à ce que tu craques ! Demain, je viendrais et j’apprendrais la cuisine, mais surtout surveille-moi car à la moindre occasion … Et souviens-toi toujours de ce que je te dis, car je te le répéterai jamais !

Bob et Dana se sourient ironiquement puis Dana se lève et retourne dans sa chambre. Bob la suit des yeux puis remarque que son verre est vide, il se ressert du Cognac et retourne à ses observations lointaines.



...... Chapitre IX ..... L'APPRENTISSAGE



Le lendemain matin.

Comme d’habitude, Bob défonce la porte de la chambre de Dana :

Bob :
Debout là-dedans ! Il est 4 heures du matin et il faut aller cueillir le café, le torréfier et le moudre, hahaha

Dana ne bouge pas.

Bob s'approche du hamac et perçoit la forme de Dana, il approche sa main pour secouer le hamac, mais avant d’atteindre son but, il reçoit un coup violent derrière la tête. Dana s’était cachée derrière la porte et avait bourré le hamac de fripes pour que Bob pense qu'elle dormait. Bob s'écroule au sol, il est assommé. Dana lâche le morceau de bois et court en direction de la chambre de Bob et allume rapidement la radio.

Dana :
Aidez-moi s’il vous plaît, est-ce que quelqu’un m’entend ? Allô, allô, quelqu’un m’entend ?

Une voix lui répond :
Allô, allô, ici MKX2, qui êtes-vous et que voulez-vous ?

Dana :
Il faut prévenir immédiatement la police, j’ai été enlevée et je suis dans une forêt, je ne sais pas où, prévenez la police s’il vous plaît.

- Ici MKX2 : mais quel est votre indicative ?

Dana :
Je ne sais pas, mais je suis l’actrice de cinéma Dana Manson et il faut aller immédiatement prévenir Mr Accippalino à l’hôtel cai……..

- Haaaaaaa Dana, c’est Luigi, comment allez-vous ?

Dana :
Luigi Luigi, il faut prévenir immédiatement la police et venir me chercher. Bob est un fou furieux, il me poursuit avec son fusil et une machette, il va me tuer !

Luigi :
Bob m’a prévenu hier soir que vous alliez m’appeler par la radio un jour ou l'autre. Dana, il faut que vous sachiez qu’il n’y a que Bob et moi sur les ondes et maintenant, vous feriez bien de déguerpir rapidement, car Bob ne va pas tarder à arriver.

Dans un réflexe, Dana se retourne et voit Bob dans l’encadrement de la porte qui se masse l'arrière du crâne et la regarde avec haine. Dana est terrifiée, elle hurle.
D’un pas rapide, Bob s'avance et lui balance deux paires de gifles.
Dana vole d’un côté puis de l’autre pour enfin tomber à terre, elle se tourne, le regarde, un filet de sang coule de son nez.
Sans sourire Bob annonce :

Bob :
Le café est prêt, vous avez cinq minutes pour vous préparer, ensuite nous irons à la pêche.

Puis se retournant :

Bob :
Je vous ai préparé des vêtements, ne mettez rien d’autre et surtout ne vous parfumez pas !

Puis Bob s’en va.
Dana cale son visage dans son avant-bras et pleure.
Une heure plus tard, Bob et Julio finissent de préparer la pirogue.

Bob :
Julio va chercher une autre pagaie ainsi que les hameçons que j’ai posés sur la table.
Julio s’exécute aussitôt.

Bob :
Ha et n’oublies pas les cordes à piano !

Une voix lointaine :

- Julio :
Ok papa, ok

Bob aperçoit Dana, elle porte un tee-shirt, un short, des chaussures de toile, elle est vêtue couleur kaki de la tête au pied. Elle s’approche de lui.

Bob :
Ça appartenait à mon ancienne stagiaire, visiblement vous avez la même taille.
Dana ne répond pas, mais Bob aperçoit les joues rouges de Dana et un morceau de coton dans une de ses narines.
Dana ne parle pas, elle passe devant Bob et monte dans la pirogue.
Essoufflé, Julio revient.

Julio :
Voilà papa

Bob :
Bien, nous pouvons y aller









La pirogue chargée, Julio s'installe à l’avant, Dana au milieu et Bob à l'arrière. L’embarcation et les pagaies sont en bois. Après une courte manœuvre, elle suit tranquillement le fil de l’eau.

L'embarcation est dans le sens du courant et Bob n’a plus qu’à juste changer de direction à l’aide de sa pagaie.
Bob, Julio et Dana peuvent apprécier, maintenant, la forêt et ses occupants, tout est calme. Aucun bruit n’agresse leurs oreilles et c’est peut-être un peu trop calme pour Dana qui ne bronche pas et ne semble pas surprise par la luxuriante végétation. Il semble qu’elle soit ailleurs, mais à quoi peut-elle penser ?

Dana :
Maintenant, Bob, pouvez-vous m’expliquer de quoi est composé ce contrat De quoi s’agit-il exactement

Bob :
Dana, le moment et l’endroit sont mal choisis, ne croyez-vous pas ? Regardez plutôt autour de vous et appréciez ce que dans un an, vous n’aurez plus l’occasion de voir.

Dana :
Dans 363 jours.

Bob sourit.

Bob :
Ce contrat a été établi par Billy, l’avocat de Stephen. Il parle surtout des conditions de votre séjour ici, et de son prix voilà, vous savez l’essentiel.

Dana :
Son prix ?

Bob :
Oui son prix ! Il a été fixé à 1 million de dollars.

Dana se retourne enfin pour regarder Bob dans les yeux.

Dana :
1 million de dollars ? Mais où a-t-il trouvé l’argent ? Stephen détenteur d’un million de dollars ! Je vis à ses côtés depuis des années et en fin de compte, je ne le connaissais pas !

Bob :
Déduction intéressante Dana..... Julio arrête de ramer merde, tu vois bien qu’on descend, ce n’est la peine de te fatiguer pour rien. Dana, sur le retour, j’aurai besoin de toi, il faudra que tu rames, ha ha ha.

Dana n’a aucune réaction. Bob attendait au moins une question, mais rien, Dana reste muette. Il s’empare d’une pagaie et dirige le bateau.







Sur ses bordures, le fleuve est dévoré par la forêt, des multitudes de branches baignent dans les eaux et il est absolument impossible de voir les berges aussi bien d’un côté comme de l’autre. L’eau est d’un marron sombre et parfois des tourbillons font leur apparition pour disparaître rapidement. Des oiseaux volettent un peu partout. Plus lourds, mais avec davantage de discrétion des singes se balancent d’arbre en arbre pour trouver de la nourriture. Sur des troncs morts et à demi couché dans les eaux, des iguanes attendent au soleil et se jettent à l’eau dès l’approche de l’embarcation de Bob. Depuis des millénaires, toute cette faune évolue harmonieusement.

Bob :
Vous voyez Dana, vous êtes dans une région du monde ou rien n’a changé depuis des siècles. Ouvrez largement vos yeux, admirez cette beauté rare.

Dana :
Comment voulez-vous que je sois d’accord avec vous, je viens de New-York ! L’évolution passe par la modernité, les industries, la science, les nouvelles technologies, les salons de massage, les hamburgers, la mode, les parfums, les voitures, la pollution et tout ce qui est utile à la vie civilisée.

Bob :
Il est certain que je ne peux pas vous forcer à aimer, mais si vous voulez, vous pouvez tout de même apprécier cet environnement unique au monde. Soyez honnête et dites-moi ce que vous n’aimez pas ici ?

Dana :
Ce qui me manque, c’est ma maison, mon valet, ma vie !

Bob :
Dana, vous ne répondez pas à ma question : que n’aimez-vous pas ici ?

Dana regarde autour d’elle et cherche une réponse.

Dana :
La forêt et les animaux me font peur et vous aussi d’ailleurs.

Bob :
Vous avez raison d’avoir peur, il s’agit d’une réaction prudente et franchement, je partirais plus volontiers avec vous qu’avec quelqu’un qui me dit qu’il n’a pas peur. Vous apprendrez que la peur est un sentiment bien utile en certaines circonstances.

Dana se retourne et lui offre un léger sourire pour lui faire savoir qu’elle apprécie le compliment. Bob, satisfait, répond par un sourire tout aussi léger.

Bob :
Julio, nous allons virer sur la droite alors dès que tu peux, tu attrapes une branche afin de bloquer la pirogue.

Julio :
Ok papa

Bob enfonce sa pagaie du côté droit afin de diriger le bateau à l’endroit convenu. Julio se saisit d'une grosse branche et l’immobilise. Bob lui lance une corde et Julio s’empresse de l’attacher. L'arrière du bateau suit le courant et le fait passer devant ce qui l’entraîne à l'intérieur des branchages. Dana se protège les yeux et le bateau s’immobilise.

Bob :
Voilà Julio, passe moi la corde à piano et l'hameçon.

Julio s'exécute et passe le tout à Dana qui le passe ensuite à Bob. Bob choisit maintenant une branche souple et assez solide pour retenir le poisson.

Dana :
Qu’allez-vous pêcher ?

Bob :
L’aïmara, c’est une sorte de brochet et voyez-vous Dana, il en a beaucoup par ici, sauriez-vous deviner pourquoi ?

Dana :
Je n’aime pas les devinettes.

Bob :
Parce qu’ici, nous respectons la nature, nous prélevons à hauteur de nos besoins, pas plus. Pas de tuerie et de gaspillage, vous comprenez ? Je vais vous apprendre à pêcher, cela fait partie intégrante de l’apprentissage de la cuisine, hahahaha. Par ailleurs et par Malheur, si je venais à mourir prématurément, vous sauriez au moins comment trouver de la nourriture.

Dana :
N’ayez crainte, si vous mourrez, je retournerais immédiatement à New York. Comment pouvez-vous imaginer que je pourrais rester ici ?

Bob sourit et dit :

Bob :
Retenez bien ce que vous venez de dire Dana, donc vous choisissez …

Dana interrompt Bob.

Dana :
Il faudrait également apprendre à pêcher au jeune homme, vous ne croyez pas ?

Bob sourit.

Bob :
Dana ! C’est lui qui m’a appris à pêcher !

Dana se retourne vers Julio qui lui sourit avec des dents bien alignées et d’une blancheur juvénile. Dana répond au sourire de Julio.

Bob :
Donc vous choisissez une branche souple et solide à la fois, vous y attachez une longueur de corde d’environ un mètre, ensuite vous fixer l’hameçon. (Bob sort de sa besace un poisson particulièrement odorant) Vous accrochez l'appât au bout de l'hameçon comme ceci, vous déposez le tout dans l’eau puis vous tirez sur la corde afin de vérifier la solidité de la branche, c’est aussi simple que ça. Reste à espérer qu’il n’y ait pas de tortues dans les parages, car elles raffolent de mes appâts et dans ce cas, nous devrons encore nous contenter de manger des avocats.

Dana a des hauts le cœur, elle regarde machinalement et ne dit pas un mot.

Bob :
Julio, tu peux détacher le bateau. Nous allons maintenant visiter le village de Manacoco qui ne se trouve pas très loin.

Julio s'exécute et pousse le bateau. L’embarcation vire un peu dans tous les sens jusqu'à ce que Bob rétablisse la trajectoire avec sa pagaie.

Bob :
Je vous avoue Dana que je vous ai reconnue au premier instant. Lorsque j’étais gamin, je rêvais de vous et je me souviens de cette pub des couches culottes, enfin, c’est de vous entendre chanter qui me faisait rêver. Je ne me souviens plus de l’air de la chanson, vous pouvez la fredonner Dana.

Dana :
Va te faire foutre Bob !

Cela fait maintenant un quart d’heure que le bateau suit le cours d’eau. Petit à petit, la forêt se fait moins dense. Bob aperçoit des enfants amérindiens qui jouent en plongeant d’un tronc d’arbre. Dana est silencieuse, contrainte et force elle suit et semble même docile.













Une première maison apparaît ou un Amérindien aide sa compagne à laver du linge.
Puis, d’autres cabanes en bois. Les hommes et les femmes sont vêtus d’un simple tissu qui cache leur sexe. La plupart des amérindiens sont minces. Les femmes ont les seins nus et volumineux. Leurs cheveux sont toujours longs, noirs et soyeux. Bob comprend pourquoi le navigateur Espagnol Francisco de Orellana se soit trompé en les voyant furtifs dans la forêt. Il avait cru voir les légendaires amazones, c’est ainsi qu’il donna le nom d’Amazone au fleuve et Amazonie à la forêt.




En apercevant Bob, les enfants crient et font de larges signes. Bob répond à leurs bonjours. Dana leur répond en leur faisant un doigt d’honneur tandis que les enfants singent son geste. Dana sourit, les amérindiens l’observe et lui sourient également. Les enfants courent le long de la berge en poursuivant le bateau tout en continuant à crier. Bob dirige maintenant la pirogue du côté gauche puis accoste. Julio descend rapidement dans l’eau et maintient le bateau. Dana, accroupie, est prête à bondir de la pirogue, elle essaie de viser le sable afin de ne pas se mouiller, mais son effort fait partir le bateau en arrière et Dana s’éclate lourdement dans l’eau trouble. Les enfants éclatent de rire, Bob et Julio aussi.





Dana :
Bande de connards !

Les enfants s'arrêtent de rire instantanément, car ils ne comprennent pas la colère hystérique de cette femme.







Bob :
Ces enfants ne sont pas des idiots Dana, je ne vous conseille pas d’entretenir ce langage avec eux.

Elle se relève.

Dana :
Arrête de me gonfler et j’en ai marre de tes conneries de pêche et autres aventures, un jour, je te tuerai.

Dana est haineuse, Bob stoïque la regarde.

Bob :
Merci de me prévenir.

Bob et Julio déchargent la pirogue, les enfants du village viennent les aider. Quant à Dana, elle trouve un rocher sur lequel elle s’assoit, elle pleure. Bob la regarde un moment, il éprouve une compassion, mais il sait parfaitement qu’il ne faut pas faiblir devant cette forte personnalité.





Le chef de la tribu qui est suivi des villageois s’approche de Bob, ils discutent puis tous regardent Dana.
Pour la première fois Dana, semble honteuse, elle comprend que sa chute qui a fait rigoler tant de monde aurait dû la faire rire aussi et que son reflex injurieux était idiot.
Pendant que Bob et Julio suivent le chef du village, des enfants s’approchent de Dana et la regardent.

Dana :
Qu’est-ce que vous voulez ? C’est ça, allez, riez aussi, riez encore et ne vous gênez pas.

Les enfants l’observent un moment puis se retournent pour rattraper le groupe. Subitement, Dana se sent très seule. Elle voudrait fuir, mais elle est prisonnière de cette forêt.

Une angoisse grandissante enveloppe Dana, une crise de folie suit et Dana monte dans une pirogue et s’empresse de naviguer en direction du courant.
Les enfants crient pour alerter Bob qui sort d’une hutte, il aperçoit Dana qui s'éloigne seule. Bob et Julio sautent dans une autre pirogue, Bob demande à Julio de descendre du bateau.





Bob pagaie plus vite que Dana, mais le courant est fort et la pirogue de Dana à rapidement pris de l’avance.
Dana ne contrôle plus rien et les vagues commencent à devenir menaçantes. La pirogue se renverse, Dana tombe à l’eau. Derrière Bob, essaye de tenir, mais tombe lui aussi dans les eaux folles. Dana apparaît puis disparaît dans les eaux, le courant l’emporte, Dana hurle. Bob nage tant bien que mal et petit à petit, il se rapproche de Dana, il est enfin près d’elle, il l’a saisi par le col et essaye de nager sur le côté droit de la berge. Le poids de Dana alourdit la dangerosité de la situation, Bob aperçoit une grosse branche d’arbre qui flotte, c’est leur unique chance de sortir vivants du fleuve. Dana épuisée se laisse porter et pour la première fois de sa vie elle pense à la mort. Bob parvient à saisir la branche d’une main et de l’autre, il tente de maintenir Dana. Il ne peut plus bouger, deux solutions : soit il lâche Dana et il sauve sa vie, soit il lâche la branche et ils meurent tous les deux.

Bob :
Dana, Dana, aide-moi, vite ! Accroche-toi à la branche.

Dana ne réagit pas.

Bob :
Dana vite, je fatigue !

Dana ne bouge toujours pas, Bob veut la faire réagir, il n’a pas le temps de réfléchir et de manière instinctive, il approche sa bouche de l’oreille de Dana et la mord très fortement au point d’arracher un morceau de chair.
Dana hurle, et immédiatement, elle s’accroche à la branche. Bob peut maintenant monter sur le tronc d’arbre et aider Dana à monter également. L’oreille, partiellement amputée de Dana, est en sang. Elle porte sa main à cette oreille et regarde Bob tristement.
Sans dire un mot, ils rejoignent la berge, Bob soutient Dana puis s’assoit sur un rocher. Il prend son mouchoir va le rincer dans une flaque d’eau puis retourne la voir. Il prend sa main qui recouvre son oreille et délicatement y dépose son mouchoir.
Dana regarde Bob.

Dana :
Je veux partir, s’il vous plaît, je veux partir.

Bob :
On verra ça dans un an Dana, dans un an !

Dana reprend ses esprits, elle entend un bruit sourd au loin du fleuve et regarde Bob qui lui dit :






Bob :
50 mètres de chute libre pour s'écraser sur des rochers, aucune chance de s’en sortir vivant. Un jour, nous irons visiter ces chutes qui sont superbes.

Dana pleure.

Le village rejoint les naufragés. Julio sourit en voyant son papa indemne et tout le monde retourne au village.



Pendant ce temps à l'hôtel caïman

Stephen :
Allô Chris ? As-tu des nouvelles de Mike ?

Chris :
Oui, Monsieur, monsieur, restera à l'hôpital, il est épuisé et peut à peine parler.

Stephen :
Penses-tu que je pourrais aller le voir ?

Chris :
Je pense que cela lui fera plaisir, mais surtout pas d'émotion Mr Stephen.

Chris donne l’adresse de l'hôpital. Stephen raccroche et à ce moment-là Luigi s’approche de lui :

Luigi :
J’ai eu ce matin des nouvelles de Dana (en souriant)

Stephen est désintéressé.

Stephen :
Luigi, je n’ai pas les moyens de rester dans cet hôtel pendant toute une année, est-ce que tu connais un hôtel moins cher ?

Luigi :
Oui ! Dans la rue des pierres d’ors ?

Stephen :
D’après ce qu’on dit, l'espérance de vie est de trois mois dans ce quartier, as-tu une autre idée ?

Luigi :
Je vais voir ça.

Stephen :
Luigi, je dois m’absenter quelque temps pour voir un ami malade, je te laisse mon numéro de téléphone, occupe-toi de mes bagages s’il te plaît. Moi, je vais régler ma note et je pars dès ce soir pour New York.
Luigi inquiet :

Luigi :
Ok, tu peux compter sur moi.


Pendant ce temps au village de Manacoco

Les femmes Amérindiennes s’approchent de Dana en souriant et l’invite a les suivre dans une hutte. Dana inquiète se retourne et regarde Bob. Bob sourit et lui fait un signe d'apaisement. Dana disparaît derrière une porte en bamboo.




Julio :
La dame, heuleu (La dame est folle).

Bob :
Non Julio.

Julio :
Papa pai yakata ban ? (papa va voir la maison de yakata ?)

Bob s'échappe de ses rêves et se retourne vers Julio.

Bob :
Mais dis donc toi, en quoi cela te regarde ?

Julio :

Papa pai yataka ban … julio pai yameni ban…..(si papa va à la maison de yataka, Julio ira dans la maison de Yameni)

Bob sourit.

Bob :
Julio, ce soir, nous resterons ici.

Le visage de Julio s'éclaircit d’un sourire.











Dans la hutte, Dana est assise sur un tapis, une des femmes lui enlève le mouchoir de Bob et va immédiatement le laver avec de la cendre et de l’eau.

Deux autres mâchouillent des feuilles. Elles ont la bouche pleine. Dana, dont la douleur s’est apaisée, regarde ces jolies femmes et apprécie la scène ainsi que la gentillesse des amérindiennes ... Enfin quelqu’un qui s’occupe d’elle.
Les deux Amérindiennes recrachent leur bol alimentaire dans une assiette en terre. Dana est écoeurée.
L’une des femmes s’approchent de Dana et lui déposent la mixture sur son oreille. D’abord craintive Dana recule, mais sous le sourire de l'indigène Dana comprend et se laisse faire, elle se rapproche confiante. Dana essaie d’oublier ses déboires et tente de ne pas faire une troisième erreur.
Après une heure d’attention et de bons soins, l'amérindienne approche une écuelle en fer qui sert de miroir puis elle invite Dana à regarder son visage.
En voyant son Oreille gauche qui a doublé de volume à cause du pansement, Dana rit aux éclats et toutes les femmes rient avec elle.

Dans la hutte voisine, Bob et le chef du village dégustent l’eau-de-vie fabriquée artisanalement par Bob.
Ils entendent les rires. Les deux hommes étonnés se tournent en direction du bruit puis ils se regardent en souriant.

Bob :
allez Zimini, encore un petit verre, c’est pas le cognac de Marcel mais pour nous seul les degrés comptent, n’est ce pas ?

Si de son côté Dana semble réapprendre à vivre, Stephen lui est inquiet.




Stephen est maintenant dans un A380, très bien installé en première classe, il regarde toujours par-dessus les nuages, mais cette fois, ses problèmes terrestres ont embarqué avec lui.
Il écoute de la musique classique et se sent bien seul. Il se demande comment finira cette affaire. Ses pensées sont focalisées sur la santé de Mike. Il ressent les souffrances des autres que ce soit celles de Mike, la méchanceté de Dana, la solitude de Bob ou la misère de Luigi. Il pense au monde, il se dit qu’un jour, il sera bien heureux de quitter de cette terre pour connaître autre chose.

À Manacoco

Le soleil se lève sur Manacoco, Bob et Julio sont déjà debout, ils préparent une pirogue pour le retour. Comme d’habitude, Julio ne suit pas exactement les consignes de Bob et ce dernier ronchonne, sans méchanceté. D’ailleurs, il sourit et aime taquiner son fils adoptif Julio.
Bob le regarde et se demande pourquoi certains individus font des gamins sans penser au lendemain pour ensuite les abandonner sans se soucier de l’avenir de ces gosses. Pour Bob, la vie est précieuse, mais à quoi bon juger ces gens-là ... il existera toujours des gens comme Bob pour récupérer un gosse abandonné. Bob regarde toujours Julio et lui sourit. Déjà dix ans qu’il est avec moi ! Puis il se souvient, il revoit le petit-enfant de cinq ans sur le dos de sa mère. Il se remémore ce jour où la mère lui avait confié Julio pour un mois, il avait refusé, car sa liberté était bien trop précieuse. Voilà maintenant dix ans qu’il s’occupe de Julio, dix années qui n’ont pas toujours été faciles, mais lorsqu’il regarde Julio maintenant, il se dit que le jeu en valait la chandelle.

Julio :
Hé papa léo léo (papa vite vite)

Bob sort de son rêve, il est heureux, mais ce Bonheur sera de courte durée. Dana ouvre la porte en bambou, elle sort en parlant en direction de l'intérieur du carbet, elle est souriante. Bob ne comprend pas ce qu'elle dit, mais en voyant son visage illuminé, il ne cherche pas à comprendre.

Bob :
Allez, Dana, dépêche-toi, on repart vers Kikiwiwi.

Dana laisse tomber son sourire, elle regarde Bob :

Dana :
C’est quoi Kikiwiwi ?

Bob :
C’est l’endroit où tu vis maintenant ma chère !

Dana s’approche nonchalamment, elle n’a pas trop envie de partir du village, ici les gens la choyent et l’idée de se retrouver seule avec ce rustre ne lui fait pas particulièrement Plaisir. Elle se retourne et observe les femmes indigènes lui faire des signes amicaux, elle est triste, mais elle leur sourit et répond à leurs signes amicaux.

Bob :
Allez Dana ! Dépêche-toi, il faut aller relever le piège et je doute fort que les tortues ne nous aient laissé quelque chose.

Dana perd son sourire.

Dana :
Si tu savais Bob comme je me fous de ton piège.

La pirogue remonte le courant sous le regard des amérindiens.

Bob :
Allez Dana ! Pagaie un peu, nous n’avançons pas là !

Dana :
Je n’ai jamais fait ça !

Bob :
Apprends, mais apprends vite. Au fait, ton Oreille te fait mal ? hahahaha

Dana :
Va te faire mettre !

Bob :
haaaaaaaaaaaaa, allons, Dana soit polie, il y a un gamin qui t'écoute et puis un peu d’humour Dana, un peu d’humour ! hahahahahaha

La pirogue s'éloigne péniblement à contresens du courant, les villageois et le chef Zimini les regarde sans comprendre ce langage bizarre.


Stephen est arrivé à New York.


Stephen est dans le taxi qui l'emmène vers l'hôpital où se trouve Mike. Il n’a pas pris le temps de rentrer chez lui pour déposer ses bagages ni même prendre une douche. Son cœur bat de plus en plus vite à l’approche de l'hôpital, il fait nuit et froid. Il défroisse son manteau, les gouttelettes sur la vitre du véhicule déforment sa vision, il pense…

Stephen :
Mon Dieu ! Pourvu que je n’arrive pas trop tard !

Le taxi s'arrête devant l'hôpital.

Stephen :
Pouvez-vous déposer mes bagages à cette adresse ?

Le taxi :
Sans problème monsieur.

Stephen laisse un bon pourboire au chauffeur, il sort de la voiture, il grelotte et enfile son manteau.

Arrivé à la réception de l'hôpital, Stephen s’adresse à une femme de fortes corpulences qui téléphone et blague avec son interlocuteur. Stephen s'impatiente et tambourine le comptoir, l’infirmière exaspérée regarde Stephen avec agacement.

L'infirmière :
Bon, je te rappellerai plus tard, oui ok, hahahahaha, d’accord, oui, bye bye.

L'infirmière perd son sourire et regarde Stephen.

L'infirmière :
Que voulez-vous ?

Stephen :
Je souhaite voir Mr Mike Crawford.

L’infirmière cherche sur son ordinateur et s’adresse à Stephen :

L'infirmière :
Il est tard, vous savez, vous n’aurez droit qu'à un quart d’heure de visite.

Stephen :
Ce n’est pas grave, je veux le voir.

L'infirmière :
Je n’ai pas de Mike Crawford, en revanche, j’ai un Michael Crawford.

Stephen est un peu surpris, mais sans plus.

Stephen :
Oui, c’est certainement lui.

L'infirmière :
Deuxième étage, chambre 235.

Stephen :
Merci.

Stephen cherche un peu puis s’engage dans des escaliers, il ouvre une première porte qui donne sur un couloir peu éclairé et sinistre, il avance et regarde les numéros des chambres sur les portes, il est un peu perdu. Une infirmière arrive devant lui en poussant un fauteuil roulant.

Stephen :
S’il vous plaît madame, où puis-je trouver la chambre 235 ?

L'infirmière :
Un peu plus loin sur votre droite.

Stephen :
Merci beaucoup.

Stephen regarde l’occupant du fauteuil roulant, le malade croise le regard de Stephen, l’homme est maigre, il a l’air très lointain, il tient une perfusion dans sa main et semble épuisé.
L'infirmière poursuit son chemin tandis que Stephen continue de regarder l’homme s'éloigner.
Stephen voit la porte 234, il avance un peu puis regarde à nouveau et trouve enfin la chambre 235. Il dépose sa main sur la poignée de la porte, il hésite un instant puis il pousse délicatement la porte.



L'intérieur est sombre, une veilleuse au-dessus du lit permet de voir le visage de Mike endormit. Il ne bouge pas, le lit est parfaitement bordé et de chaque côté deux barrières chromé sont relevées. Stephen referme doucement la porte et s’approche de son ami. La perfusion est à moitié vide et une machine émet de légers bips.
Il regarde Mike qui semble dormir paisiblement, il prend délicatement une chaise puis s’assoit à côté du lit.
Il se remémore la dernière fois qu’il l’a vu, il se souvient de son sourire, de sa joie de vivre. Stephen remarque que Mike a beaucoup maigri, son visage s’est creusé. Stephen sourit à ce visage émacié et une larme coule le long de sa joue, rien n’est plus important que ce moment.
Percevant une présence, Mike ouvre péniblement un œil puis se tourne vers Stephen et dans une grande faiblesse dit :

Mike :
Stééé, Stephen ! Je… Je suis si heu…Heureux de te voir mon ami.

Stephen essuie rapidement ses larmes.

Stephen :
Je suis très heureux de te voir aussi mon ami.

Mike :
StéStephen, je ne pourrai pas beaucoup te parler aujourd’hui, je suis si fatigué et …

Stephen :
Ne t'inquiète pas Mike, rendors-toi, je reste près de toi.

Mike :
Stephen, reg…regarde Dans le tiroir, il y a deux enveloppes, tu peux ouvrir la première mais tu ouvriras la seconde quand j’aurai quitté ce monde.
Stephen ne peut plus retenir ses larmes, il tente de contrôler sa voix afin qu’elle ne communique pas sa peine à Mike.

Stephen :
C’est entendu, Mike, je ferai comme tu as dit.

Mike tourne sa tête et se rendort instantanément.

Stephen pleure, il ouvre le tiroir et aperçoit effectivement deux enveloppes. Sur l’une d’elle, il est écrit “pour Stephen” et sur la seconde “à ouvrir après ma mort”.
Stephen sort de sa poche un mouchoir, il essuie son visage puis il met l’index dans l’ouverture de la première enveloppe et la déchire sans précaution.
Il en extrait une feuille qu’il déploie, l'écriture est tremblante et difficilement lisible, il lit : “bientôt, tu connaîtras la vérité, ne m’en veux pas, ton ami Michael”. Stephen ne peut toujours pas retenir ses larmes, il met les deux enveloppes dans sa poche, se rassoit et regarde son ami dormir.




À l'extérieur, depuis la fenêtre de la chambre de Mike, on peut apercevoir le spectacle et cette petite lueur au-dessus du lit qui éclaire à peine les silhouettes et pendant que la ville s’endort, le vent fait courir le froid et la neige.


Sur le fleuve en direction de kikiwiwi


Bob :
Pour qui te prends-tu ? Tu crois que je vais me laisser faire par une vieille peau comme toi, c’est ça hein ?

Dana :
Tu as vu ce dont je suis capable Bob et crois-moi, ce n’était qu’un échantillon, je vais te faire chier comme personne ne t’a jamais emmerdé et ça mon vieux, ce n’est pas écrit sur le contrat !

Bob :
Ferme-la maintenant et arrête de me provoquer et …

Dana :
Un peu d’humour Bob, un peu d’humour, hahahaha.

Bob :
Je vais finir par la tuer cette folle !

Julio :
Papa nous arri

Bob :
Ne commence pas toi, c’est compris ! Laisse-moi agir à ma guise !

Dana :
Vous feriez mieux d'écouter votre fils.

Bob :
Je t’ai dit de la fermer la vieille ! Tu te crois irrésistible, c’est ça hein ? Mais regarde-toi ma pauvre vieille, regarde-toi !

Dana :
Tu es minable Bob.

Julio se lève de la barque et tend son index en souriant.

Julio ;
aïmara papa aïmara

Bob se calme.

Bob :
Ok Julio, nous allons voir la prise.







Bob regarde Dana avec haine tandis qu’elle sourit ironiquement. Il attrape la corde et la sort doucement de l’eau. Au bout du fil, un aïmara à peine entamé par les tortues et Bob se saisit du tableau pour chercher querelle à Dana.

Bob :
Hé, voilà, tu as vu ? Ça, c’est de ta faute Dana.

Julio :
Pas grave papa.

Bob :
Toi, tu défais la corde et tu te tais.


Dana est ravie d’avoir énervé Bob, elle commence par rire puis s'esclaffe, mais elle étouffe sa moquerie. Julio a remarqué et pouffe également. Bob, qui a vu aussi, n'esquive aucun sourire, mais les laisse faire.
Maintenant tous trois pagaient et remontent le fleuve.

Ils arrivent à kikiwiwi. Comme d’habitude, Julio est le premier à se mettre à l’eau pour approcher le canot vers la rive.

Bob sourit et dit d’un air provocateur :

Bob :
Dana, surtout, ne saute pas !

Bob et Julio éclatent de rire et contre toute attente Dana sourit.

Plus tard…

Bob et Julio préparent le feu sous le regard curieux de Dana. Ils déposent des feuilles de bananier sur la braise pour y coucher l’aïmara qu’ils recouvrent avec d’autres feuilles.

Bob en plaisantant :

Bob :
Voilà, thermostat 5, dans une heure, ce sera prêt.

Dana :
Vous n’enlevez pas les trucs du poisson ?

Bob :
Quels trucs ?

Dana :
Sa peau, je ne sais pas … Les machins durs.

Bob :
Machins, trucs, bidules, il existe suffisamment de mots pour désigner les choses, alors, fais l’effort de les utiliser et si tu n’y parviens pas et bien réfléchis encore, ha ha ha. Le truc dont tu parles porte le nom d’écailles. Hé bien, non, je ne les enlève pas et tu comprendras pourquoi je ne le vide pas non plus. Julio adore l'intérieur et je ne vais pas le priver même s’il est le seul à apprécier ces entrailles.

Bob enchaîne souriant.

Bob :
Dana, que dirais-tu d’un bon cognac avant le repas ?

Dana :
Je préférerais de la tequila, mais j’imagine que tu n’en as pas ?

Déçu et lassé Bob perd son sourire.

Bob :
Tu vas goûter ça très chère (sûr de lui).

La nuit est tombée, les bruits de la forêt semblent s’amplifier et l’on devine au travers de la canopée la lueur de la lune.
Les gestes de Julio et de Bob sont habituels et précis, ils allument les mèches à huile, ils préparent la table, apportent l’eau, les couverts …

Bob :
Dana suis-moi, le poisson est prêt.



Bob retire d’abord les feuilles calcinées des bananiers qui laissent apparaître un poisson tout aussi carbonisé puis avec son couteau, il fait une petite entaille au niveau de la queue, il attrape les écailles du poisson et retire la peau sur toute sa longueur. Une chair blanche et bien cuite apparaît, l’odeur est très agréable et Dana sent son estomac qui gargouille. Elle est heureuse de pouvoir, enfin, manger quelque chose de consistant.

Dana :
Avez-vous du pain ici ?

Bob la regarde désespéré.

Bob :
Du pain ! Non, il n’y a pas de pain ici, pas de ketchup et pas de mayonnaise en revanche, j’ai du sel et crois-moi, tu apprécieras.

Dana :
Mais qu’est-ce que je fous ici, chez moi, je peux manger comme bon me semble et m’acheter une nourriture convenable.

Bob :
C’est bien là le problème Dana et c’est aussi la raison pour laquelle tu n’apprécies plus rien. Tu as tout ce que tu veux sans faire beaucoup d’effort. Tu es comme une enfant qui …

Dana :
Ça va, ça va, garde ta morale pour toi.




Sous la lueur qui éclaire à peine les visages, Bob et Dana se lancent des pics et si c’est probablement un jeu pour Dana, ce serait plutôt une stratégie pour Bob.



À New-York, Stephen se rend au domicile de Mike.



Ding dong……

Stephen :
Bonjour Chris,

Chris :
Bonjour Monsieur Stephen, je vous en prie entrez. Monsieur Crawford est touj…..

Stephen :
Je sais, je suis allé le voir hier soir et il faisait peine à voir.

Chris :
Pardon ? Mais Monsieur Crawford est prêt……. Nous en avons souvent parlé ensemble dans une conversation alors que j'étais en repos. Davantage de patrons devraient faire cela, converser avec leurs employés, sans tabou. On se retrouvait entre hommes, mais les hommes sont ce qu’ils sont assoiffés de pouvoir. Mais je m'éloigne un peu de votre question…. Qui était ?

Stephen esquisse un sourire, il est très rare de voir des gens comme Chris.

Stephen :
Je disais qu’il n'était pas en forme.

Chris :
Oui Monsieur Stephen et je suis grandement peiné. Demain, c’est Noël et j’ai bien peur que Monsieur Crawford ne commence pas l’année à venir.

Stephen :
Chris, je repars ce soir et je voudrais que vous me teniez régulièrement informé de son état, que vous me préveniez immédiatement si … Voici mon numéro de téléphone au Brésil.

Chris :
Bien Monsieur.


Stephen sort du manoir et retourne voir son ami Mike à l'hôpital. Il repasse devant l'infirmière grincheuse sans même la regarder puis il se dirige rapidement vers les escaliers.


L'infirmière :
Monsieur, Monsieur

Stephen se retourne et revient sur ses pas.

L'infirmière :
Monsieur, le docteur Ferrer désire s’entretenir avec vous.

Stephen :
Où puis-je le trouver ?

L'infirmière :
Je l’appelle.

Pendant que l'infirmière compose un numéro, Stephen observe le singulier changement de comportement de cette infirmière qui est maintenant fort amiable et précautionneuse. Stephen craint une mauvaise nouvelle.

Les portes de l’ascenseur s’ouvrent et un homme élancé, cheveux grisonnants s'avance vers Stephen d’un pas assuré. L’homme à le visage grave.

Le docteur :
Bonsoir Monsieur, êtes-vous de la famille de Mr Crawford Michael ?

Stephen :
Non mais il n’a pas de famille, je suis un ami proche, très proche.

Le docteur :
Ce n’est pas tout à fait exact, Monsieur Crawford a un frère et je pensais que c’était vous.

Sans plus d’explications, le docteur se retourne pour repartir. Stephen inquiet l’interpelle. Le médecin revient sur ses pas.

Stephen :
Je ne savais pas qu’il avait un frère, peut-être pourrais-je le prévenir si vous me donniez plus de renseignements à son sujet ?

Le docteur hésitant, regarde Stephen un moment puis ...

Le docteur :
Avant d'être dans le coma Monsieur Crawford Michael m'a demandé de prévenir son frère Robert, je pense qu'il s'agit donc de Monsieur Robert Crawford. Je n'ai pas d'autre précision.

Stephen :
Je vais immédiatement appeler mon avocat afin qu’il fasse des recherches et que devrais-je dire à cet homme si je parviens à le trouver ?

Le docteur :
Qu’il se hâte de venir au chevet de son frère qui est maintenant dans le coma. Dorénavant, c’est une question de jours, je suis désolé.

Stephen scrute le regard du docteur comme s’il espérait un espoir, mais il ne voit rien. Le docteur s’en va et disparaît derrière les portes de l’ascenseur.

Stephen reste planté dans le hall de l’hôpital, l'infirmière le regarde tristement puis Stephen quitte le bâtiment.

À l’extérieur, il saisit son téléphone et appelle son avocat..…

Stephen :
Allô Billy ? Il faut que tu fasses immédiatement des recherches sur un nommé Robert Crawford, c’est vraiment très urgent. Nous parlerons de tes honoraires plus tard ... Billy, c’est extrêmement urgent ! Ok, tiens-moi informé dès que tu as quelque chose.

Stephen rentre à nouveau dans l'hôpital et demande s’il peut revoir son ami avant de prendre l’avion pour le Brésil, l'infirmière acquiesce.

Ému et troublé, Stephen est à nouveau dans la chambre de Mike.

Dans la pénombre qui alourdit l’atmosphère, Stephen regarde Mike et s’approche du lit.
Il s’assoit. Mike a le visage serein et dans un sommeil qui semble profond, on peut voir un léger sourire sur son visage.

Stephen :
Je te promets Mike que je retrouverai ton frère et qu’il arrivera à temps.

Stephen ressort de l'hôpital et prend un taxi.

Stephen est maintenant à l'aéroport, il appelle Chris.


Stephen :
Chris ? Je viens de voir le docteur Ferrer qui m’a annoncé que dorénavant la vie de Mike est comptée, il lui reste peu de jours à vivre, je suis profondément triste. Chris ! Saviez-vous que Mike avait un frère ? Ha ! Moi non plus, il est urgent et important que vous alliez dans son bureau afin de chercher des renseignements susceptibles de nous aider à retrouver ce frère. Appelez-moi si vous trouvé quoi que ce soit qui peut nous éclairer.

Stephen a raccroché ... La neige est de plus en plus dense ce qui oblige le chauffeur du taxi à roulé lentement.



À kikiwiwi, au petit matin.

Sur la terrasse, Bob boit tranquillement son café, il discute avec Julio. La porte de la chambre de Dana s’ouvre, elle hurle …

Dana :
362 jours

Elle avance vers la terrasse, se sert un café et après avoir avalé une gorgée dit :

Dana :
Bonjour tout le monde, alors qu’allons nous faire aujourd’hui ?

Bob :
Nous allons essayer de réparer ce tracteur que les orpailleurs ont omis de ramener. Je pense que c’est possible, mais la batterie est foutue, il faut que j’en commande une autre. Je verrai ça avec Luigi qui doit venir après-demain.

Dana :
Luigi vient après-demain ??

Bob :
C’est bien ça, pourquoi cette question, vous désirez qu’il vous apporte quelque chose ?

Dana :
Oui ! Mes 25 valises qui contiennent mes vêtements Dior, il y en a pour une fortune et je veux les savoir en sécurité.

Bob rit aux éclats et lui répond :

Bob :
Ok pour une valise, mais une seule Dana !

Dana est déçue, elle réfléchit un moment et dit :

Dana :
Soit ! Dites-lui de me ramener la numéro 15.

Bob est surpris que Dana n’ait pas discuté davantage, il la soupçonne de préparer une entourloupe et il se dit qu’il serait bon d’être plus vigilent.
Dana se retourne pour regarder le paysage, elle serre sa tasse entre ses deux mains et semble particulièrement calme.

Dana :
Il est bon ce café et c’est vraiment joli ici. Mais comment faites vous si vous tombez malade ?

Bob :
Nous nous soignons avec ce que nous donne la nature, c’est-à-dire des plantes, mais j’avoue qu’il vaut mieux rester en bonne santé. La nature est généreuse, mais elle ne fait pas de miracle avec les cas désespérés. Ici aucune aide, aucun docteur, rien.

Maintenant, Dana fait face à Bob.

Dana :
Et vous pensez que cela est bien ainsi ?

Bob :
Je n’ai pas le choix et toi non plus dorénavant. Enfin toi, tu ne restes ici qu’une année moi, je suis ici pour la vie. Si l’occasion m’est donnée de me rendre dans un dispensaire, j’y vais, je vois un docteur, je fais le plein de médicaments, mais j’avoue que cette opportunité est rare.

Dana :
Non, tu as choix. Tu peux retourner dans une grande ville quand bon te semble tandis que moi, je suis ta prisonnière et ça Bob, je ne l’oublierai jamais.

Bob :
Le 22 décembre 2014, tu seras de retour chez toi et ici, ce n’est pas une prison Dana ! Regarde autour de toi, tu es libre Dana, libre ! Tu es prisonnière de ta ville, de tes crédits, de tes voitures, de ta maison, de tes charges, de tes factures, de ton, soit disant travail. Et plus tu gagnes de l’argent plus tu dois en donner … Tes charges augmentent plus vite que tes revenus et tu te crois libre ? C’est cette vie que tu me suggères ? Hé bien, merci bien, je n’en veux pas de ton modèle de vie. Dans ma prison, comme tu dis, les barreaux sont des arbres qui respirent. Ici, l’argent n’existe pas, c’est ça le paradis Dana, pas d’obligation, pas d’argent ! Si tu as faim, demande à la nature et elle te permettra de chasser, de pêcher, de cueillir, de vivre en harmonie avec elle. La seule contrainte, c’est de respecter la vie, c’est-à-dire tout ce que tu vois ou plutôt tout ce que tu ne vois pas encore de cette mère nature ! Ici, on prend ce qu’on a besoin, pas plus.

Dana semble embêtée.

Dana :
Tu parles merveilleusement bien de la nature Bob. Parle-moi un peu de toi.

Bob :
Vraiment, ma vie t’intéresse ? Mon père est un Américain et ma mère est Brésilienne. Je ne veux pas parler de lui, car il a laissé ma mère seule et puis je ne sais rien sur cet homme. Ma mère s’appelait Martella Matoury, elle a été une mère exceptionnelle, elle a toujours travaillé dur pour que j’aie une éducation convenable. Elle a donné sa vie pour moi. À 30 ans, je suis parti et j’ai commencé à découvrir l’Amazonie. Je m’occupais de personnes qui avaient des problèmes de drogue et d'alcoolisme, enfin des problèmes de vos villes. Un jour, j’en ai eu marre et j’ai abandonné la civilisation. J’ai abandonné ton monde ma chère Dana.

Dana :
As-tu des frères, des sœurs ?

Bob :
Non, enfin, je ne crois pas, peut-être en Amérique, va savoir ? Et toi Dana ?

Dana :
Moi oh moi ! Je vais bientôt avoir 50 ans et je m'aperçois que je ne suis pas sortie du cocon de mon enfance. La suite, tu la connais. Petite, je faisais déjà des pubs, des films, des photos de mode … À vrai dire, rien d’intéressant, mais j’étais très protégée. C’est comme ça que j’ai été élevée.

Bob :
Je suis étonné de tes propos ,,, Il suffit simplement de te sortir de ton environnement habituel et tu commences à raisonner différemment.

Dana :
Oh, ce n’est pas grâce à toi, mais aux amérindiennes qui m’ont soignée. J’ai eu comme une sorte de prise de conscience, quelque chose que je ne peux pas bien expliquer, mais ne te fais aucune illusion, dès que je le pourrais, je partirais.

Bob a le sentiment que Dana commence à changer, mais il ne lui fait pas remarquer.


. Stephen est à l'aéroport de Rio.

Luigi fait des signes à Stephen. Stephen tend son passeport à un douanier brésilien qui le regarde rapidement et le laisse passer. Il s’approche de Luigi en souriant.

Luigi :
Je me suis occupé de tout , des bagages, de l'hôtel, tout comme vous avez dit msieur Stephen.

Stephen :
Merci Luigi.


À l’extérieur de l'aéroport, Luigi invite Stephen a monté dans sa voiture. Stephen a un moment d'hésitation lorsqu’il voit l’épave, mais Luigi lui fait rapidement comprendre qu’il n'a pas le choix. Il range les bagages de Stephen dans la voiture et s’installe au volant.

Stephen :
Des nouvelles ?

Luigi :
Non mais après demain, je dois me rendre à kikiwiwi, voulez-vous venir ?

Stephen :
Kikiwiwi ?

Luigi :
Oui, c’est là que Bob vit avec … Dana

Stephen semble gêné.

Stephen :
Non merci Luigi, je ne viendrai pas avec vous.











Le taxi arrive devant un hôtel modeste, l’enseigne indique “hôtel Miranda”. Lorsqu’il entre Stephen est étonné, l’établissement est propre, la décoration est de bon goût et de bonnes odeurs de cuisine flottent dans l’air. Stephen imagine que seule une femme élégante peut donner autant de charme à cet endroit, mais lorsqu’il s’approche de la réception, c’est un homme paisible qui arrive.





L’homme est mal rasé et mâchouille un cigare.
Luigi rejoint Stephen et l’hôtelier qui reconnaît Luigi tend les clefs sans décoincer un mot.

Luigi :
C’est au 2eme étage, sans ascenseur, désolé.

Stephen sourit.

Stephen :
Ce ne sera pas un problème.






En arrivant dans la chambre, Stephen se sent comme chez lui. Il apprécie la nature des lieux. Les usagers de l’hôtel sont des gens simples et il est bien heureux d’être éloigné de ce monde superficiel. Ici, il est inutile d’en faire des tonnes, les choses se font normalement et tout le monde se comprend.

La chambre est coquette, des peintures locales ornes les murs, il y a aussi des tentures, des tapis et u
n fauteuil en tissu vert, un peu usé, qui trône au fond de la pièce. Les murs en torchis sont colorés de cire ocre et une agréable odeur d’encens semble stagner ici depuis toujours. Stephen ouvre les volets.

Luigi :
Monsieur Stephen, ici, nous n’avons pas d’air climatisé alors nous croisons les volets afin que la chaleur ne rentre pas, mais regardez, vous avez un ventilateur.

Stephen sourit à Luigi, car il sait que cet homme fait tout ce qu'il peut pour le satisfaire.

Stephen :
Merci Luigi, vous êtes exceptionnel.

Stephen pense à Luigi, Idji, Chris et beaucoup d’autres personnes qui sont des personnages bienveillants, et il ne se rappelle pas d’avoir vu quelqu’un du même genre dans son entourage professionnel ou amical. Mis à part Mike dont l’expérience de vie a dû être exceptionnelle et souvent similaire à celles des gens de cet endroit.
Le téléphone de Stephen se fait entendre. Stephen s’empresse de payer Luigi sans omettre de lui laisser un copieux pourboire puis il décroche rapidement.

Stephen :
Allô, ha salut Billy, alors des nouvelles ?

Billy :
Oui Stephen, en effet, Michael Crawford a un demi-frère du même père. Actuellement, je suis sur une piste pour en savoir davantage sur le côté maternel, j’avance et je te tiens informé très bientôt, j’espère.

Stephen :
Je t’avoue que j’espérais davantage, mais ok Billy, ... Ok Billy avance, j’attends !



















Stephen raccroche puis il se dirige vers la fenêtre, il ouvre les volets et se penche au balcon. Le soleil se couche, il regarde en bas ou le quartier grouille de vie, il y a un marché permanent ou des commerçants vendent des fruits, des légumes, des épices, des vêtements très colorés et des calebasses de toute sorte.

Ce spectacle est le quotidien des locaux avec des couleurs, des odeurs et des voix chaleureuses.
Stephen referme les volets, met le ventilateur en marche et s’allonge tout habillé, il s’endort rapidement malgré la chaleur moite.


À kikiwiwi Bob et Julio travaillent sur le tracteur.



Bob :
Attends Julio, mais attends donc ! Pose cette pièce ici et raccorde là à celle-ci.

Julio :
Mais non papa, cette pièce va ici !

Bob :
Mais qu’est-ce que tu racontes, Julio, t’es un peu idiot parfois, attends. Ha, mais ouais, ouais, tu as raison mon pt’i !

Julio :
Papa casse les couilles.

Bob :
Arrête de dire des cho…….

Julio :
Regarde papa, regarde !

Julio montre du doigt Dana qui est en train de courir vers eux et son visage exprime une grande souffrance.

Bob :
Soit elle vient pour m’embrasser, soit pour me tuer.

Dana essoufflée arrive à proximité de Bob et Julio.

Dana :
Bob vite ! Dis-moi où se trouve les toilettes, ça fait trois jours que … et maintenant je n’en peu plus !

Bob sourit et ironiquement.

Bob :
Je ne m’en souviens plus et puis tu as encore oublié s’il te plaît alors tu me reposeras ta question dans cinq minutes, ha ha ha sacrée Dana !

Bob retourne sur son moteur.

Dana :
Par pitié Bob, s’il te plaît.

Bob :
C’est fou comme la star peut disparaître lorsqu’il s’agit de satisfaire un besoin naturel ha ha ha. Bon ! c’est par là, à 200 mètres, tu trouveras une pelle et j’ose espérer que tu connais son utilisation. Tu verras aussi un seau que tu rempliras d’eau ... Enfin et surtout, ne fait pas tes besoins à côté de la rivière car tu la polluerais, il s’agit de l’eau que nous buvons tous, toi y compris.

Sans dire un mot, Dana s’est déjà éloignée en courant, Bob et Julio ne retiennent pas leurs rires.

Bob :
Voilà ! Il n’y a plus qu’à attendre la batterie et le fuel que Luigi nous apportera demain. Au fait, il faut que je le contacte par radio pour qu’il n’oublie pas ma commande et la valise de madame, la numéro 17, je crois, la fameuse valise Dior de Madame ha ha ha.

Julio :
15 papa ! C’est la numéro 15.

Bob :
15, 17 ou 12, c’est du pareil au même, que des fringues de nanas qui finiront par servir de chiffons ou de bandages. Si elle s’imagine qu’elle va pouvoir les porter ici, nous n’avons pas fini de rigoler, Julio.

À l'hôtel Miranda.

Stephen se réveille de bonne heure, il s'aperçoit qu’il est encore tout habillé. Il se bouge péniblement et reste quelques instants assis au bord du lit puis il se lève, se déshabille et rentre dans la douche. Le carrelage des murs et du sol sont vert amande avec des petits reliefs dorés à moitié dépeint, la douche est tiède et agréable. Stephen reste longtemps sous l’eau à penser puis le téléphone de l’hôtel sonne. Stephen sort de ses rêveries, il prend une serviette l'entoure à sa taille et décroche.

Stephen :
Allô, oui heu non, je déjeunerai en ville, connaîtriez-vous un bon restaurant ? Ok merci.

La voix était chaude et agréable, c’était une voix féminine, peut-être celle de la patronne de l’hôtel ?

Le portable de Stephen sonne également.

Stephen :
Bonjour Chris … Oui, merci, avez-vous des nouvelles ?

Chris :
Je voulais vous dire que Mr Mike est toujours dans un coma profond et que les docteurs m’ont appelé pour me dire qu’il ne se réveillera plus maintenant. Par ailleurs, je dois vous avouer que je suis gêné de fouiller dans son bureau pour trouver d’éventuelles informations au sujet de son frère.

Stephen :
Chris, il ne faut pas. J’ai l’intuition et à vrai dire, je suis sur une piste qui vous surprendra, je vous en parlerai au moment opportun. Il y a quelque chose que vous et moi ne savons pas et il faut élucider cette affaire au plus vite.

Chris :
Je suis surpris, car je suis au service de Monsieur depuis 30 ans et jamais il ne m’avait parlé d’un éventuel frère, et je dois dire qu’il ne m’a jamais parlé de son père d’ailleurs.

Stephen :
Je crois que je suis aux prémices d’un puzzle compliqué, mais les morceaux arrivent petit à petit. En revanche, essayez de vous rappeler certains moments avec Mike et son père, bons ou mauvais et transmettez tout ce que vous apprendrez à Billy, je l’ai chargé de récupérer les pièces du puzzle.

Chris :
Bien monsieur, je ferais de mon mieux.


Les deux hommes se saluent, la conversation est terminée. Stephen est de plus en plus persuadé que cette petite enquête va déboucher sur quelque chose de curieux, mais quoi ?

Stephen se rend à la réception. Il aperçoit le dos d’une jeune femme disparaître derrière un rideau puis l’homme mâchouillant son cigare apparaît et lui remet un bout de papier avec l’adresse d’un restaurant. Stephen est surpris par la calligraphie appliquée.

Stephen :
Est-ce vous qui avez écrit cela ?

L’homme :
Bo cosail (je ne comprends pas)

Puis l’homme s’en retourne et disparaît derrière le rideau.











Stephen sort de l'hôtel et demande à une passante où se trouve le restaurant kinbékio, la femme lui montre du doigt la direction à suivre. Stephen marche au milieu du marché, il apprécie les odeurs et les couleurs, il marche paisiblement. Un homme l’invite à acheter ses melons et Stephen décline l’offre en souriant puis une femme lui met sous le nez de jolis bracelets en pierres bleu et vert, il sourit toujours et d’un léger signe de la tête, il indique qu’il n’est pas intéressé.
Stephen arrive au restaurant, il entre, tout est propre et silencieux, les pales des ventilateurs promènent des rubans rouges qui forment des cercles joyeux pour éloigner les mouches. Il s’assoit à une table, une grosse femme s’approche de lui …

La femme :
Bonjour Monsieur, que désirez vous ?

Stephen :
Je suis venue pour déjeuner, avez-vous une carte ou un menu, que pouvez-vous me proposer ?

La femme sourit.

La femme :
Vous savez monsieur, ici, nous faisons le plat du jour et c’est tout !

Stephen :
Bien ! Et quel est le plat du jour ?

La femme :
Aujourd’hui, nous avons un excellent maïpouri, je l’ai cuisiné hier et il sera bien meilleur aujourd'hui. Je le sert avec du riz.

Stephen :
Et qu’est-ce que c’est que du maïpouri ?

La femme :
C’est un animal assez imposant, comment vous dire, il ressemble à un sanglier, mais plus gros avec une petite trompe, comme un éléphant, mais beaucoup plus petite. Attendez, Dino ?? Hé Dino ! Comment les étrangers appellent-ils le maïpouri ?




Dino :
Du tapir.

La femme :
Voilà vous, vous appelez ça un tapir.

Stephen est gêné, mais il ne le laisse pas paraître, car il ne connaît pas davantage le tapir que le maïpouri.

Stephen :
Ha oui un tapir, très bien, c’est ok pour le tapir avec un bon vin s’il vous plaît.




La femme :
Nous n’avons pas de vin monsieur, ici, on boit de la bière.

Stephen acquiesce.




Rapidement, la femme revient pour servir Stephen, elle dépose un récipient couvert sur la table puis elle retire le couvercle et Stephen reçoit alors de chaudes vapeurs plein ses narines. L’odeur est agréable et rappelle celle d’un civet. Il se penche et voit des morceaux de viande noirs et rosés qui baignent dans une sauce noirâtre, il y a des champignons, des oignons et le bouquet garni.
La femme réapparaît avec un plat de riz parfumé et une bière de 50 cl. Elle augmente la vitesse du ventilateur puis elle allume la télévision. Elle choisit une chaîne et tombe sur CNN. Stephen la remercie et commence son repas.
Il prend une première bouchée, tente de reconnaître les différents ingrédients, il écarquille les yeux en guise de satisfaction et attaque sans hésitation son repas.


Pendant ce temps-là à kikiwiwi.


Bob Dana et Julio prennent la direction du Chablis ou l'hélicoptère de Luigi doit se poser. Ils marchent maintenant dans la forêt sur un petit layon qui sent bon l’humus. Il fait lourd et humide, Dana marche d’une manière assez maladroite, elle regarde partout et surtout là où elle pose ses pieds.

Dana :
Dis-moi Bob, il doit y avoir des serpents un peu partout par ici ?

Amusé Bob répond :




Bob :
Des gros, des moyens, des petits, des venimeux et des inoffensifs, mais s’il y en a un qu’il faut redouter, c’est le grage, le grage grand carreau, il est très venimeux.

Dana :
Quoi d’autre encore, quelles bestioles sympathiques pourrais-je rencontrer dans ta forêt ?

Bob toujours désireux de taquiner Dana

Bob :
Hé bien Dana, ici, tu pourras voir des tapirs, des singes hurleurs, des jaguars et toutes sortes d’animaux sympatiques, en effet.

Dana :
Vraiment ? Des jaguars ?

Bob :
Des rhinocéros, des éléphants, des girafes.

Dana :
Cela doit être magnifique !

Devant la naïveté de Dana, Bob pousse un peu plus loin la taquinerie

Bob :
Des baleines, des cachalots et des requins.

D’un air sensiblement menaçant Dana s’adresse à Bob

Dana :
Là, tu te fous de ma gueule !


Bob sourit.

Bob :
C’était trop tentant Dana. Mais je peux t’assurer que les jaguars, singes hurleurs et tapirs que l’on appelle ici maïpouri, sont réellement nombreux et bien présent dans cette forêt et tu verras, sans aucun doute, chacun de ces animaux tout au long de ton séjour ici.

Dana :
Sauf si je me casse avant.


Le groupe arrive au chablis et Dana aperçoit la valise Dior éventrée et une bonne partie de ses vêtements dehors, perchés sur des branches ou au sol dans la boue. Dana écarquille les yeux.

Dana :
Mon Dieu ! Ce n’est pas possible ! Oh non ! Mes affaires !

Bob :
Hé merde ! J’ai oublié de ramener sa valise. .

Dana est dépitée.

Dana :
Mon tailleur JP Gaultier ! oooh ma chemise prada ! Ho non, mon parfum est cassé et mes flacons de crèmes sont vides et mes sous-vêtements ? Oh non, ce n'est pas vrai ! Il y en avait pour 10 000 dollars dans cette valise !

Se relevant le regard haineux, elle se retourne vers Bob…

Dana :
Qui a fait ça ? Qui ?

Puis elle se retourne vers Julio.

Dana :
Qui ?




Julio :
Baboun m’dame.

Dana :
Qu’est-ce qu’il raconte ce gamin ? Qu’est-ce que c’est qu’un baboun ?

Bob :
Les singes hurleurs Dana. J’aurais pu dire que cela est de ma faute, car je n’ai pas pu récupérer ta valise dès ton arrivée, mais tu occupais la brouette Dana !

Dana se retourne vers la brouette pleine de fumier.

Dana :
Bob, très cher Bob, ne me dit pas que tu m’as transportée dans ce machin, hein Bob ?

Dana, qui a toujours la tête entre les buildings, ne comprend pas le monde sauvage, pour elle, ici tout est négligence. Elle rassemble ses affaires, les replace en désordre dans la valise qu’elle ferme méticuleusement.

Les chants d’oiseaux se mélangent aux insultes que Dana lance à Bob.

Le groupe arrive au Chablis.

Bob :
Voilà ! L'hélicoptère ne devrait plus tarder maintenant.

Dana s’approche de Bob les yeux dans les yeux.

Dana :
Ne me dis pas que l'hélicoptère va se poser ici avec tous ces troncs d’arbres au sol ? Non mais je rêve ? Je suis arrivée par ici et tu m’as transportée dans ta brouette dégueulasse ?

Bob :
Luigi est un bon pilote, tu verras ?

Dana :
Tu veux dire un kamikaze, un fou furieux ! Et ce type à pris des risques alors que j’étais à bord de l’hélico, il est complètement irresponsable et toi aussi ! Un jour ou l’autre, tu me paieras tout ça, Bob.

Dana sourit ironiquement

Dana :
Tu verras, oui, tu verras !

Au loin, le bruit sourd de l'hélicoptère se fait entendre. À l'intérieur de l’engin, Luigi voit Bob, Julio et surtout Dana.

Luigi :
aie aie aie !

Après plusieurs essais d’atterrissage et le découpage de quelques branches par les pales, l'hélicoptère se pose. A l’issue de cet exercice périlleux Dana regarde Bob en remuant la tête de haut en bas.

Luigi sort de l’engin et s’approche du groupe. Son premier regard ainsi que ses premières paroles sont pour Dana.

Luigi :
Ha M’dame Dana, je suis content de vous revoir.

Dana sèche comme une trique ne lui répond pas. Luigi est mal à l’aise et il se tourne vers Bob.

Luigi :
Bob, j’ai apporté tout ce que tu m’as demandé ainsi que la valise numéro 15 de m’dame Dana.

Luigi tente un regard sur Dana espérant obtenir un sourire, mais Dana demeure raide et froide.

Luigi :
Je vais mettre les affaires dans la brouette et …

Dana interrompt Luigi

Dana :
Le taxi Luigi, vous parlez bien du taxi, n’est ce pas ?

Luigi ne comprend pas, mais Bob semble bien s’amuser.

Bob :
Dans l’immédiat, nous allons juste prendre le fuel et la batterie et si avec ça, nous pouvons démarrer le tracteur, nous viendrons chercher toutes ces affaires sans effort.

Le groupe repart en file indienne. Luigi pousse la brouette, il s’arrête et se tourne vers Dana.

Luigi :
Vous savez M’dame, je ne compr

Dana d’un air haineux :

Dana :
Ferme ta gueule et avance !

Luigi s'exécute.


Dans le village de Miranda.




À l'hôtel, Stephen ouvre les volets, se dirige dans un coin du balcon et s’assied sur un fauteuil en paille. Il prend son téléphone et compose le numéro de Billy. En bas, il aperçoit au milieu du marché, le dos de la même femme qu’il avait aperçu la veille dans l’hôtel. Sa peau est bronzée, ses cheveux sont longs, très longs et noirs, sa robe est sobre et la silhouette élégante.
La tonalité du téléphone cherche son correspondant et Stephen en profite pour regarder le dos de cette femme qu’il ne connaît pas. Il l’imagine très jolie, son pas est gracieux, elle discute avec tout le monde, elle semble être appréciée. Stephen se dit que son mari à bien de la chance. Ces pensées le ramènent à la vie du policier de New York avec une vie de famille. Tout ce qu’il n’a pas, une vie de famille, une femme, des enfants, parfois quelques conflits, mais l’important, c’est de ne pas se sentir seul. L’important, c’est d’aimer et de recevoir de l’amour, c’est ça le trésor terrestre, mais est ce qu’il existe vraiment ce trésor ? Ne serait-ce pas qu’une image, un produit de l’imagination, est-ce que ce scénario, sans être idéal, existe
Ce sont les Allôs répétitifs de Billy qui ramène Stephen sur terre.

Stephen :
Ha pardon Billy, j'étais ailleurs, quelles sont les nouvelles ?

Stephen se lève puis il rentre dans la chambre pour ne pas être gêné par les bruits extérieurs, il s’assoit sur son lit.

Billy :
Oui Stephen. Je peux d’ores et déjà te donner le nom de la mère du demi-frère de Mike, c’est une nommée Martella Matoury et elle demeure a Cipiano, c’est-à-dire à 200 km de là où tu te trouves présentement ! Il s’agit d’un petit village et tu n’auras aucune difficulté à la retrouver. Par ailleurs, j’ai eu des nouvelles de Chris, il m’a longuement parlé de Mike et je crois que tu vas être surpris. À l’âge de 40 ans, Mike était toxicomane, accros à la cocaïne, aux fêtes, aux bordels, aux partouzes, bref, je crois qu’il est inutile d’en ajouter.

En effet, Stephen est surpris.

Billy :
Mike brûlait sa vie et pour le sauver son père, Alan Crawford, a décidé de l’envoyer voir Bob en Amazonie et ce pendant un an. À son retour, Mike était méconnaissable, il est volontairement resté un mois enfermé dans sa chambre. Lorsqu’il en est sortie, il n’était plus le même homme. Il a complètement modifié son mode de vie, il a adopté une vie saine sans excès. Chris a découvert un petit livret, une sorte de journal, où Alan, le père de Mike, mentionnait tous ces changements.

Stephen :
C’est incroyable, Billy, bon boulot, bravo.

Billy :
Ce n’est pas tout Stephen ! Réfléchis bien, le nom de Matoury ne te rappelle pas quelque chose ?

Stephen réfléchit un moment ... Matoury, Matoury, ça me dit quelque chose en effet ! Ha, je pense tellement que je ne trouve pas pourtant, je suis persuadé que quelqu’un m’a parlé de ce nom, Matoury. Non Billy, je n’arrive pas à faire la connexion ! Ne me fais pas attendre s’il te plaît.

Billy :
Stephen ! ..... Mike est le demi-frère de Bob .... Bob s’appelle Robert Matoury .... tu saisis ?

Stephen reste immobile et muet un court instant, puis ....

Stephen :
C’est fantastique, il faut de suite lui annoncer la nouvelle !

À l’autre bout du fil Billy, semble réfléchir

Billy :
Non, Stephen, attendons de connaître toute l’histoire. Parfois, la vérité n’est pas bonne à dire. Ce serait bien si de ton côté, tu pouvais aller à la rencontre de Mme Matoury Martella à Cipiano. Moi, je continue mes recherches.

Stephen :
Sage raisonnement Billy, ok, on fait comme ça. À plus ....

Stephen raccroche, il se regarde dans le miroir et se parle à lui-même “j'espère que cette histoire finira bien et que le dénouement sera heureux, quoi qu’il en soit, Mike me surprend et m’entraîne dans une histoire qui ne manque pas de piquant.” – Il regarde ensuite ce Stephen qu’il ne reconnaît plus, ses vêtements blancs et larges sont devenus légèrement sales et les marques de transpiration apparaissent largement sous ses aisselles ainsi que sur sa poitrine, voilà qu’il ressemble aux gens d’ici.
Il se revoit en smoking et se rend bien compte qu’il se métamorphose lui aussi. Il est loin de son environnement habituel, il a déjà changé et il est heureux de sa capacité à pouvoir s’adapter rapidement aux différents modes de vie, aux différents lieux. Il pense à Dana et à toutes ces personnes qui ne pourront jamais s’adapter dans un environnement autre que le leur.

À kikiwiwi

Bob et Luigi s’installent sur la terrasse, ils enlèvent leurs chapeaux tandis que Dana rentre dans son carbet afin de faire l’inventaire du contenu de sa valise dépouillée.
Luigi regarde le carbet de Dana et s’adresse à Bob

Luigi :
Alors Bob, tu tiens le coup ? Comment ça se passe avec elle ?

Bob s’approche de Luigi et tous les deux regardent Dana.

Bob :
Ho, tu sais, j’en ai vu des gens dans ma vie et elle ne fait pas exception. Elle est comme tous les autres, même mentalité, mais elle a une personnalité particulière, je me méfie. Mis à part ça, rien de nouveau, elle fait beaucoup de conneries, mais les autres en ont fait autant. J’aime bien lui faire croire que je ne la connais pas ha ha ha ha ... Elle est tellement mignonne lorsqu’elle est en colère. Elle changera, c’est certain, mais en attendant elle va m’en faire quelques-unes ha ha ha.

Bob se retourne et va s'asseoir.

Bob :
Julio apporte la bouteille de gnôle ainsi que deux verres.

Luigi regarde la bouteille .....

Luigi :
Emmène-moi plutôt le Cognac de Marcel Carriege, ton eau de feu est indigeste, elle doit approcher les 90 degrés !

Bob souriant se tourne vers Julio et lui fait un clin d’œil. Julio s'exécute et ramène une jolie bouteille ovale avec le liquide ambré. Bob en verse une dose dans le verre de Luigi et dans le sien, ils trinquent leurs gobelets et avalent aussitôt le précieux liquide.

Julio :
Un peu pour Julio ?

Bob se retourne :

Bob :
Oui, tu en boiras, lorsque tu auras notre âge.

Pendant que Luigi et Bob s'esclaffent, Julio vexé s’éloigne. Les rires des deux comparses semblent faire écho dans la forêt, de quoi effrayer les animaux.


À l'hôtel Miranda, le lendemain matin, quelqu’un toque à la porte de Stephen.


Une voix de femme :
Il est l’heure de vous lever si vous ne voulez pas rater votre bus pour Cipiano.

La voix est chaude, Stephen ne bouge pas et ne semble pas décidé à quitter son lit. Subitement, il prend conscience de cette voix … Il saute du lit, s’empresse pour mettre une serviette autour de la taille et dit 

Stephen :
Attendez Attendez un instant, j’arrive !

Stephen ouvre la porte, mais il est déjà trop tard, encore une fois, il voit le dos de la jeune femme qui s’empresse de descendre les escaliers.

Stephen :
Merde !

Il s’empresse de faire une petite valise, il lave rapidement son visage à l’eau et descend les escaliers rapidement. Il cherche autour de lui.

Stephen ;
Madame, madame où êtes vous ??? Je veux simplement vous remercier !

De derrière le rideau apparaît l’homme qui mâchouille toujours son cigare, il est mal rasé, il a les cheveux en pétard , il est vêtu d’un short bleu et d’un marcel blanc. La déception de Stephen se lit sur son visage, il demande :

Stephen :
Pourriez-vous demander à la jeune femme de venir, s’il vous plaît ?

L’homme :
bo co ?

Et avant que l’homme ait terminé sa phrase …

Stephen :
bo cosail, je sais !

Déçu, Stephen se retourne, il pense à sa mission puis se dirige vers l'extérieur en direction de la station de bus. Pendant ce temps l’homme regarde sortir Stephen puis il sourit et dans un Français impeccable il appelle la jeune femme :

L’homme au cigare :
Anita ! Tu peux sortir maintenant.

Stephen se dirige vers le comptoir de la station et achète un ticket pour Cipiano. Il demande à la guichetière :

Stephen :
Combien de km avant d’arriver à Cipiano ?

La guichetière :
200 oui environ 200 km.

Stephen :
Ça nous fait arriver dans combien de temps 200 km ?

La guichetière :
Tout dépend du chauffeur, mais aussi et surtout du bus, en principe vous serez arrivé demain matin.

Stephen :
Comment ça en principe Ho mon Dieu ! Je vais devoir rester une journée et une nuit dans un bus ?


Il regarde autour de lui pour repérer son bus puis se dirige vers le véhicule. Il monte et voit qu'il est bondé, tous les sièges sont pris et des gens transportent des poules, des canards, et même un porcelet. Il cherche sa place, il la trouve, mais elle est déjà occupée par une vieille dame. Stephen regarde encore son ticket et vérifie à nouveau. Oui, c’est bien ma place, se dit-il, mais il ne dérangera pas la vieille dame et Stephen fera le voyage debout.
Stephen qui se plaignait de passer un jour et une nuit dans un bus n’avait pas imaginer faire tout le trajet debout. Il se dit qu’il ne faut pas s’arrêter au pire, il y a toujours quelque chose qui peut venir empirer le pire !
Des odeurs animales et humaines aromatisent désagréablement le bus. Après bien des difficultés, le chauffeur arrive à démarrer, la fumée des pots d'échappement est noire et rentre par les fenêtres du bus, mais personne ne bouge, ils sont habitués. Stephen tousse un peu et protège sa respiration avec un tissue. Enfin, le bus démarre.


Au petit matin A Kikiwiwi

Dana sort de son carbet en courant …

Dana :
Bob ! Bob !

Sur sa terrasse, Bob boit son café et lentement, il se retourne et voit Dana qui arrive en courant comme si elle se trouvait, encore, dans une situation d’urgence.

Bob :
Qu’est-ce qu’elle veut de bon matin ?

Dana essoufflée arrive à côté :

Dana :
Bob, regarde, je souhaite offrir ces vêtements aux amérindiennes qui m’ont soignée.

Dana sourit en imaginant que Bob serait ravi de son idée.

Bob :
Dana, il faut que tu comprennes quelque chose et …

Dana comprend que Bob n’approuve pas, elle perd son sourire, mais elle attend patiemment sa réponse.

Bob la prend par l'épaule…

Bob :
La culture doit rester là où elle est née. Certains échanges sont bienvenus comme par exemple des idées culinaires, de nouveaux chants, tu comprends ? Mais il ne faut pas faire naître des envies nuisibles au sein des populations comme les amérindiens. Bien sûr qu’elles seront heureuses de recevoir ton présent, mais ton cadeau sera immédiatement la source de jalousies. Des femmes auront des robes, d’autres n’en auront pas. Et puis c’est un peu comme si tu leur apportais du Coca-Cola, dans un premier temps ils seraient inquiets et se demanderaient s’il est prudent de boire une boisson inconnue mais s’ils y goûtent ils y prendront goût à cause du sucre qui est un puissant addictif. Ensuite, ils chercheront par divers moyens d’obtenir ces cannettes de Coca-Cola dont les puissantes substances les rendront plus ou moins addicts au sucre et à la nouveauté. C’est ainsi Dana que commence les trafics en tout genres alors il faut les laisser boire l’eau de coco.

Dana :
Tu peux parler toi, avec ta fabrication de gnole ?

Bob :
Dana ! Ce sont eux qui m’ont appris à faire la gnole. Lorsque je suis arrivé ici, je n’avais rien, pas même le tracteur……. Ce sont ces salopards d’orpailleurs qui laissent toutes leurs machines sur place lorsqu'ils ont gagné assez d’argent et vidé la région de ses richesses. Hé oui Dana ! L’Amazonie regorge d’or et de pierres précieuses, c’est pourquoi des gens peu scrupuleux et pour lesquels tu as probablement voté, achètent par le biais des politiciens brésiliens la forêt amazonienne. Ils l’exploitent et la détruisent sans jamais se soucier du village de Manacoco. Personnellement, je les attends de pied ferme avec mon fusil et je défendrai ce territoire ! Ces barbares, qui se disent civilisés, viendront avec leurs bulldozers et ils détruiront tout sur leur passage et crois-moi, ils ne se contenteront pas de détruire la forêt et les animaux, ils n’hésiteront pas à tuer les amérindiens si cela leur chantent. Comment veux-tu que les amérindiens se défendent face à de tels engins, ils n’ont que des lances pour la chasse.

Dana regarde Bob un instant, elle parcourt son visage puis elle lui dit :

Dana :
Hé bien, nous ne manquerons pas de chiffon pour nettoyer le tracteur Bob.

Pour la première fois, Bob sourit sincèrement à Dana, il apprécie le tournant que Dana vient de prendre.

Bob :
Quand tu veux pour une robe Dana. Luigi, Julio et moi avons besoin de chiffons pour dégraisser le tracteur.


...... Et pendant ce temps ....


Stephen est toujours dans le bus, et .....




Avec deux jours de retard, il arrive, enfin, au petit matin, dans le village de Cipiano. Stephen dort allongé sur des bagages au milieu des volailles. Le freinage est brutal, Stephen se redresse en sursaut, il cherche son sac, mais il ne le trouve pas. Le chauffeur lui demande de sortir rapidement, car il doit continuer sa route. Stephen insiste, il veut retrouver son sac, mais le chauffeur le menace et Stephen est contraint d’abandonner. Il sort du bus qui repart aussitôt en laissant derrière lui un nuage de poussière. Stephen tapote ses poches puis met la main dans l’une d’elle et en ressort un portefeuille, c’est toujours ça de sauvé se dit-il.
Ne sachant pas vraiment où aller, il se dirige vers une modeste épicerie. Une femme et son enfant rentrent derrière lui et il s’aperçoit que tous les habitants du village l’observent. Stephen s’approche pour converser, mais les gens s'éloignent.





Stephen se dirige alors vers la vieille fontaine du village, il enlève sa chemise et tourne la manivelle de la pompe afin de faire jaillir l’eau, mais dès qu’il s'arrête de pomper, l’eau s'arrête de sortir.
Il recommence à plusieurs reprises jusqu'à ce que tout à coup l’eau jaillit sans pomper. Avec ses paumes, il recueille un peu d’eau pour se la jeter au visage, mais il s’arrête net, il sent, une présence, à côté de lui et il se demande pourquoi l’eau continue de jaillir alors qu’il ne pompe plus.

Il lève la tête et voit un homme armé d’un fusil, puis un deuxième et un troisième posté sur un balcon, tous armés.


L’homme :
Que veux-tu ?

Stephen :
Je cherch

L’homme ;
Tais-toi ! Ferme la compris ? As-tu de l’argent ? Donne-moi ton portefeuille.

Stephen tend son portefeuille et dit :

Stephen :
Je cherche quelqu’un, peut-être pouvez-vous m’aider ?

Tout en fouillant dans le porte-feuille de Stephen

L’homme :
Et qui cherches-tu ?

Stephen :
Matoury, Martella Matoury, vous la connaissez ?

L’homme s'arrête tout net.

L’homme :
Et pourquoi tu veux la voir ?

Stephen :
Hé bien, je suis venu pour lui donner des nouvelles de son fils Robert, heu Bob et je dois parler à cette dame.

L’homme se retourne et se rapproche de Stephen en compagnie des deux autres.

L’homme :
Tu connais Bob ?

Stephen :
Oui, je le connais bien, c’est un ami.

L'homme sourit laissant apparaître une barrette d’or en lieu et place de sa dentition d’origine.

L’homme :
Bienvenue, je m’appelle Hidalgo. Tiens, reprends ton portefeuille, je pensais que tu étais un de ceux qui veulent nous déloger. Martella sera contente d’avoir des nouvelles de Bob, mais avant racontes moi. Que fait-il maintenant Ça fait un bon bout de temps qu’on ne l'a pas vu, sacré Bob, il nous manque.

Stephen donne quelques nouvelles puis le groupe s'éloigne en direction du centre-ville.



À kikiwiwi

Bob, Luigi et Julio sont tous les trois penchés sur le moteur du tracteur, on entend le tintement des clés à molette sur la fonte.

Bob :
Tu vois, je pense qu’en nettoyant bien cette partie, le passage pourrait se faire plus facilement.

Luigi :
À mon avis, c’est ici qu’il faut nettoyer !

Bob :
Tu as peut-être raison, en attendant Julio passe-moi la clef de 13.

Julio s'exécute, il fouille dans la caisse à outils puis ses yeux se lèvent et Julio effrayé reste figé sur place.

Bob et Luigi ont toujours la tête enfouie dans le moteur.

Bob :
Julio ! Qu’est-ce que tu fais ? allez grouille ... Luigi va voir ce que fait le gamin.

Luigi sort la tête du moteur du tracteur et à la vue de ce que voit Julio, lui aussi reste figé et pétrifié.

Bob :
Bordel, mais qu’est ce que vous faites ?

Bob se redresse, essuie ses mains pleines de cambouis dans une robe Guerlain se retourne et comme les autres, il ne fait plus un geste.

Dana :
Maintenant tout le monde les mains en l’air et surtout ne bougez pas un poil, c’est bien compris ?

Dana a épaulé le fusil de Bob et elle vise dans leur direction.

Dana :
Je n’ai plus rien à perdre les gars ! C’est ma dernière chance de partir avec Luigi et de retourner vers la civilisation alors je vous préviens, je n’hésiterai pas à tirer !

Dana semble calme et sûre d’elle.

Dana :
Maintenant Luigi, direction l'hélico et tout de suite.

Bob :
Luigi ! Ne bouge pas, reste ici.

Dana avec un sourire ironique ...

Dana :
Bob, mon cher Bob, je crois que tu n’as pas bien compris la situation, j’ai une arme et je n'hésiterai pas à m’en servir.

Bob, le visage neutre avance d’un pas vers Dana puis un deuxième pas et …

Dana :
Encore un pas et je te flingue !

Bob regarde Dana fixement.

Bob :
Dana, tu vas me donner cette arme.

Dana :
Décidément Bob, tu n’as toujours pas réussi à me cerner, cesse de rêver et ne bouge plus.

Bob :
Je ne te le répéterai pas Dana, donne-moi cette arme.

Dana ignore les propos de Bob.

Dana :
Allez Luigi ! Passez devant et direction l'hélico.

Bob avance encore d’un pas et Dana pointe immédiatement le fusil en face de Bob.

Dana :
Allons Bob ! Tu veux jouer les courageux, hé bien dans ce cas avance encore.

Bob avance vers Dana sans s'arrêter.

Dana :
Je vais tirer, tu l’auras voulu, je tire.

Dana appuie sur la gâchette et un clic se fait entendre.

Bob continue d’avancer vers Dana pendant que cette dernière regarde son fusil et ne comprend pas pourquoi le coup de feu n’est pas parti.

Bob :
Tu me crois assez stupide pour laisser mon fusil armé alors que tu sais qu’il se trouve dans ma chambre. Bien ! Je retiens que tu as appuyé sur la gâchette pour me tuer, je retiens Dana !

Bob continue d’approcher Dana qui est maintenant figée.

Bob :
Tu as voulu me tuer Dana.

Dana :
C’était un réflexe, juste un réflexe, je ne comp

Sans lui laisser le temps de finir sa phrase, Bob lui balance deux paires de baffes. Dana tombe à terre.

Bob :
À chacun ses réflexes Dana.

Au sol, le spectacle est pitoyable, Dana a les membres écartés, le visage écarlate et sur ses joues le cambouis à laisser, encore, les empreintes des doigts de Bob. Dana s’en veut de ne pas avoir réussi son coup, mais elle accepte la réaction de Bob, si l’arme avait été chargée il serait mort ! Elle vient de réaliser que cet homme lui avait sauvé la vie dans le fleuve. Ses pensées s’affolent, elle se lève et s’en va rapidement dans son carbet.

Bob la regarde s’éloigner, il est déçu par ce qui vient de se passer, mais il s’en veut, car il pense l’avoir trop souvent provoqué, il aurait dû se douter qu’il nourrissait la colère de Dana et que tôt ou tard elle en viendrait à commettre l’irréparable.

Bob :
Bon ! Luigi, on la démonte cette pièce ?


Pendant ce temps, Stephen rend visite à Martella.

Les maisons de Cipiano sont toutes en bois et sur pilotis. Dès qu’un étranger arrive, les femmes et les enfants regardent par les fenêtres, car tous savent ce qu’il peut advenir de toute personne qui s’aventure ici.
Des ordures traînent dans les rues et des chiens affamés les étalent un peu partout sans que cela ne dérange. Une moto remonte l'allée en terre et klaxonne, Hidalgo et Stephen s'écartent, mais ils n’échappent pas au nuage de poussière que le motard laisse derrière lui.

Stephen
Comment est-elle Mme Matoury ?

Hidalgo :
Elle est bien pauvre, vieille et malade, elle vit dans une petite maison en paille.

Stephen :
En paille ?

Hidalgo :
Oui ! Elle n’a pas d’argent pour s’offrir des planches. Le peu qu’elle a, c’est pour payer le docteur et les médicaments.

Stephen :
Je vais en parler à Bob et laisser ce que je peux à cette dame pour qu’elle puisse acheter des planches.

Hidalgo :
Voilà nous y sommes.





En effet, il s’agit bien d’une cabane en paille avec quelques tôles.





Une veille femme toute vêtue de guenilles sort doucement.
Aussitôt, Stephen s’approche pour soutenir la dame qui a du mal à marcher.

Stephen :
Permettez-moi de vous aider madame.

La vieille dame lève les yeux pour découvrir le visage de cet homme bienveillant, elle sourit à Stephen. Il essaie de ne pas montrer la pitié qu’il ressent et il se contente de sourire lui aussi.

Stephen :
Vous êtes, Madame Martella Matoury, n’est-ce pas ?

Martella :
Oui, c’est bien moi et j’ai 82 ans et vous, qui êtes-vous et que me voulez-vous ?

Stephen soutient toujours la vieille dame.

Stephen :
Venez, allons nous asseoir, je vais vous expliquer l’objet de ma visite.

Péniblement, Martela s'assoit sur une chaise et Stephen en trouve une seconde pour s’asseoir en face d’elle. Il s’approche et prend une des mains de la vieille femme dans la sienne.

Martella
:

Merci Hidalgo

Puis se tournant vers Stephen

Martella :
Merci à vous aussi bien que je ne connaisse pas, encore, la raison de votre visite.

Stephen :
Je vais vous dire pourquoi je suis venue jusqu’à vous, mais avant toute chose, je vous promets madame que je vais veiller à ce que vous soyez logée décemment. Comment est-ce possible, comment le père de votre fils a-t-il pu ?

Martella lui coupe la parole

Martella :
Vous n'êtes pas là pour l’expropriation au moins ?

Stephen souriant

Stephen :
Non madame, certainement pas et ne vous inquiétez plus pour ça.

Martella :
Vous n'êtes pas de la télévision non plus ?

Stephen :
Non plus madame, je viens vous donner des nouvelles de votre fils Robert

Martella regarde Hidalgo qui d’un léger signe de la tête confirme la véracité des dires de Stephen.

D’un seul coup, Martella se relève et Stephen est surpris que la vieille dame ait subitement quelques forces.

Martella :
Bon ok, on arrête la comédie.

 

...... Chapitre X ..... RÉVÉLATIONS

 

À Kikiwiwi

Bob avance vers le carbet de Dana avec un paquet sommairement empaqueté avec du papier et un bout de ficelle. Sans entrer, il l'appelle, mais comme il s’y attendait, Dana ne répond pas. Il attend un moment puis décide d’entrer. Il voit Dana sur son Hamac les yeux rougis. Elle refuse de croiser le regard de Bob et se tourne vers la fenêtre. Bob s’approche doucement, il prend une chaise et s'assoit à côté d’elle.

Bob :
Je suis désolé pour toi Dana, mais avoue que tu cherches les situations dangereuses.

Elle regarde enfin Bob.

Dana :
Je veux rentrer chez moi, je veux retrouver mes habitudes, ma vie, je n’ai jamais voulu venir ici, tu comprends ça ? Regarde cette pièce ? Il n’y a rien ici, qu’est-ce que tu veux que je fasse dans cette geôle ? Je suis désespérée et tout ce que vous arriverez à faire sera de me rendre dépressive, folle. Tu es certainement un gars formidable Bob, mais ta vie n’est pas la mienne ! Il faut que tu me sortes de là, il le faut !

Dana éclate en sanglot.

Bob :
Je comprends Dana, mais pour le moment, tu dois rester ici. Trouve le moyen d’arranger cette pièce, c’est le moment ou jamais de faire quelque chose par toi-même. Trouve le moyen de t’occuper ici avec ou sans nous, trouve des idées, utilise t'on imagination et tu verras naître la magie qui est en toi Dana, la magie qui sortira du plus profond de ton être.

Bob se lève, il se dirige vers la porte et s’arrête un instant

Bob :
Si tu as besoin de quoi que ce soit pour créer ton environnement, n’hésite pas à demander.

Dana semble rêveuse et lasse, sur son visage des larmes coulent sans qu’elle ne les essuie et ses pleurs donnent une brillance particulière à ses yeux bleus. Bob revient sur ses pas et lui tend le paquet.

Bob :
Tiens, c’est pour toi, joyeux Noël Dana.

Dana ne se saisit pas du colis mais elle se rue sur Bob et le serre dans ses bras.

Dana :
Je vais essayer Bob, je vais essayer, je te le promets.

Bob à le sentiment que cette fois Dana ne triche pas, l’actrice est en train de disparaître !

Dana libère Bob et prend le paquet.

Dana :
Merci !

Avec un léger sourire Dana, essuie ses larmes, elle ouvre le paquet et découvre un étui dans lequel il y a un couteau ! Surprise, elle fixe Bob un moment puis observe l’objet ... la lame est longue et elle a été coulée dans un vieil acier, le manche est en bois d'Amazonie.


Bob :
Maintenant, tu peux réellement me tuer si tu le désires.

Il sourit, Dana le regarde.

Dana :
Au cours de ma vie j’ai fait beaucoup de mal avec des mots, j’ai souvent insulté, j’ai été infecte avec certaines personnes, mais j’aimerais que tu comprennes que dans le monde où j'étais, tout est sans pitié. Les amis d’hier deviennent très rapidement tes ennemis du lendemain, ce n’est pas comme ici où nous avons besoin des uns et des autres pour survivre. Ici, les couples sont vrais, l’homme chasse et la femme s’occupe de la maison et des gamins. Là où je vivais tout est fait pour te faciliter la vie et lorsque la vie se complique un petit peu, on regarde les malheurs des autres pour se soulager.

Dana s’arrête de parler un moment puis reprend

Dana :
C’est étrange et impressionnant, j’étais tellement obsédée par l’idée de m’évader que j’en ai oublié l’alcool et la cocaïne !

Bob :
Je suis heureux de t’entendre dire ça. Ici, tu ne trouveras jamais de drogue et tu repartiras purifiée. En revanche, tu peux t’autoriser un bon vin de temps en temps. Sur ce point, je crois que nous sommes d’accord.

Bob pose son bras sur les épaules de Dana et lui dit 

Bob :
Viens, je vais te faire goûter un petit cognac, en réalité un excellent cognac, le plus parfait de tous ! Il est aussi doux qu’un poème, aussi agréable que la vue d’un champ de coquelicots ou qu’une fleur perlée par la rosée.

Dana pose sa tête sur l'épaule de Bob et tous deux rejoignent la terrasse de l’autre côté de la berge.


Pendant ce temps à New York …




Il est tard, très tard et Billy est derrière son bureau au 96ème étage. Des montagnes de dossiers de toutes les couleurs forment des tours de tous les côtés de son bureau. Derrière lui, une baie vitrée offre une vue imprenable sur la ville et les lumières de la nuit. Les téléphones n'arrêtent pas de sonner. Une femme rentre dans le bureau avec un plateau contenant des sandwichs, des sodas et un verre. Billy ne regarde même pas la femme, il est occupé au téléphone, mais d’un geste rapide de la main, il invite la femme à déposer le tout sur la table. Jolie et très élégante, la jeune femme n’a pas éveillé l’intérêt de Billy et c’est à se demander s’il s’est rendu compte qu’une personne est entré dans la pièce. C’est un acharné du travail, il oublie tout ce qui n’est pas dans le contexte professionnel. Il agit comme un robot, les sentiments ont disparu de son cerveau, il mange parce qu’il faut se nourrir.


Au village de Cipiano

Martella :
Hidalgo, va chercher la voiture.

Stephen écarquille les yeux et regarde tout ce petit monde bouger tout autour de lui.

Stephen :
Mais madame pouvez, vous m’expliquer ce qui…..

Martella le coupe et le regarde d’un air autoritaire

Martella :
Je te dois la vérité et si tu parles, je te prie de croire qu’Hidalgo te rasera de prêt.

Stephen ne comprend plus rien. Martella parle en brésilien et donne des ordres à plusieurs individus. Hidalgo arrive avec un Land rover flambant neuf et klaxonne deux fois, à ce moment-là toutes les fenêtres des maisons sur pilotis s’ouvrent, les commerces rouvrent et la musique se fait entendre dans toutes les demeures, les enfants sortent jouer, les gens sourient à Stephen et certaines personnes se mettent à faire quelques pas de danse.

Martella :
Nous nous méfions des étrangers et pour nous protéger nous ne montrons jamais notre Bonheur. Nous laissons croire que nous vivons dans une grande misère, car tu sais notre Bonheur … Il est à nous ! Nous le fabriquons tous les jours et nous surmontons nos détresses. Ici, il n’y a pas d’argent, mais les gens sont heureux et bien plus heureux que vous, autres dans vos métropoles. Et crois-moi, si un marasme mondial arriverait, nous serons certainement les seuls à survivre.
Vos populations mourront avant la nôtre, car vous avez tout perdu des valeurs humaines. Vous pensez argent, politique, affaire, business, malheurs des uns pour le bonheur des autres, etc. Allez ! Monte à l’arrière de la voiture.

Stephen obéit et s’installe à l’arrière du véhicule.

Hidalgo conduit à vive allure, Martella se retourne pour s’adresser à Stephen

Martella :
Maintenant, raconte-moi.

 
Pendant le trajet Stephen, raconte et quelques instants plus tard…


Martella :
Et comment va mon salaud de fils ?

Stephen hésite un peu.

Stephen :
Il vit perdu en Amazonie et…..

Martella :
C’est bien fait pour sa gueule, il a voulu vivre là-bas alors qu’il a un master en psychologie. Son truc à lui, c’est la jungle, Ho ! C’est sûr, lui aussi, aurait pu vivre en ville et gagner beaucoup d’argent, cependant, je suis bien heureuse qu’il ne soit pas tombé dans le piège des grandes civilisations, ha ha ha, des fous que des fous !

Stephen :
Un master en psychologie ?

Martella :
Oui et c’était un des meilleurs de sa promotion avec Luigi Montero.

Stephen :
Luigi ?

Martella :
Oui, tu le connais celui-la ? Ils étaient inséparables !

Stephen :
J’en apprends tous les jours !






Le véhicule ralentit puis s'immobilise devant un somptueux portail en fer forgé qui s’ouvre automatiquement à l’approche du véhicule de Martella.
À proximité, un garde armé contrôle les occupants du land et il salue Martella qui lui répond par un signe de la main. La voiture redémarre et emprunte une allée bordée de palmiers.
La pelouse est fraîchement tondue, l'allée est dallée de plusieurs couleurs, le véhicule passe devant une cascade artificielle d’environ dix mètres de hauteur et des rosiers parfument l’espace.








Stephen :
C’est magnifique ici ? Et ces rosiers !

Martella :
Ce sont tous des rosiers maillant.




Depuis l’intérieur du véhicule, on peut apercevoir une somptueuse piscine au milieu de laquelle une autre cascade descend d’un rocher qui semble être ici depuis toujours.

Stephen :
Chez qui sommes-nous ?

Martella regarde Stephen :

Martella :
Chez moi Stephen.




Le land rover s’immobilise devant une immense et magnifique hacienda.
Aidée par Hidalgo, Martella sort de la voiture. Stephen sort de l’autre côté et ne sait plus où regarder tellement les lieux sont superbes. Il sourit en se rappelant qu’il lui avait proposé d’acheter des planches pour construire une maison descente.

Martella :
Venez prendre des rafraîchissements, il y a du jus d’ananas et de l’eau fraîche.

Stephen :
On m’a déjà fait le coup !

Martella :
Pardon ?

Stephen :
Oh ! Je disais que je serai ravi de prendre un jus de fruit.

Martella et Hidalgo précédent Stephen qui regarde la beauté du marbre au sol et des plantes vertes puis Martella s'arrête et montre du doigt une direction …

Martella :
Avant que je n'oublie, récupérez aussi le sac que vous avez oublié dans le bus.

Stephen est scotché, il récupère son sac et vérifie si toutes ses affaires sont encore à l’intérieur.

Martella :
Il ne manque rien Stephen, sinon quel serait l’intérêt de vous le rendre




Puis le groupe pénètre dans un patio, des plantes grimpent le long des colonnes, des Canaries chantent, le site est enchanteur. Sur la table du salon en rotin rouge, une corbeille propose des fruits exotiques. Martella se débarrasse de ses guenilles pendant qu’un valet l’aide à enfiler un peignoir puis elle se dirige vers Stephen et s'assoit en face de lui. Elle allume une cigarette pendant qu’un second valet apporte un jus d’ananas, des glaçons et de l’eau fraîche.

Martella :
Je vous dois quelques explications. C’est Alan, le père de Michael et de Bob qui a fait construire cette somptueuse demeure ... Il venait ici de temps en temps, il restait quelques jours puis s’en retournait et moi, j'étais sa maîtresse. Vous comprenez, j'étais jeune, jolie, enfin, vous pouvez imaginer tout cela, n’est-ce-pas  Stephen ?

- Stephen :
Bien sûr, j’imagine bien et je ne doute pas un seul instant que vous fussiez jolie Martella.

 

Martella poursuit :

Martella :
Lorsque Robert est né, Michael avait 4 ans. Au début, Alan venait avec Michael qui n’était qu’un bambin, il ne peut pas se souvenir de ses séjours ici, il était bien trop jeune. L’enfant a grandi et Alan a décidé de ne plus l’amener ici, car il craignait que Michael parle de moi à sa mère. J’ai été très peinée de ne plus voir Michael d’autant qu’il adorait son petit frère, Bob ! Sur les conseils ou plus exactement sur les recommandations d’Alan, j’ai dirigé mon fils et je l'ai encourag
é


à poursuivre des études ..... Alan ne voulait pas que Bob saches qu’il était son père alors il a fallu dire à Bob qu’Alan était son oncle, l’oncle Sam ! Quelle idée ! J’ai obéit, car j’avais confiance en Alan, il ne faisait jamais les choses au hasard, vous savez .... Robert a donc toujours cru qu’il avait été élevé par l’oncle Sam ! Nous avons pris l’habitude de vivre ainsi et rien ne venait perturber notre sérénité. Robert a toujours été passionné par l’Amazonie. Il a fait ses études en même temps que Luigi et tous les deux étaient de brillants étudiants, ils travaillaient des journées entières. L’oncle Sam (Alan) apportait toujours des livres sur l’Amazonie et Robert les dévorait en une journée. Il connaissait tous les animaux et la forêt semblait ne plus avoir de secret pour lui, mais il lui manquait quelque chose, apprécier toutes ses connaissances sur place ! C’est ainsi qu’un jour, alors qu’ils avaient seulement 15 ans, Robert et Luigi sont partis vivre dans cette fameuse forêt, sans notre permission bien évidemment.

Martella se saisit d’un verre de jus d’ananas, elle avale une petite gorgée, elle reprend une autre cigarette, l’allume et poursuit….

Martella :
Nous les avons cherchés partout, Alan avait organisé des battues et tous les coins de la région ont été fouillés, mais personne n’a mis la main sur nos deux fugitifs. Et puis un jour, ils sont revenus à la maison, ils étaient méconnaissables, métamorphosés. Ils avaient simplement mûri, ils n’étaient plus des enfants, j’avais devant moi deux hommes. Robert a raconté ses périples à l’oncle Sam (Alan), je me souviens qu'après-avoir écouté son récit, Alan était comme magnétisé. Passionné par ce récit ... Alan a décidé d’aider, également, Luigi dans ses études et il ne l’a jamais regretté, car il a toujours été un garçon studieux, sérieux et honnête .... Le temps a passé puis, alors que Robert avait déjà trente-six ans, Alan, très fatigué, voire épuisé a demandé à Robert d’aider un certain Michael qui était accro à l’alcool, à la cocaïne et a beaucoup d’autres choses. Alan n’a rien dit sur le lien qui unissait les deux hommes. Robert à emmené Michael avec lui dans la forêt, ils sont restés six mois ensemble et j’ai su que cela ne s’est pas très bien passé. Ils ne se sont, plus jamais, revus. D’après ce que vous m’avez dit, je sais maintenant qu’ils ne se reverront plus jamais. Robert est retourné vivre dans la forêt amazonienne avec Luigi, son ami de toujours et Michael est retourné vivre à New-York, je crois comprendre que ce choix ne lui a pas été profitable. C’est assez triste.

Stephen :
Cette histoire est triste au point où elle se trouve aujourd’hui, mais Mike connaît la vérité et il faudrait tout dire à Bob.

Martella :
Mais dites-moi Stephen, n’avez-vous pas un gros problème à résoudre, un problème qui porte le nom de Dana ?

Stephen :
Le problème Dana est entre les mains de Bob et croyez-bien que je lui fais confiance.

Martella :
Alan est mort un an plus tard, c’était un homme bon. J’espère le revoir dans l’autre monde, car la vie n’est qu’une parenthèse à autre chose. À quoi ? Allez savoir ..... Tout peut se terminer comme un claquement de doigts, mais vous savez déjà ça. J’espère pouvoir garder mes souvenirs intacts les plus longtemps possible pour ne jamais oublier Alan.

Martella semble sortir d’un rêve, elle regarde Stephen …

Martella :
Bien Stephen, Hidalgo va vous raccompagner à Cipiano en hélicoptère, ce sera plus rapide et assurément plus sûr et moins fatiguant.

De ses deux mains, Stephen serre la main froide et veineuse que Martella lui tend, ils se sourient comme s’ils étaient de vieux amis.

Martella :
Stephen, vous êtes bel homme, je suis certaine que vous rencontrerez une femme extraordinaire au Brésil. N’hésitez pas à revenir me voir Stephen, vous serez toujours le bienvenu ici. Et merci pour votre proposition de planches !
Stephen se retourne et suit Hidalgo. Martella se rassoit, elle se rallume une cigarette et reprend ses rêves.


........... À Kikiwiwi


À Kikiwiwi, tout le monde, est occupé. Les trois hommes sont toujours affairés sur le tracteur. Dana se balade dans les environs sans trop s’éloigner, il semblerait qu’elle cherche quelque chose. Elle arrête son regard sur des planches, des bambous, des bouts de ficelle, des clous et des idées se mettent en place dans sa tête. Elle imagine une armoire, un lit, des étagères et toutes sortes de choses qui pourraient changer l’aménagement et le décor de la modeste pièce où elle vit. Elle coupe quelques fleurs, elle semble rêveuse, elle pense que si elle s’adapte, son année en Amazonie passera plus vite. Dans un an, elle retrouvera son monde et puis Bob n’est pas un mauvais bougre, au contraire elle reconnaît son intelligence. Elle sait maintenant qu’elle a beaucoup à apprendre de lui alors il est grand temps de s’adapter et de toute façon, elle ne pourra pas lutter contre lui. Cet homme semble tout connaître, elle lui voit même un sixième sens, voilà qu’elle le trouve, maintenant, extraordinaire.


Dana se rend compte que la force qui l’animait dans son monde pollué a bien peu d’utilité ici. Ici les valeurs ne sont plus les mêmes et elle doit réapprendre à vivre.

Bob :
Allez Julio ! Tourne la clef et fais-moi démarrer ce putain de tracteur !

Teu teu teu teu teu

Bob :
Attends Luigi ! Branche le fil rouge ici, on dirait que le problème venait de là, c’est bon Julio, mais n’insiste pas ok ?

Teu teu spam teu spam spam spam……. Le moteur démarre enfin, une fumée noire et nauséabonde se dégage, tout le monde sourit et au loin, Dana qui les observe est heureuse. Elle court vers eux pour apprécier ce moment ... Un moment simple qu’elle n’aurait pas pu connaître à New York. Dana s’approche tout prêt, le bruit du moteur est si fort qu’elle ne peut pas entendre ce que disent les hommes. Bob accélère plusieurs fois puis arrête le moteur.

Bob :
Dana, nous allons pouvoir accompagner Luigi à l'hélico puis nous ramènerons le reste des affaires, entre autres ta valise numéro 15.

Bob lui fait un clin d’œil.

Dana sourit.

Bob relance le moteur du tracteur qui redémarre au quart de tour et tout le petit monde monte, mais Bob s'aperçoit qu’un pneu est dégonflé.

Bob :
Luigi, à ton prochain voyage, apporte-moi un compresseur.

Luigi :
Il te faudra aussi un générateur pour faire fonctionner le compresseur.

Bob :
Merde ! Je n'y avais pas pensé ! C’est sûr qu’une pompe à vélo ne fera pas l’affaire, allez pour le compresseur !

Dana est amusée.

Dana !
Et c’est ainsi Bob, que petit à petit, on apporte la technologie en Amazonie ! Si tu te laisses tenter, un jour, tu vivras ici comme un New-Yorkais, avec toutes les technologies qui facilitent la vie des hommes, avoue que c’est tentant

Bob :
Je dois avouer que tu as raison, mais je ferais tout pour ne pas abuser des nouvelles technologies et mieux encore, je ferais de mon mieux pour ne pas me laisser prendre par cette évolution.

Dana :
Je sais,..... Tu vas acheter un compresseur, mais aujourd’hui, c’est moi qui vais te conseiller. Essaie de respecter les limites que tu t’es fixées, essaie Bob, car c’est très difficile de résister et je sais de quoi je parle.

Bob se retourne vers Luigi.

Bob :
Heureusement qu’elle est là pour me rappeler à l’ordre, ça alors ! Luigi, amène-moi simplement ce que je t’ai commandé et je ferai fonctionner le générateur avec une roue que la puissance du ruisseau fera tourner.

Alors que Dana a décidé de rester à Kikiwiwi, Bob, installé sur le tracteur, s’éloigne.

Dana :
N’oublie pas ma valise Bob !

Bob :
Ok Dana…. Ok

Le tracteur traverse la forêt et arrive à l'hélicoptère.

Bob :
Tu as vu ça, Luigi, tu as vu la réaction de Dana ?

Luigi :
J’avoue qu’elle m’a scotché, je suis surpris !

Bob :
Ce n’est pas surprenant Luigi, je commence à connaître Dana et je peux te dire qu’elle est à la recherche de responsabilités et je vais lui en trouver, ce sera un bon remède.

Luigi :
Surtout, n’oublie pas de le noter tout ça sur le cahier médical.

Luigi remet à Bob et à Julio toutes les affaires restantes et la valise numéro 15, la fameuse valise Dior ! Luigi se cale dans son siège et décolle avec une habilité exemplaire.


De retour à Kikiwiwi, Bob appelle

Bob :
Dana ! Ohé Dana !

Tout à coup, Bob a un doute et appelle plus fort.

Bob :
Dana ! Dana ! Mais où es, tu merde !

Dana sort de la maison de Bob …

Dana :
Je suis désolée, j’ai utilisé ta radio pour demander à Luigi de me ramener un appareil photo.

Bob court dans sa chambre, il regarde la radio puis son lit et juste à côté du lit il y a le fusil et cette fois, l’arme est chargée.

Dana :
Je n’y ai pas touché !

Elle quitte la chambre de Bob et se dirige vers son carbet avec sa valise et elle ajoute

Dana :
Tu ne devrais pas le laisser traîner, surtout chargé, cela pourrait être dangereux !

Et Dana ferme la porte de son carbet.



Pendant ce temps, Stephen est à bord d’un autre hélicoptère qui fait du sur place au dessus du village qui apparaît bien petit aux yeux de Stephen. L'hélicoptère se déporte lentement pour aller atterrir sur un terrain vague. L’engin soulève beaucoup de poussière, Stephen descend et dès qu’ Hidalgo voit Stephen en sécurité, il repart aussitôt.
Stephen le suit des yeux un moment et en l’espace de quelques minutes l'hélico n’est qu’un point noir dans le ciel.
Stephen se dit qu’il aimerait bien piloter un tel engin, il s’imagine déjà préparer le brevet.
En traversant le marché, Stephen achète une belle pastèque et des bananes. Il rentre dans le hall de l'hôtel et s’approche de la réception, comme d’habitude l’homme sort de derrière le Rideau et mâchouille un cigare.

Stephen :
Les clefs de ma chambre s’il vous plaît bo cosail.

L’homme ne sourit pas et remet les clefs et sans attendre, il disparaît derrière le rideau.
Stephen emprunte l'escalier, il ouvre la porte et son regard s’arrête sur l’enveloppe de Mike, elle est posée sous la lampe de chevet. Stephen s’immobilise un instant puis se déshabille et rentre dans la douche. Il ressort quelques instants plus tard, regarde à nouveau l’enveloppe et l'écriture de Mike “à ouvrir après mon décès”. Stephen se saisit de la pastèque et la coupe en plusieurs quartiers puis il sort sur la terrasse, il s'assoit et déguste paisiblement le fruit. Il observe les gens dans la rue et doucement dit 

Stephen :
Joyeux Noël Mike.

On frappe à la porte …
Stephen se lève rapidement et s’empresse de s’essuyer.

Stephen :
Ouiiiii ! Voilà ! J’arriiiiive, un petit instant.

Il ouvre la porte et écarquille les yeux.

Stephen :
Vous ?





La jeune femme qui se trouve face à lui est élégante, son bronzage fait ressortir de magnifiques yeux verts, il s'agit de l'hôtesse de l'air que Stephen avait rencontrée dans l'avion.


L’hôtesse :
Bonjour M. Accipalino, enfin bonjour Stephen, je m’appelle Anita.

Stephen :
Mais comment cela est-ce possible ? C’est bien vous qui jouiez à cache-cache avec moi depuis mon arrivée ici, n’est ce pas ?

Anita :
Oui Stephen et je dois dire que je me suis bien amusée.

Anita aborde un large sourire qu’elle accompagne d’un petit air moqueur. À son tour, Stephen sourit, mais il se sent stupide.

Anita :
Voulez-vous que je reste sur le palier ?

Stephen :
Oh non, excusez-moi, c’est l’effet de surprise, mais vous allez m’expliquer !

Anita rentre dans la chambre s'assoit sur le canapé.

Stephen :
Voulez-vous quelques fruits ?

Anita :
Non merci. Je travaille de temps en temps pour la compagnie aérienne air Brasilia, je fais des remplacements et cela me convient. Cela m’a permis d’acheter cet hôtel et ainsi, je peux prendre soin de mon père.

Stephen :
Le mâchouilleur de cigare ? Il ne comprend pas bien ce que je dis.

Anita :
Oui, c’est bien lui. Il aime bien fumer son havane, enfin, il donne plutôt l’impression de le manger, c’est vrai. Il s’appelle Paolo. Lorsque, je vous ai vu débarquer dans mon hôtel, je me suis dit que cela n’était pas le fruit du hasard, avouez que c’est étonnant ? La probabilité pour que cela se produise, ainsi, est infime !

Stephen :
Vous savez, à cinquante ans, le hasard et les probabilités, on n’y croit plus beaucoup. Pourtant, je rêve encore, un paradoxe me direz-vous. À mon tour de vous expliquer ce que je fais ici, mais je vais m’appliquer à raccourcir mon histoire qui est un peu longue. Pour faire simple, je vais remonter au mois dernier.

Stephen raconte son histoire.

Dehors, la chaleur est intense. Sur les toitures, on voit de vieilles tuiles souvent mal positionnées, puis il y a ces petites fenêtres et ces balcons sécurisés avec des rambardes en fer forgé. Les murs des maisons aux façades ocrées sont propres sur les hauteurs et décolorés au niveau du sol. Les habitants d’en face peuvent voir Stephen faisant les cent pas et qui s’exprime à l’aide d’une gestuelle caractéristique aux Italiens. Anita l'écoute avec passion. 


...... Chapitre XI ..... LE TEMPS PASSE VITE.


Six mois plus tard.


À Kikiwiwi, tout a changé. Il y a davantage de fleurs, certaines semblent s’être organisées pour border les allées. Une roue en bois tourne au rythme du ruisseau. Les carbets ont été repeints en blanc, tout est propre et agréable.

Dana a perdu tout ce qui lui restait de son allure citadine. Elle est toujours impeccable, mais elle porte des vêtements de circonstance ...  une chemise et un short kaki, des pataugas et un chapeau de brousse qui lui va plutôt bien. Ses cheveux sont plus longs qu'elle a noués en queue-de-cheval. Son visage est légèrement buriné, mais elle est assurément plus belle qu’à son arrivée. Son allure et ses gestes sont précis, on voit qu’elle est sereine et confiante.

En revanche, Bob n’a pas changé et pourquoi aurait-il changé d’ailleurs ? Il porte toujours son chapeau de brousse délavé, la même chemise, le même short.

Le soleil tombe sur l’horizon.


Bob :
Dana, hé Dana !

Dana :
Quoi ? Qu’est-ce que tu veux ?

Bob :
Peux-tu allumer le générateur, la lumière et venir me voir quelques instants, j’ai à te parler.

Dana :
Bob si c’est pour retourner à la cascade voltaire pour vérifier si ton piège de merde a fonctionné, ce n'est pas la peine. Si c’est pour que ça se passe comme la fois dernière …

Bob coupe net la conversation

Bob :
Bon sang Dana ! Je dois te dire quelque chose, allez viens !

Dana observe curieusement Bob, c’est plutôt rare de le voir dans cette position et s’il est ainsi, c’est que c’est important.
Dana s’empresse d’allumer le générateur, toutes les allées s'éclairent ainsi que les deux carbets. Seule la lampe de la terrasse ne s'éclaire pas, Bob la tapote et après quelques hésitations la lumière apparaît.

Dana :
Me voilà, qu’est-ce que tu veux ?

Bob s’absente un instant et ramène deux magnifiques et énormes verres à bulle remplis d’un liquide ambré. Il en tend un à Dana qui le prend tout en regardant Bob avec insistance.

Dana :
Bordel de merde Bob, c’est quoi ce cinéma, tu vas parler maintenant ?

Bob :
Dana, cela fait six mois que tu es là, déjà six mois, bon sang que le temps passe vite !

Dana :
Je ne suis pas bien d’accord avec toi, mais bon.

Bob arbore un air triste et ne répond pas à la provocation de Dana.

Bob :
Demain, Stephen te parlera à la radio, c’était prévu dans le contrat alors je voulais te dire de ne pas être dure avec lui. Ce serait bien que tu réfléchisses à ce qu’il a fait pour toi, crois bien que c’était dans ton intérêt, pour te sauver Dana, pour te sauver !

Dana :
J’ai déjà compris ça, Bob, mais j’avoue qu’une question me trotte dans la tête depuis plusieurs mois ... comment s’est-il procuré un million de dollars ? Cela reste une énigme moi. En ce qui concerne son initiative de m’envoyer ici, tu sais bien que je ne pourrais pas résister à l’envi de l’insulter, de lui foutre des baffes si je le pouvais et peut être le flinguer avec ton fusil s’il était en face de moi.

Bob sourit légèrement. Julio arrive à ce moment-là, c’est dans un français parfait qu’il s’adresse à Dana

Julio :
Allez ! Bouge-toi maman ! J’ai tout préparé pour la pêche et si nous ne partons pas maintenant, il sera trop tard pour l’aïmara.

Julio est souriant, Bob et Dana se mettent à sourire également.

Julio :
Allez ! Bouge-toi le cul maman.

Dana et Bob s'arrêtent de rire, Dana regarde Bob.

Dana :
Ça, c’est tout toi ! Il te ressemble, tu sais.

Bob gêné ne dit rien.


À l'hôtel Miranda.

Au village et à première vue, rien n’a changé, il y a toujours cette chaleur moite, les murs ocrés, le marché coloré par ses variétés de fruits, de légumes, de fleurs et tous ces gens qui semblent heureux et qui sont agréables à regarder dans leurs vêtements multicolores. Mais si on regarde d’un peu plus près, si on s’avance jusqu’à l’hôtel et qu’on y entre, on y voit Stephen qui aide Anita au service du restaurant. Très vite, ces deux-là se sont follement aimés et s’aiment toujours. Stephen a laissé sa chambre pour habiter avec Anita.

Sur l'étagère à alcool, se trouve l’enveloppe de Mike. Le papier a jauni depuis et bien que le pli n’ai jamais été ouvert, il est marqué par des froissures certainement dues à des maniements successifs. Il semblerait que l’enveloppe suive Stephen dans tous ses déplacements, l’objet est devenu une sorte de talisman, un porte Bonheur, un pli sacré qui renferme un secret.

La salle du restaurant est pleine, l’ambiance est chaleureuse, on y mange bien, les gens parlent et rient naturellement comme s’ils étaient chez eux.

Paolo assume fermement son rôle de caissier et cela lui suffit. Stephen porte des assiettes, puis il dessert une table et se dirige vers la cuisine. Il réapparaît avec plusieurs assiettes sur l’avant-bras et semble parfaitement assumer sa nouvelle fonction. Anita travaille dans la cuisine, elle dresse les assiettes, fait la plonge et enchaîne toutes les corvées les unes après les autres. L’établissement est modeste. Il y a beaucoup de travail et personne ne se plaint. Tout ça est agréable à observer, on y voit un couple heureux de travailler ensemble et un père admiratif de sa fille.

Stephen :
Anita ! Anita ! Il me faut encore du maïpouri, deux assiettes !

Anita à les mains occupées au fond de la plonge.

Anita :
Un moment Steph, je termine ça et je vais aller voir s’il en reste.






Anita s’empresse de terminer, elle s’essuie les mains et lorsqu’elle se retourne enfin, on voit son ventre bien rond.
Dans cette agitation, Stephen parvient à entendre la sonnerie de son téléphone portable ... il court et s’empresse de répondre puis brutalement, son visage change, il s’assoit sur une chaise.
Au centre de cette scène de vie chaleureuse, Stephen est maintenant isolé, il n’entend plus le brouhaha du restaurant. Anita s’approche doucement, elle a compris, elle est debout et son joli ventre fait face au visage blème de Stephen. Elle caresse la nuque de Stephen qui répond à son interlocuteur.

Stephen :
Bien, oui bien sûr je comprends. Quand aura lieu l’enterrement ? Oui, je te rappelle, merci Chris.

Stephen regarde Anita.

Stephen :
Mike est décédé la nuit dernière pendant son sommeil.

Stephen colle son oreille sur le ventre d’Anita qui lui caresse toujours la nuque.
Paolo, qui a observé la scène, intervient

Paolo :
Je vais m’occuper des derniers clients, ensuite, je nettoierai et je ferai ce qu’il reste à faire, ne vous inquiétez pas. Allez dans votre chambre et tous les deux, je suis assez grand pour fermer la boutique tout seul.
Stephen se relève, il enserre la hanche d’Anita. Tous les deux se dirigent vers l'étagère, Stephen prend l’enveloppe sans même la regarder.
Ils se dirigent vers l’escalier puis au bout de l’étroit couloir Anita ouvre la porte de leur chambre. La pièce est agréable, bien tenue et joliment meublée. Stephen s'assoit sur le lit, attrape un petit couteau et ouvre délicatement l’enveloppe, il attend un moment puis ouvre enfin le pli de son ami. Il n’y a qu’un seul feuillet, le texte est manuscrit et l’écriture est très appliquée, Stephen lit


''''''''''Bonjour Stephen,
Je suis maintenant dans une autre dimension, mais vois-tu, j’ai encore un service à te demander, avoue que c’est amusant.

Je sais que tu es maintenant proche de la vérité, tu connais mon histoire et je voudrais que tu dises à Robert que je m’en veux d’avoir été pénible avec lui, dis-lui bien que je m’en excuse.
Je n’ai pas toujours été agréable durant mon séjour en Amazonie, j’aurais aimé gommer cette partie de ma vie pour la revivre fraternellement.

Billy, ton avocat, te remettra un testament ...
je te lègue deux millions de dollars dont un pour rembourser Dana, le second est pour toi, j’espère qu’il t’aidera à concrétiser une partie de tes rêves.

Je lègue, également, à Christ, mon majordome, mon manoir et 5 millions de dollars, il les aura bien mérités.

Le reste de ma fortune, soit quinze millions de dollars à Robert Matoury, mon frère. C’est un bien maigre dédommagement qui ne compensera jamais l’absence, mais je sais qu’il en fera bon usage, c’est un homme bon et généreux.
Au revoir Stephen
Ton ami Michael Crawford '''''''


Stephen ne cherche pas à cacher ses larmes, il s’allonge sur le lit et reste silencieux. Anita sort de la chambre.

Quelques instants plus tard, Stephen quitte la pièce pour rejoindre Anita dans le restaurant. Il appellera Billy plus tard, le moment n’est pas propice et il préfère se remémorer les bons moments qu’il a passés avec Mike. Il se souvient de la sagesse de son ami, de sa bonté, de sa générosité, de son sens profond de l’amitié.

Les pensées de Stephen sont interrompues par le bruit d’une personne qui frappe à la porte.

Stephen :
Qui est-ce ?

Luigi :
C’est Luigi Stephen, allez ouvre vite, c’est le moment tant attendu, tu sais bien …

Sans se presser Stephen commence à déverrouiller la porte.

Stephen :
Quel moment ?

Luigi :
C’est aujourd'hui que tu dois parler à Dana à la radio. Je comprends que tu aies pu oublier, mais …

Stephen semble abandonner l’idée d’ouvrir, entièrement, cette porte.

Stephen :
Tu es sûr ? Ça fait déjà six mois que je suis ici ?

Stephen débloque les verrous et d’un air surpris, il le regarde dans l’espace que l’entrebâilleur a laissé entre les deux hommes. Luigi est en sueur et s’impatiente…

Luigi :
Bon sang Stephen ! Dépêche-toi de m’ouvrir !

Stephen réagit, il laisse entrer Luigi, mais il lui demande de rester près de la porte le temps pour Stephen de dire à Anita qu’il va devoir s’absenter un moment.


Dehors, la chaleur est intense et à cette heure-ci les rues sont désertes.
Les deux comparses s'éloignent de l'hôtel en direction de la maison de Luigi.


 À Kikiwiwi

Bob est positionné devant sa radio avec d’énormes écouteurs sur les oreilles et un micro devant sa bouche tandis que Dana qui semble inquiète reste debout derrière lui.

Bob :
AZ444 ici BA236 - AZ444 ici BA236 me recevez vous ?

La radio grésille, il n’y a pas de réponse. Bob manipule quelques boutons pour reprendre

Bob :
AZ444 ici BA236 - AZ444 ici BA236 me recevez vous ?

Enfin une voix nasillarde

Luigi :
Oui BA236, je vous reçois 5 sur 5

Bob :
Pas de problème de ton côté ?

Luigi :
Rien à signaler si ce n’est le stress de Stephen.

Bob se retourne vers Dana et dit

Bob :
Qu’il ne s'inquiète pas le stress est présent ici aussi.

Puis Bob reprend sa position normale face à la radio.

Bob :
Bien ne perdons pas de temps et plaçons nos deux couillons face à face, allez, c’est parti !

Dana agacée tire la langue à Bob.
Bob retire son attirail et invite Dana à prendre sa place, elle s’installe aussitôt, se coiffe du casque et saisit le micro 

Stephen :
Dana ?

Dana :
Oui, je t’entends !

Stephen :
Dana, j’espère et peut-être, naïvement, que tu ne m’en veux plus d’avoir pris la décision de t’envoyer chez Bob. Je sais ce que tu vas me dire, oui, je t’ai menti, mais tu dois maintenant savoir que c’était pour ton bien. J’ai dû user d’hypocrisie, de mensonges, de ruses et cela n’a pas été facile. Je t’ai également volé, mais …

Sans attendre Dana coupe net la conversation 

Dana :
Volé Comment ça, tu m’as volé ?

La radio reste silencieuse.

Dana :
Tu vas t’expliquer bordel ?

Stephen décide d’être direct.

Stephen :
Oui, je t’ai volé un million de dollars pour payer la prestation de Bob.

Dana se retourne et regarde Bob.
Bob souriant acquiesce d’un signe de la tête.

Dana :
Tu vas me le payer cher pauvre connard et …

Stephen lui coupe la parole.

Stephen :
Laisse-moi finir et tu te sentiras tout de suite mieux. Je te rembourserai intégralement dès ton retour.

Dana :
T’as intérêt, mais comment comptes-tu t’y prendre, tu vas le trouver mon million de dollars ?

Stephen :
Tu te souviens de Mike Dana ??

Dana :
Oui, je me souviens et alors ??

Stephen :
Hé bien, Mike est décédé et il m’a légué 2 millions de dollars dont un pour te rembourser.

Dana, Bob et Luigi sont tous surpris. Sur leurs visages, on voit de l’étonnement et peut-être même de l’envie.

Stephen :
Quant à sa fortune, c’est-à-dire quinze millions de dollars, il les a légués à Bob.

Dana, qui est estomaquée, se retourne et fige son regard sur Bob. Bob, qui ne semble pas comprendre, écarquille de grands yeux et reste coi. Luigi qui est tout aussi surpris que les autres regarde Stephen d’un air interrogateur.

Bob :
Dana laisse-moi la radio !

Bob arrache carrément l’appareillage et positionne seulement un écouteur sur son oreille et la bouche devant le micro 

Bob :
Qu’est-ce que c’est que ces conneries ??

Stephen :
Bob, connais-tu Michael Crawford ainsi qu’Alan Crawford ?

Bob :
Absolument pas !

Stephen :
Est-ce que tu te souviens de ta petite enfance ? Te souviens-tu avoir joué avec petit garçon prénommé Mike ??

Bob :
En effet, mais j’étais vraiment petit, je m’amusais avec un certain Michael et l’oncle Sam était son père. Mais je ne connais pas Alan Crawford, qui est ce type ??

Stephen :
En réalité, celui que tu appelles l'oncle Sam n’est autre qu'Alan Crawford.

Bob :
Et alors ?

Stephen :
Bob, je vais être direct, très direct ... Michael Crawford est ton demi-frère et par conséquent Alan Crawford était ton père.

Bob ne parle plus, il réfléchit un moment et dit 

Bob :
C’est quoi cette salade ? Tu me racontes des conneries Stephen et dis-moi, d’où sors-tu toutes ces histoires ?

Stephen :
De ta mère, Mme Martella Matoury elle-même, elle m’a tout raconté.

Bob :
Tu connais maman ? Tu es allé la voir ?

Stephen :
Oui et je dois dire qu’elle m’a aimablement accueilli dans son hacienda et …

Bob le coupe.

Bob :
Ha ha ha Stephen, tu devrais écrire des scénarios, tu es doué pour les histoires ! Tout ce que tu racontes est faut et archi faux ! Ma mère est pauvre et elle vit dans une maison en bois……

Stephen :
En paille Bob, en paille ! Une cabane en paille plus précisément. J’ai aussi rencontré Hidalgo, très bon pilote d'hélicoptère d’ailleurs.

Bob :
D’où tiens-tu toutes ces informations, si on peut parler d’informations ?

Stephen :
Je n’ai aucun intérêt à mentir, Bob et maintenant laisse moi te raconter l’histoire.

Pendant que Stephen raconte cette histoire invraisemblable, Dana et Luigi restent tout ouïe. La radio laisse filer la voix de Stephen qui s’étend jusqu’aux abords de la forêt. Il parle sereinement pendant que le soleil se fond sur l’horizon.



Une semaine plus tard à New York.

Il pleut sur le cimetière de Sainte Anna. Un prêtre accompagné de deux enfants de cœur donne la bénédiction au défunt. Seules trois personnes sont présentes à la cérémonie : Stephen, Billy et Chris

Billy regarde Stephen qui est ailleurs, il n'entend pas le prêtre. Stephen est plongé dans ses souvenirs, il se souvient des longues soirées passes avec Mike. Il pense aussi à l’étonnement de Bob qui malgré sa formation de psychologue, ne semble pas réaliser qu’une telle histoire de vie pouvait le concerner.




Après que Stephen et Billy aient déposé deux roses sur le cercueil, un employé des pompes funèbres actionne un petit moteur qui fait descendre lentement la boite dans la fosse.


Les deux hommes se dirigent vers une voiture noire.
Le chauffeur ouvre les portières arrières, Stephen et Billy montent dans la voiture. La limousine est confortable, le conducteur est impeccable et discret, il met le moteur en route et l’on entend le craquement des graviers sous les pneus. Billy se tourne vers Stephen.

Billy :
Que comptes-tu faire maintenant ?

Stephen :
Je vais aller en France pour rencontrer ce fameux Marcel Carriege, peut-être pourra-t-il me donner des renseignements complémentaires et s’il ne peut pas, je peux t’assurer que je n’aurai pas perdu mon temps, car ce cognac est fameux et je compte bien en recommander. Je veux également que tu fasses quelque chose pour moi, Billy.

Billy :
Tout ce que tu veux Stephen





Stephen tourne la tête et regarde maintenant au-dehors.


Stephen :
Je veux que tu vendes toutes mes actions, que tu vendes mes parts de marché, que tu vendes mon appartement et tout ce qui se trouve à l'intérieur ... je ne veux plus rien ici, fini New York !

Stephen s’interrompt un moment puis reprend

Stephen :
La prochaine fois que nous nous verrons, ce sera pour en finir avec mes affaires ici, je ne veux plus rien, absolument plus rien avoir à faire à New-York.

Billy :
Tu es sûr de toi, ta décision est bien réfléchie ?

 

 

 

Je veux tourner cette page, je veux vivre autre chose. Ma vie avec Anita est cette autre chose merveilleuse et bientôt, nous serons trois. On ne peut pas se tromper lorsqu’on investit pour que son enfant puisse acceder à la connaissance, au savoir et on ne se trompe jamais lorsqu’on investit dans l’amour simple et sincère.

Puis Stephen regarde vers l’extérieur, les rues de New-York …

Stephen :
Tu es New-Yorkais Billy, un brillant avocat d'affaires qui sait multiplier les dollars, c’est ton métier et c’est aussi ta vie. J’imagine bien que tu as quelques difficultés à me comprendre, mais vois-tu, là où je vis, on peut se nourrir et vivre décemment pendant un mois avec cent dollars. Si la vie ne m’avait pas conduit jusque là, je ne crois pas que j’aurais compris cet état d esprit. Rien, absolument rien, au cours de mes longues études, on ne m’a pas appris cette philosophie. Je suis comme un nouveau-né, je découvre la vie et c’est maintenant, à cinquante et un an que j’apprends à marcher !


À Kikiwiwi.

Bob est assis devant la table avec une bouteille de cognac au ¾ vide. Il se ressert une rasade. Sa main tremble, il a quelques difficultés à se resservir correctement, il prend une première gorgée puis termine cul sec son verre. Il se sert à nouveau et Dana, qui est à ses côtés, lui dit

Dana :
Est-ce que tu te rends compte de ce que tu peux faire ici, Bob avec cet argent ?

Bob tourne la tête, saoul, son regard est vitreux, il lui répond 

Bob :
Et qu’est-ce que tu veux que je fasse hein ??? un hotel cinq etoiles ??? C’est ça, un hôtel cinq étoiles pour ma chère Dana et ses convictions vénales ? Je…jyea…..j'étais tranq….J'étais tranquille avant , je ne suis pas habitué à cela, je ne suis pas habitué à l’argent.

Dana :
Ne t’en fais pas trop va, on s’habitue très rapidement et je ne te disais pas d’ouvrir un hôtel, ça, j’aurais pu te le dire avant ! Avant qu’on ne se connaisse Bob.

Tous les deux se regardent comme s’ils se remerciaient mutuellement.

Bob :
Que veux-tu dire ma Dahana ?

Dana :
Je ne veux rien dire pour le moment nous concernant, mais avec cet argent, tu pourrais créer un dispensaire, tu pourrais envoyer Julio faire de bonnes études, tout ça sans pour autant chambouler la vie de Manacoco. Tu pourrais simplement améliorer leurs vies à tous, et qui pourrait le faire mieux que toi, qui ? Tu as la connaissance Bob, alors tu sais ce qu’il faut faire de cet argent ! Et puis, pense à en faire profiter Julio, ne fait pas comme ces vieux cons qui gardent tout pour eux-même la connaissance. Un jour, il faudra préparer Julio alors autant commencer maintenant.

Bob :
Tu as raison Dana……Mais je voudrais que tu m’aides……Deux réflexions cralentValent mieux qu’une…..Dana je voud….Je voudrais que tu me rendes un service Dana….

Dana :
Bob, tu es saoul ! Demain, nous pourrons en rediscuter.

Bob :
nonnn, nooooonn Dana……. Je voudrais juste que tu me chantes la chanson des couches culottes bobycoton…….Ha ouiiii, c’est cela les couche bob cton ….bodlychoton

Dana :
Va te faire foutre idiot et va te coucher toi et tes couches body-coton !


...... Chapitre XII ..... DÉCOUVERTE DE LA FRANCE


En France à Cognac.

Sur un air d’accordéon, le bus s’arrête dans le petit village de Segonzac située en Charente, dans le Sud-ouest de la France ... la commune est la capitale de la Grande Champagne, premier cru du cognac. Le chauffeur ouvre les portes et Stephen descend, il s’arrête un instant pour remercier aimablement le conducteur.

Le chauffeur du bus :
Allez à la mairie et ils vous diront tout ce que vous voulez savoir sur ce fameux Georges Carriage.

Stephen :
Marcel, Marcel carriege !

Le chauffeur du bus :
Ha oui, Marcel, allez au revoir et comme on dit chez vous baille baille (bye bye)

Stephen marche un peu au hasard, il prend le temps de regarder ces maisons toutes en pierres de granit et leurs toitures en llose. Une odeur de pain de campagne embaume la rue où il se trouve et plus loin une odeur de foin fraîchement coupé. La température est agréable, il retire sa veste. Il passe devant une école ou des enfants jouent derrière la grille...

Ils interpellent Stephen 

Les enfants :
“Bonjour monsieur”,

Stephen leur répond et les enfants sont amusés par son accent.

Un des enfants :
Ho un Anglais, c’est un Anglais le monsieur !

Stephen :
Hey you ! Je suis américain, italo-américain.

Une institutrice s’approche du portail pour voir ce qui distrait ces enfants et leur demande d’aller plus au centre de la cour. Elle regarde Stephen et lui demande ce qu’il veut.

Stephen :
Je cherche, M. Carriege Marcel, le connaissez-vous ? Il fabrique du Cognac.

L’institutrice :
Je le connaissais bien, Marcel, mais il est mort depuis dix ans maintenant.

Stephen :
Ha ! Et qui a repris sa fabrique ??

L’institutrice :
Je ne sais pas, mais allez voir son fils, il habite à deux cents mètres d’ici, sur votre gauche. Vous verrez la boite aux lettres est rouge, mais prenez garde aux chiens.

Stephen :
Ok merci pour ces précisions, bonne journée.




Stephen repère la boîte aux lettres rouge, mais il hésite à franchir le portillon. En effet, il ne les voit pas, mais il entend des chiens aboyer. Pensant que ces derniers sont dans un enclos, Stephen entre, mais rapidement s'arrête net ... Les chiens courent dans sa direction et stoppent leur course juste devant lui. Une voix les rappelle, Stephen se sent mieux.
Le propriétaire avance, l’homme doit avoir cinquante ans, il est vêtu d’un bleu de travail délavé, il a une serviette de table autour du cou, sa bouche est huileuse et il termine de mâcher une bouchée du repas que visiblement Stephen a interrompu.

Le propriétaire :
Bonjour, que voulez-vous ?

Stephen :
Je voudrais rencontrer le fils de Mr Marcel Carriege.

Le propriétaire :
Je suis son fils.

Stephen :
Ok, je suis ravi monsieur. Voilà ce qui m’amène, je viens de New york et j’apprécie particulièrement votre cognac, je serais heureux de connaître votre fabrique et de pouvoir passer régulièrement des commandes.

Le propriétaire :
Ha, je suis désolé, mais toute ma production est déjà vendue, vous savez, j’ai une petite exploitation.

Stephen :
Oui, on m’a parlé de votre exploitation, mais je n’imaginais pas que toute votre production se vendait aussi rapidement. Mais qui peut bien acheter toute votre production ?

Le propriétaire sourit laissant apparaître quelques aliments entre ses dents.

Le propriétaire :
Ha ça monsieur, c’est confidentiel, je ne peux pas livrer les noms de mes clients.

Stephen :
Est-ce que le nom de Michael Crawford ou peut-être d’Alan Crawford vous dit quelque chose ??

Le propriétaire s'arrête de sourire.

Le propriétaire :
Mais qui êtes-vous ?

Stephen :
Je suis un ami de Mike Crawford et je suis triste de devoir vous dire qu’ils sont décédés tous les deux.

Le propriétaire perd son sourire.

Stephen :
Serait-il possible de visiter votre cave ?? Michael Crawford m’a fait découvrir votre cognac et je dois dire que je n’en ai jamais goûté de meilleur !

Le propriétaire :
C’est une bien triste nouvelle que vous me dites là. Il est vrai que depuis huit mois Mr Crawford ne m’a plus fait de commande et je ne reçois plus de virement. Venez, je vais vous faire visiter ma cave, suivez-moi.

Et tout en marchant en direction de la cave le propriétaire dit




Le propriétaire :
Je ne fais que la grande champagne, c’est la plus fine eau de vie de Cognac. Elle est produite sur une zone de 34 703 hectares, laquelle est consacrée pour 17 pour cent à la production dont le cœur est la petite ville de Segonzac, ici en Charente. La grande Champagne est exclusivement située dans ce département. Au fait, je m’appelle Jules et vous ?

Stephen :
Stephen, je m’appelle Stephen.




La visite se poursuit, Jules raconte aisément à Stephen toutes les étapes de la distillation charentaise. Stephen admire longuement l’alambic en cuivre pendant que Jules lui explique le principe de la double chauffe.

Jules :
Pour que le liquide ainsi obtenu soit buvable, il faut d’abord le stocker dans des fûts de chêne et il ne s’agit pas d’une qualité ordinaire de chêne Stephen ! Sans ces arbres des forêts du Tronçais et du Limousin, nous n’obtiendrions pas cette qualité exceptionnelle.

Les deux hommes pénètrent dans le chaix et Jules continue son exposé sur le vieillissement qui devra durer plusieurs années. Stephen est enchanté et il comprend maintenant pourquoi le prix du cognac est élevé. Stephen est admiratif par la passion qui anime Jules et il l’écoute avec beaucoup de Plaisir.
Tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend, tout ce qu’il sent et les quelques secrets que Jules a bien voulu lui confier lui permettent de comprendre pourquoi le Cognac Marcel Carriege est si cher.




La cave est fraîche et sent bon l’humus, on y est bien !

Jules :
Une cave reste toujours à température ambiante, c’est pour cela que cette zone est bénéfique pour le Cognac et les vins également. Voilà Stephen vous y êtes, je ne fais que 30 litres par an dont dix que je garde pour moi, ma famille et mes amis proches. Depuis des années, je réserve les 20 litres restants à Mr Crawford ... Ses commandes n’ont jamais changé ... j’en envoie huit au Brésil chaque année et douze à New-York ... Le meilleur moment de la visite, c’est maintenant Stephen, ha ha ha. Je vais vous faire goûter mon dernier-né !

Stephen :
Bien volontiers Jules, bien volontiers !

Stephen observe Jules et remarque que ses mains sont fortes, ses doigts légèrement potelés et craquelés par ce travail acharné dans les vignes ... . Pour autant, Jules est très adroit, il saisit deux verres de dégustation, il ouvre le robinet du fût dans un couinement et laisse couler l'élixir ... Il tend un verre à Stephen qui prend le temps de regarder la couleur, il fait tourner délicatement le Cognac sur les parois du verre, il hume et sous l’œil amusé de Jules, il prend une gorgée ... La saveur et le moment sont délicieux. Il le garde, un bref instant, en bouche et à ce moment-là le souvenir de Mike revient à sa mémoire.

Stephen :
Votre Cognac est délicat Jules, c’est-à-dire parfait et donc unique !

Jules n’est pas surpris, il connaît la renommée de sa fabrication.

Jules :
Je constate que tu sais reconnaître les bonnes choses et j’apprécie tout l’intérêt que tu portes à mon Cognac. Maintenant que tu as découvert ma cave et une grande partie de ses secrets, tu l’apprécieras davantage.

Stephen :
Vos cultures, vos traditions sont exceptionnelles Jules et je suis ravi de prendre la suite de Mike pour l’acquisition des vingt litres annuels.

Jules :
Moi de même Stephen, je suis bien triste d’avoir appris le décès de M. Crawford mais en même temps, je suis heureux de savoir que tu prends sa suite. Oh non pas que je m’inquiète pour la vente de mon Cognac, mais je sais que je le vends à une personne qui aime mon travail tout comme M. Crawford.

Stephen :
Mike serait heureux de me voir ici aujourd’hui.

Jules :
Où est-ce que tu loges pendant ton séjour ici ?

Stephen :
On m’a indiqué un hôtel dans un village voisin.

Jules :
Pas question ! Tu es mon invité, il y a tout ce qu’il faut ici ! Ma femme est une excellente cuisinière et dès ce soir, tu vas découvrir les spécialités du pays et crois-moi, tu ne regretteras pas d’être venu jusqu’ici. Cela dit, tu retourneras dans ton pays avec quelques kilos en plus ha ha ha.

Stephen :
J’accepte l’invitation avec grand Plaisir.


...... Chapitre XIII ..... CHAMBOULEMENT


Pendant ce temps-là à Kikiwiwi.


Bob transporte des planches de bois à Manacoco afin de construire un dispensaire. Dana aide les amérindiens à débroussailler manuellement, car Bob ne veut pas changer les habitudes des villageois. Il a cependant demandé à Luigi de lui apporter des scies, des couteaux, des ciseaux et divers autres outils.
Pendant qu’un groupe d’hommes de Manacoco sont partis chasser, les autres s’emploient à la construction du dispensaire.
Les femmes préparent les repas et tout le monde travaille dans la joie et la bonne humeur.
Dana est resplendissante, elle semble très heureuse. Elle aide les femmes, elles échangent leurs savoirs et il n’est pas rare de voir Dana partir en forêt pour aller cueillir des mélastomatacés (genre de groseilles sauvages) ou des fruits qui serviront à préparer des boissons pour les travailleurs.

Bob et Dana ne sont pas ensemble dans la journée, mais ils se retrouvent le soir. Ils sont éreintés, mais ils partagent le plaisir de se retrouver à la fraîcheur du soir. Après le repas, ils s’allongent sur des chaises longues, ils dégustent ensemble le Cognac de Marcel et fument un cigare. La plupart du temps, ils s’endorment sur leur chaise longue pour le grand plaisir des moustiques.

Il manque quelqu’un dans ce décor paradisiaque, Julio !

Julio est à des centaines de kilomètres d’ici, il est entré à l'université de Pablo Mendes et il n’apprécie pas du tout son nouveau style de vie. Il ne comprend toujours pas la décision de Bob et de Dana l’obligeant à étudier.

Julio est malheureux dans son nouvel environnement, il passe la majeur partie de ses journées assis sur une chaise à écouter des professeurs. Il est assez attentif, mais il doit souvent repousser ses pensées qui le propulsent vers Manacoco et les amis qu’il a dû quitter. Il pense surtout à Yameni la fille du chef du village Zimini et il espère qu’elle l’attendra.
Julio est un très bon élève ... Depuis toujours Bob l’a préparé, il ne lui a jamais caché qu’un jour, il l’enverrait étudier.
Dana s’est montrée très attentionnée à l’égard de Julio, elle lui a beaucoup parlé de l’intérêt des études cependant elle n’a pas caché sa tristesse de le voir s’éloigner.
Julio rentre à Kikiwiwi tous les derniers week-ends de chaque mois. Dès son arrivée, il enlève ses vêtements et retrouve ses habitudes, il va chasser et voir ses amis.

Et pendant ce temps, à l'hôtel Miranda

Anita a mis au monde une petite métisse qui porte le nom Nina-amazone Accippalino. L’enfant à maintenant deux mois et la petite métisse à les yeux verts comme sa maman.
L’héritage de Stephen est, en partie, employé à la rénovation de l’hôtel. Les peintures et la décoration sont refaites et il y a des ventilateurs partout.

Stephen, qui est devenu un passionné de l’Amazonie, l'étudie et part régulièrement en expédition avec des guides. Il s’intéresse à sa préservation ainsi qu'à celles des ses ruisseaux et de ses animaux. Il s’est offert un hélicoptère R66 de Robinson et apprend à piloter avec Luigi.

Maintenant, que Stephen est pleinement heureux dans sa nouvelle vie, il s’aperçoit que le temps passe vite, beaucoup trop vite. Il aimerait que ce temps se fige maintenant et ici, là où il a rencontré la vie. Son horloge biologique commence à lui jouer des tours, elle lui rappelle que chaque instant est important et qu’il n’est plus question de la gaspiller.

Il se demande si quelque part dans l’espace, dans le ciel, ou même plus bas sur la terre, si quelque chose inscrira à tout jamais son histoire.


...... Chapitre XIV ..... FIN DU STAGE



À Kikiwiwi,

La nuit est tombée, les insectes grouillent autour des lampes éclairées et les oiseaux de nuit lancent des cris qui parfois déchirent le silence. Tout semble paisible et tout serait parfait s’il n’y avait pas ces satanés grillons qui vous tracassent les oreilles avec la même virulence que des acouphènes.

Comme souvent, sur la terrasse, Dana et Bob sont allongés sur leur chaise longue disposés l’une à côté de l’autre et comme d’habitude, ils ont un verre de Cognac dans une main et un cigare dans l’autre. Leurs regards sont dirigés vers la forêt et tous deux apprécient ces moments heureux, simplement heureux.

Bob :
As-tu pensé à emmener le petit Cissiou au dispensaire ?

Dana :
Bien sûr Bob, quelle question ! Tu sais bien que je n’aurais pas oublié !

Ils se taisent un moment puis …

Dana :
Au fait, il y a plus de pénicilline, il faudra en recommander.

Bob tourne la tête en direction de Dana

Bob :
Comment ça, il n’y en a plus ?? Ça fait à peine un mois que Luigi nous en a apporté quarante doses, ce n’est pas possible, ils les avalent ou quoi ?

Dana :
En réalité, il reste encore dix doses, mais il serait prudent d’anticiper le réapprovisionnement. Les hommes travaillent beaucoup, mais ils ne sont pas toujours habiles et tu sais qu’ils se blessent souvent !

Dana tourne la tête vers Bob.

Dana :
Ces crétins ! Ils se blessent et ne le disent pas ! Alors bien évidemment, il y a souvent des infections. L’autre jour, j’en ai vu un qui ne pouvait plus marcher, les femmes lui avaient posé des feuilles machouillées sur sa plaie, mais tu penses bien que dessous ce n’était pas beau à voir, je t’épargne les détails, tu les connais. J’ai fait ce que j’ai pu, j’ai nettoyé, mais je t’avoue que les bestioles sur la plaie m’ont coupé l’appétit. Il est urgent que tu leur apprennes à voir les choses autrement Bob.

Bob :
Je sais Dana, je sais ! Tu me reparleras de ça demain si tu veux bien ?

Dana :
C’est pourtant toi qui as lancé le sujet ?

Bob :

Comment ça moi ? Je t’ai simplement posé une question, je ne t’ai pas demandé de me faire un exposé détaillé.

Dana :
Tu me parles du problème de Cissiou et ça m’amène à te dire tout naturellement qu’il faut recommander de la pénicilline. On ne va tout de même pas attendre qu’ils perdent un membre les uns après les autres pour se réapprovisionner, c’est un monde ça alors !

Bob :
Stop, stop, ça suffit Dana, tu m’énerves là !

La conversation est coupée par les appels de Luigi à la radio.

Luigi :
BA236 ici AZ444, me recevez vous ?

La radio répète.

Luigi :
BA236 ici AZ444, me recevez vous ?

Dana ne bouge pas tandis que Bob se relève difficilement, il se dirige vers la radio qui n’est qu’à 3 mètres.

Luigi :
BA236 ici AZ444, me recevez vous ?

Bob :
oui oui, je te reçois, que veux-tu AZ444 ?

Luigi :
Bordel ! Mais ou étais tu ? Ça fait une heure que je t’appelle ?

Bob regarde Dana …

Bob :
Vois-tu ça Dana, tu n’as pas l’impression qu’il exagère un petit peu ?

Dana :
Oui et alors je m’en fous

Bob :
Oui AZ444, excuse moi, mais j'étais trop loin pour entendre la radio.

Je suis arrivé avec le tracteur et j’ai crevé quatre fois avant de te répondre, désolé mon vieux.

Luigi :
C’est bon n’exagère rien, je ne suis pas si stupide que ce que tu veux laisser croire !

Bob :
Ok Luigi, bon alors viens en aux faits ?

Luigi :
Est-ce que Dana est à côté de toi ?

Dana :
Non ! Dis-lui que ….. Que …. je ne sais pas, dis lui que je change la roue du tracteur ha ha ha.

Bob :
Non, elle est en train de changer la roue du tracteur.

Luigi :
Ha bon ? Bref … Billy, l’avocat de Stephen, est à côté de moi et comme elle m’a dit qu'elle voulait lui parler alors …

Dana se relève et s’approche rapidement.

Bob :
Tiens donc, la voilà, quand elle veut, cette nana te change les quatre roues d’un tracteur en un temps record ! Je te la pas…

Bob n’a même pas le temps de finir sa phrase que Dana lui arrache le micro ainsi que les écouteurs.

Dana :
Oui Billy, je suis là !

Bob s’adressant à Dana

Bob :
D’abord, il faut dire AZ444 me recevez vous ?? Et pas oui Billy ou ok, je suis là !

Dana lance un coup d’œil agressif à Bob qui détourne le regard en pouffant de rire.

Billy :
Oui Dana, je t’entends, que veux tu me dire ?

Dana :
Billy, je voudrais que tu vendes ma maison ainsi que mes actions et tout ce que je possède et pour finir, je voudrais que tu payes Idji et de lui dire de m’attendre, dis-lui bien que je ne veux pas me séparer de lui.

Bob a perdu son sourire, il réalise que le temps est passé et que Dana va bientôt partir.

Dana ressent la douleur de Bob et elle ajoute.

Dana :
Ne venez pas me chercher la semaine prochaine …

Bob est surpris, il écarquille ses yeux.

Dana :
je passerai Noël et le jour de l’an avec Bob, venez … Disons …

Dana regarde Bob qui de dos écoute la réponse de Dana.

Dana,
disons le 5 janvier.

Billy :
Bien Dana, c’est noté.

Dana :
Je dois vous laisser, je suis fatiguée et je vous reçois mal, merci d’avoir appelé, merci Billy.

Dana enlève doucement son casque, elle dirige son regard vers Bob qui est de dos, ni l’un ni l’autre n’osent parler. Dana s’approche de lui et pose une main sur son épaule.

Dana :
C’était prévu comme ça, tu le sais bien !

Bob se retourne.

Bob :
Je n’ai pas vu le temps passé ! Tu sais Dana, je suis peut-être un rustre à tes yeux, mais il m’arrive à moi aussi de rêver. Je suis épuisé, je vais me coucher.

Sans regarder Dana, Bob se dirige vers sa chambre, il ferme la porte et tire le rideau des fenêtres.

Dana reste plantée devant la chambre de Bob.

Dana :
Bob, hey Bob ! Tu ne prends pas de douche avant d’aller te coucher ?

Bob :
Fous-moi la paix !

Dana sourit et Bob, qui est allongé de côté sur son lit, sourit également.


À l'hôtel Miranda


Anita, Stephen, Luigi et Billy sont à table, ils boivent une bière et l’ambiance n’est pas à la fête ! Personne n’ose parler, l’aventure se termine !

Tout le monde a gagné en expérience de vie, ils le savent et pourtant …

Même Billy, l’avocat d’affaires à compris qu’un jour, il faudra qu’il prenne, dans sa vie, un virage à 180 degrés afin de se sentir exister. Un jour, il abandonnera ses clubs, ses parties de golf et son bureau. Son travail lui apporte un sentiment de réussite, mais il se dit qu’il est temps d’écouter son cœur. Cette aventure lui a permis de faire le point sur sa vie, ses réussites, ses échecs et maintenant que veut-il ? Il se dit que nous sommes tous logés à la même enseigne, que ce soit le riche, le pauvre, l’alcoolique, l’handicapé, il y a un moment dans la vie, un moment bien précis où l’on se dit qu’une remise en question n’est pas un luxe.

Nous sommes le cinq janvier et pendant que Luigi fait décoller son hélicoptère sous le regard d’Anita, Stephen et Billy,


À Kikiwiwi


Dana prépare ses affaires, les valises Dior n’existent plus. Dans ses sacs marins en tissu, il y a des statuettes, des couteaux, des tapis et autres souvenirs du village de Manacoco. Cependant ses bagages sont tout aussi nombreux qu’à son arrivée et la remorque du tracteur est pleine.

Dana s’approche du tracteur et ouvre le capot, elle pompe l’essence, réajuste un tuyau puis elle dit à Bob qu’il ne faudra pas oublier de le changer, qu’il est trop court. Ses mains sont pleines de cambouis, elle prend un chiffon pour les essuyer, elle stoppe son geste et observe le chiffon et elle s’aperçoit qu’il s’agit d’un morceau d’une de ses anciennes robes JP Gaultier, une robe à six mille dollars qu’elle avait achetée en promotion.
Dana se sépare très vite de ce souvenir, remonte sur le tracteur et démarre. Bob dépose ses derniers bagages dans la remorque, il ne parle pas.

Dana brise le silence

Dana :
Que vas-tu faire une fois que je serais partie ?

Bob :
J'hésite entre la corde, le fusil et le couteau.

Dana :
Arrête tes conneries ! Putain qu’est ce que tu peux être con parfois ?

Bob tourne la tête et lui sourit.

Bob :
Tu sais Dana, les artistes créent des œuvres, mais seule l’une d’entre elle est unique et on ne peut pas lui accorder de valeur. Crois-moi Dana, de toutes les personnes qui ont suivi une thérapie ici, tu es le résultat de mon plus beau travail, mon chef d’œuvre !

Bob sourit en guise de provocation.

Dana :
Imbécile ! J’étais enfin décidée à te chanter la chanson de la pub de bodycoton et bien, tu viens de me couper les jambes !

Bob poursuivant la plaisanterie

Bob :
Ho non Dana, ça fait un an que j’attends ça, ne soit pas cruelle !

Dana :
Et toi, hein toi ! Ça fait un an que tu m’emmerdes, allez, va te …

Puis Dana chantonne la chanson et Bob l’accompagne…

Dana prend place sur le tracteur qui s’enfonce dans la forêt en direction de la piste d'atterrissage de l'hélicoptère, puis l’engin fini par disparaître à travers les feuillages.
Malgré le bruit du moteur, on peut entendre Dana et Bob qui chantent encore.
Subitement, le moteur tousse, il ralentit puis redémarre, tousse à nouveau et s'arrête.

Dana :
Bordel ! Qu’est-ce qu’il a encore ce moteur ?

Bob :
C’est à n’y rien comprendre ! Il fonctionnait parfaitement bien et voilà qu’il fait des siennes juste maintenant ! J’ai pourtant changé toutes les pièces, je l’ai remis à neuf ce tracteur. Donne-moi une masse, je crois que je vais l’achever ce satané tracteur !

Dana :
Je vais en prendre deux, moi aussi, j’ai travaillé à sa restauration alors maintenant, je vais travailler à sa destruction définitive !

Bob :
Dis-moi Dana, tu as mis du fuel dans le réservoir ?

Dana :
Non, c’est toi qui devais le faire !

Bob :
Comment ça moi ? Bordel de merde ! Je ne peux pas penser à tout Dana !

Dana :
Ne dis plus jamais bordel de pompe à merde……Compris ??

Bob :
Mais je n’ai pas dit ça ! J’ai dit bordel de merde….

Dana :
C’est pareil !

Et au cœur de la forêt seules les voix de Dana et Bob se font entendre et il semblerait que les animaux se sont tus pour écouter ce dernier échange. Au cœur de la jungle amazonienne et pour ce dernier instant passer ensemble, ils sont seuls au monde.



...... Chapitre XV ..... ÉPILOGUE



Vingt années ont passé …





La forêt d’Alaska est enneigée et de la fenêtre, on peut voir ces arbres à perte de vue.

Dans une petite clairière un chalet construit de rondins énormes dans un écrin de verdure et de neige se sent bien seul.

Sur la route un véhicule 4x4 se dirige vers la maison de bois. La voiture s’arrête, un homme âgé sort et se dirige vers la porte. L’épaisseur de neige alourdit sa marche, il s’aide d’une canne pour ne pas tomber. Dans sa main gauche, il porte un sac rempli de nourriture. Il monte sur les planches de la terrasse et tape du pied pour dégager la neige de ses chaussures. Il entre et pose son colis, il se déchausse et une voix de femme se fait entendre

La voix féminine :
Idji, c’est toi ?

Idji :
Oui Dana, c’est moi !

Dana ;
Je me suis fait du souci.

Idji :
Tu te doutes bien que la route était impraticable, j’ai dû rouler doucement.

Dana :
Tu as bien fait, mais j’avoue que c’est toujours inquiétant.

Dans le chalet, toute la décoration est exotique ! On y trouve des masques, des tapis et toutes sortes d’objets amazoniens accrochés un peu partout. Au-dessus de la cheminée, un objet semble plus précieux que les autres, c’est le couteau que Bob a offert à Dana il y a maintenant vingt ans.






Un fauteuil tourne le dos au visiteur, seule une maigre main veineuse nous informe que son hôte est assis là. Une vieille femme regarde par la fenêtre. Sur le guéridon voisin une tasse de thé et un téléphone. Sur le mur d’en face une multitude de photos semblent naviguer dans le temps.

Sur l’une d’elles, on reconnaît Anita, Stephen et Nina-amazonie qui est devenue une jolie jeune femme, tous les trois posent devant un hélicoptère.

Sur une autre photo, Julio brandit son diplôme de médecin avec à ses côtés Yameni et leurs deux enfants qui semblent avoir deux et quatre ans.

Sur le mur de nombreuses images du village de Manacoco.

Il y a aussi une photo de Dana qui reçoit l’oscar du meilleur second rôle féminin.

On la voit, aussi, avec Cathia, sa rivale d'antan, en Afrique ..... Elles oeuvraient pour secourir des villages sans eau avec leur fondation “ de terre et d’eau”.

Au centre de ce mur de vie, une photo jaunie et un peu écornée nous ramène au cœur de l’Amazonie avec Dana et Bob.

Le téléphone sonne.

Dana :
Allô ?? Oh, je ne t’entends pas très bien, peux-tu parler plus fort s’il te plaît ?

À l’autre bout du fil, Cathia est en pleurs….

Cathia :
Dana, je ne sais plus quoi faire, mon fils Damien me fait les pires conneries, il boit, il se drogue et je ne sais plus comment agir. Dis-moi ce que je dois faire ?

Dana :
Je veux bien lui parler, mais je doute que cela soit utile.

Cathia :
Je suis perdue, Dana, j’ai tout essayé, je n’ai plus d’idées !

Un long silence puis …

Dana :
J’ai peut-être une solution à te proposer, mais il faudra me faire confiance.

Cathia :
Comment peux-tu douter de la confiance que je t’accorde ? Tu as été une mère pour moi et tes conseils m’ont toujours été d’un grand secours.

Dana :
Viens me voir.

Sans en dire davantage Dana raccroche le combiné.

Dana :
Idji ??

Idji :
Oui madame !

Dana :
Sers-moi un Marcel Carriege, ensuite taches de te reposer, je crois que tu en as bien besoin.

Idji :
Madame ne veut pas de tisane ?




Dana :
Non Idji, j’ai besoin de réfléchir et Marcel m’y aide.

Idji :
Bien !

Après lui avoir servis un ballon de cognac, Idji pose quelques bûches dans la cheminée puis referme doucement la porte du salon. Dana se retrouve seule, elle approche le verre près de son nez et on découvre un visage fripé entouré de cheveux blancs. Après avoir humé son verre, elle prend une petite gorgée, elle le regarde attentivement et longuement puis le pose sur le guéridon. Elle pense à Bob qu’elle n’a plus jamais revu et à ce lien si étrange et extraordinaire qui les a fortement lié. Elle pense aussi à Stephen qui lui envoie régulièrement des cartes postales ou des photos. Ils sont éloignés les uns des autres et ils ne se rencontrent plus, mais aucun d’entre eux n’a oublié l’extraordinaire aventure amazonienne.






..........


Quelque part dans la forêt Amazonienne …

Au-dessus de la canopée et dans la fantaisie de la forêt, le bruit du vent sur les arbres et des animaux se mélangent harmonieusement.

Deux hommes marchent sur le layon, l’un dit à l’autre

Le premier homme :
J’ai oublié ton prénom !

Le deuxième homme, un gaillard d’un mètre quatre-vingt-dix répond

Le deuxième homme :
C’est normal, tu ne me l’as pas demandé, je m’appelle Julio.

Le premier homme :
Moi, c’est Damien.

Julio :
Je sais.

Damien :
Dis donc Julio, la princesse Makoumba, est-elle jolie ?

                                   FIN






                                                                     ...............

..... Je voulais vivre intensément et sucer la moelle secrète de la vie. Et de ne pas, quand je viendrai à mourir, découvrir que je n'aurai pas vécu.

« Ma vie a été le poème que j'aurais voulu écrire »

(Henry David Thoreau)

Michel Barrucand dira d'Henry David Thoreau ..... « Vivre fut sa profession, s'émerveiller sa raison d'être, écrire sa façon de se révolter ou de témoigner. ».


                                                                   .............................


...... Je m'appelle Eric Denis DELAIRE et, dans ma vie, j'ai, moi aussi, pris un virage à 180 degrés  ..... J'ai été gendarme jusqu'à l'âge de 35 ans ..... En ce temps-là, je n'avais plus de rêves ni d'ambitions, j'étais inerte face à ce monde qui tournait autour de moi et j'étais devenu insignifiant vis à vis des gens que je côtoyais.

..... On est fragile que de ce que l'on a peur ..... Et c'est à cet âge que je suis tombé en dépression due à une hiérarchie trop pesante et à ce manque, total, de reconnaissance .....
Et pour la première fois de ma vie, j'étais prêt à me battre contre beaucoup plus fort que moi et c'est à ce moment-là que je franchirai, enfin, le rubicon ..... Je ne voulais plus qu'on me persécute, qu'on me dénigre, qu'on me rabaisse ..... Je savais, au plus profond de moi-même, que je valais mieux que ce que la gendarmerie et les gendarmes voulaient bien me faire croire....

..... Et pourtant, j'ai, tant, aimé mon travail d'enquêteur car il n'était pas rengaine, chaque affaire judiciaire était différente et durant ma carrière, j'ai, toujours, pensé que j'étais au service des gens, sévère parfois, mais sans jamais les massacrer.

....  Et c'est à partir de ce jour que je n'ai plus jamais mis un genou à terre .... Que je m'apercevrais que trop de confort, tout comme la persécution qui engendre la soumission, a, toujours,  été néfaste à mon évolution .... Que tout mon stress ou mes peurs d'antan seront guéris par mes actions ..... Et que ces actions seront mon iode pour sortir de mon crétinisme.

..... Je prendrai, aussi, conscience que chaque lever de soleil correspond à un nouveau départ et que la chance se provoque, elle ne s'attend pas.



..... Et de ça,





...... je suis devenu ça.
































..... Et c'est à partir de 35 ans que j'apprendrai à marcher, que je vivrai, enfin, pleinement ma vie qui se transformera en une magnifique aventure de par mes voyages que j'effectuerai partout dans le monde et surtout en Amazonie .....
De ces défis que je m'imposerai et que je réussirai, ce qui me donnera cette confiance en moi, état que je n'avais jamais connu auparavant.

..... Je passerai le brevet d'état de guide de montagne et je construirai un mini-gîte à Saillagouse.

 
..... Et de ça








..... j'en ai fait ça ..... Sans avoir aucune expérience dans le domaine de la construction, dans la plomberie, maçonnerie, bois, électricité ou autres.

















..... J'ai, depuis, vendu mon mini-gîte en 2020, mais Cédric, le nouveau propriétaire, ami et guide comme moi, a fait 2 merveilleuses vidéos sur mes studios.


...... Studio 1 ..... cliquez ici


...... www.youtube.com/watch


..... studio 2 ...... cliquez ici


..... www.youtube.com/watch

                                                                       ...................



..... À 45 ans, je partirai en Thaïlande et j'achèterai 11 hectares de terre pour devenir cultivateur de riz et de canne à sucre sans avoir aucune expérience dans le domaine de la culture.



































.
.... Puis, je construirai un restaurant avec piscine ..... Par contre, là, je commençais à avoir une assez grande expérience dans le domaine de la construction et c'est à ce moment-là que je commencerai à écrire ''' la déchéance '''.















..... Après sa vente, ce restaurant se transformera en temple bouddhiste ....  Je suis, vraiment, heureux de cette transformation.





















                                                                        ........................




                                            

 ...... À l'âge de 60 ans, je deviendrai grand-père de ma magnifique petite fille Goldie et j'écrirai mes mémoires afin qu'elle connaisse ce que j'ai vécu et mettre une histoire à ces photos jaunies ..... Je l'ai titrée ''' Péric ou les mémoires d'un grand-père '''''.... Je l'éditerai en livre en seulement 4 exemplaires ..... Car j'ai cette facheuse impression qu'un livre durera plus longtemps qu'un site web.

..... Avec une page web, il suffira qu'un index appuie sur un bouton pour que tout disparaisse ,  comme pour notre pognon d'ailleurs et beaucoup d'autres choses aussi ..... Tandis que pour détruire un livre, il faudra une succession de réflexions et d'actions.

..... Je tourne, maintenant, cette page de ma vie où j'étais devenu un écrivain en herbe certes sans grand professionnalisme ..... Mais je l'ai fait ..... Tout simplement .... Par pur plaisir, en essayant de donner le meilleur de moi-même et sans avoir cette prétention, utopique, de vouloir atteindre cette stratosphère littéraire ..... Rien n'a été  parfait dans cette fantastique expérience, ce qui est, pour moi, une vérité et dans un pur réalisme ..... Cependant, l'histoire est jolie et se tient.

..... Cela aura été une merveilleuse et éphémère aventure dans le royaume du litteraire.


                                                                .........................






..... Maintenant, le 06 avril 2024, qu'on me laisse tranquille ..... J'ai fait, avec plaisir, mon maximum  pour émerger de cette vie insipide dont beaucoup s'en accommodent  .... Laissez-moi, maintenant, dans mes rêves et ma nostalgie .... Cette nostalgie que je ne ressasse pas, mais que je distille afin qu'elle devienne un bon cru.

..... Je dessine




.... Je peins







..... Et je sculpte






..... Je suis, actuellement, tout simplement bien.

..... Et contrairement
à  Henry David Thoreau ..... « A partir de mes 35 ans, ma vie a été le poème que j'ai écrit »

..... Merci d'avoir lu mon histoire




                                           

 


                                                     
 



                                                    



                                            FIN

contacts  ..... Eric Denis DELAIRE ; aimara1@aliceadsl.fr ..... Mylene DELAIRE/KRULEWITZ LAS VEGAS ; mk@myvegastc.com













 

 










 

 

 






























Ce site web a été créé gratuitement avec Ma-page.fr. Tu veux aussi ton propre site web ?
S'inscrire gratuitement